Livres

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Le grand Bêtisier de l’Histoire de France

De Alain Dag’Naud

Nouveau jouet pour les irréductibles haltérophiles de la littérature, ce grand bêtisier qui doit bien peser ses trois kilos promet de longues heures de lecture aux passionnés de la longue Histoire de France, d’autant que celle-ci se voit ici revisitée avec une très haute dose d’irrévérence et malignement illustrée pour apporter, on cite, « les preuves par l’image que la bêtise au pouvoir n’a pas fini de nous surprendre ». De Clovis, roi des Francs, à un Emmanuel Macron depuis passé à l’euro, Alain Dag’Naud remonte le temps en multipliant les jeux de mots et les traits ironiques. Si les premiers, excessivement nombreux, peuvent franchement lasser à la longue, on ne peut être qu’enthousiasmé par le travail de recherche d’illustrations effectué par Larousse, occasionnant des pleines pages magnifiques et faisant de ce monstre de papier une véritable galerie d’art miniature, voire un rappel – pourtant pas nostalgique pour un sou – des anciens manuels historiques scolaires qui ne lésinaient jamais sur le travail de mise en images d’une des matières les plus importantes et les plus passionnantes qui soient. Un chouette cadeau pour les férus d’histoire et d’humour, et peut-être même un moyen pour les plus jeunes d’enfin apprendre en s’amusant !

Par Guillaume Dumazer

Proust, contre-enquête

De Christine Brusson

Dans le but de mener à une nouvelle lecture de Marcel Proust, la lodévoise Christine Brusson (Les Dessous de la littérature, La Splendeur du soleil, Le Génie du sexe…) livre avec cette imposante étude de plus de cinq-cents pages une véritable enquête sur un auteur à l’histoire et à la personnalité complexes, pour ne pas carrément dire énigmatiques pour la plupart de ses lecteurs. Afin de dissiper à sa manière le brouillard dont est souvent entouré le créateur de la célébrissime Recherche du temps perdu, celui que l’on associe à la proverbiale madeleine qui porte son nom, Christine Brusson a réuni de nombreux extraits des correspondances de Proust, des témoignages d’époque et une analyse psychologique, historique et littéraire rigoureuse. Mais bien au-delà de la biographie d’un des plus grands mythes de la littérature française de la charnière des XIXe et XXe siècles à laquelle elle ajoute ici sa pierre à l’édifice, Christine Brusson écrit sa passion pour l’œuvre de Proust, un auteur au sujet duquel pléthore de malheureux clichés persistent avec les années : puisse donc ce labeur, fastidieux et amoureux à la fois, aventureux même quand il confronte la réalité au monde magique, donner naissance à de nouveaux adeptes de la langue proustienne. C’est en tout cas ce que l’on souhaite à sa talentueuse auteure.
Par Guillaume Dumazer

Bushcraft 101 – Le Guide pratique pour survivre en pleine nature

De Dave Canterbury
Les survivalistes débutants vont être ravis par cette sortie qui préparera à l’action tous ceux qui souhaitent acquérir “l’art de la vie sauvage” mais aussi ceux qui veulent, l’espace de quelques jours, échapper au confort matériel de tous les instants pour tenter l’épanouissement en allant à la rencontre de la vraie nature sans forcément chercher à l’apprivoiser. L’expert en survie et autosuffisance Dave Canterbury a en effet compilé dans ce petit bouquin les conseils élémentaires pour partir à l’aventure : le paquetage comprenant les outils à trimbaler et entretenir (couteaux, cordes et compagnie), le matériel de cuisine et de couchage, les pièges (argh, on nous dit dans l’oreillette qu’on vient de perdre les végétariens !), tout est listé et expliqué, les astuces et instructions diverses pour bien faire aussi mais l’équipement ne fait pas tout : il faudra surtout être muni de détermination et utiliser intelligemment ses connaissances car celles-ci peuvent tout simplement sauver la vie en cas de pépin. Le cœur bien accroché, par exemple pour le dépeçage d’un écureuil en vue d’un sûrement succulent rôti improvisé (recette incluse !), sera un plus non négligeable. De notre côté, on retourne à nos légumes puisque ceux-ci nous font la gentillesse de ne point crier quand on les découpe.
Par Guillaume Dumazer

Galilée – Le Messager des étoiles

De Jordi Bayarri
Né de père à la fois musicien et mathématicien au XVIe siècle en Italie, Galileo Galilei a déjà son chemin tout tracé : il passera sa vie à expérimenter passionnément afin de vérifier les dires que colportent parfois obstinément les tenants de la science à cette époque, sans en apporter la moindre preuve qui plus est. C’est pour cela qu’il est très vite mal vu par ses collègues qui se contentent de suivre aveuglément des préceptes sans jamais rien remettre en cause. Galilée lui n’hésite pas à mettre en doute les pionniers : Aristote (à qui, comme à Darwin ou Marie Curie par exemple, un volume de cette très intéressante Petite encyclopédie scientifique est consacré !) ou Ptolémée, en observant attentivement le ciel et, fatalement, ne tarde pas à se confronter aux théories de l’Église toujours jalouse de son autorité. Quand les publications de Galilée commencent à avoir du succès ça en est trop, l’Inquisition s’en mêle ; il devra se méfier toute sa vie de cet œil dangereux qui le surveille de très près. La bande dessinée biographique, très chouette, est suivie d’un entretien avec Didier Queloz, découvreur des exoplanètes, ainsi que d’une bibliographie pour aller plus loin. Une série de livres pédagogiques et beaux à la fois : on recommande chaudement, surtout à une époque où pour certains “intellectuels” la Terre est en fait plate !

Par Guillamume Dumazer

Bad requins – L’Histoire de la sharksploitation

De Alexis Prevost, Claude Gaillard et Fred Pizzoferrato

Si le requin n’est au départ qu’un figurant dans les films d’aventure, Les Dents de la mer l’impose comme un personnage à part entière et des milliards de films s’engouffreront dans le filon au point que la sharksploitation devient un véritable sous-genre de l’horreur sur lequel se concentre ce livre richement illustré. De Jaws aux conneries numériques à plusieurs têtes, les auteurs ont recensé un nombre impressionnant de films (quel dommage que l’absence d’une filmographie en fin de volume !) et détaillent les plus belles affiches. Manquait plus au sommaire que les autres concurrents aquatiques à Sa Majesté requin : piranha, barracuda, orque, pieuvre, crocodile ainsi qu’un long article sur les effets spéciaux mais aussi sur les innombrables produits dérivés (qui déferlent bien avant ceux de Star Wars) et on n’est pas loin d’avoir la totale ! On ne s’explique pas vraiment pourquoi des interviews viennent couper les longues parties de l’histoire globale mais tout est tellement bien documenté qu’on dévore tout ça avec la férocité d’un squale de cinoche. La collection de Nanarland est officiellement détrônée : la couverture défonce comme toutes les illustrations, un DVD (Sharkenstein !) est inclus, c’est cher – alors que même pas imprimé en France ! – et ça se lit vite mais c’est tellement bô !

Par Guillaume Dumazer

 

Histoire du camp militaire Joffre

De Rivesaltes de Beate Husser 

Un livre pour rappeler que cette année la Retirada a quatre-vingts ans et que le mémorial du camp nommé d’après le maréchal Joffre né à Rivesaltes est ouvert pour tous ceux qui n’acceptent pas l’oubli d’une page tragique de notre histoire récente, celle de ces “indésirables” que l’on parqua suivant les époques dans ce camp. Bien que l’idée de sa construction remonte à 1923, le camp n’est mis sur pied qu’à l’automne 1939, et encore en partie, par des militaires mais aussi par des compagnies de travailleurs, surtout espagnols. Un camp militaire construit à la va-vite quand la déclaration de guerre hâte les choses. L’emploi de mauvais matériaux fait du camp un lieu impropre à l’accueil d’autant qu’il est balayé par la tramontane un jour, écrasé par la chaleur un autre. Après le cantonnement de troupes indigènes coloniales et l’armistice signé par le maréchal Pétain, les armées cèdent au ministère de l’Intérieur des espaces afin de recevoir les fameux “indésirables”. Ce sont ensuite les Allemands et leurs alliés qui vont être cantonnés là après l’invasion de la zone sud. Ils ne savent pas encore que c’est en tant que prisonniers qu’ils reviendront plus tard. Et l’histoire continue jusque dans les années soixante, elle est retracée dans ce livre hyper documenté que l’on recommande chaudement aux férus d’histoire.
Par Guillaume Dumazer

 

 

 

La conversion de Guillaume Portail

De Bertrand Méheust

Personnage à l’identité transparente quand on veut bien puiser dans ses souvenirs d’anglais, Guillaume Portail-pour-faire-court est tout simplement le type le plus riche du monde. Au contact de sa fille, du genre activiste écologiste, et d’un théoricien du même bord prônant la « détumescence », le magnat décide soudain de virer de bord et de consacrer le maximum de son pèze au mieux-être (à défaut de bien). L’Américain choisit comme champ d’action la France où sa famille a ses racines. Son président fraichement élu Désiré Macrot lui-même sera dépassé par cette attaque de la « puissance de l’argent contre le capitalisme » dans cette fable moderne pleine de sous-entendus (et de calembours…) qui ravira les amateurs du genre mais aussi ceux qui pensent que, pas plus une science qui maîtrise son objet qu’une parapsychologie souvent plus critiquée qu’à son tour, la toute-puissante économie gouverne le monde avec tous les défauts dévastateurs que l’on connaît et le mènera à sa perte si l’auto-limitation prônée en filigrane n’est pas mise en marche au plus tôt. Ce roman a des passages réellement éclairants sur la situation du monde et les différentes approches qui permettraient de voir l’avenir autrement, il trouvera rapidement son utilité chez ceux qui aiment la lecture UTILE.

Par Guillaume Dumazer

De la mort à la vie – Souvenirs d’un pilote de Zéro

De Ogawa Kikumi

« Mon corps et mon esprit allaient s’effondrer. Cependant, je me rappelais être un aviateur de l’armée navale : je ne pouvais fléchir sans honte. Je repris courage et me mis au garde-à-vous ». Car ces souvenirs de pilote sont aussi ceux d’un kamikaze. Contre toute attente, en juin 1945, les dieux refuseront un de ces innombrables sacrifices inutiles et laisseront même vivre le passage à l’an 2000 au miraculé. Sa famille a ensuite désiré rendre ses mémoires publiques pour documenter un peu plus ce qui reste pour le plus grand nombre une énigme historique. Qu’est-ce qui poussa donc ces jeunes hommes à accepter ce destin ? L’armée japonaise a tant censuré leurs lettres d’adieux qu’il est heureux d’enfin pouvoir lire un récit livré sans contrainte, il est d’autant plus intéressant car, outre le respect et la fascination pour ses camarades qui partent les uns après les autres, la question de savoir s’il faut informer les proches de cette affectation, sa peur, son rapport à la mort, à la religion – tout s’affole quand la fin a soudain une date – Ogawa livre sa réflexion profonde, sa critique et son incompréhension face à l’attitude dépourvue d’honneur d’une hiérarchie qui jette sans scrupule ces jeunes hommes dans le brasier de la guerre en sachant pertinemment que les jeux sont faits.

Par Guillaume Dumazer

Veines et Sens

De Jean-Yves et Gérard Saez

Le bouillant Gérard Saez, après de multiples expériences pour faire des mains de tous âges des bouts d’artistes, éphémères ou pas, passe soudain du bois au papier par le biais de ce très bel album recueil, voire artbook si vous préférez l’anglicisme forcené. Celui-ci convie son frère Jean-Yves, poète, à embrasser par ses mots les magnifiques sculptures made in Boub’Arts. Inspiré par les représentations – les photographies d’icelles qui parsèment le livre sont absolument magnifiques – de Bacchus, Le Vieux chêne de Saint-Aunès, Le Dernier Atlante, Osiris ou encore Le Bienveillant de Gigean, le poète fait fort logiquement le lien écrit de l’essence au sens, du ciseau à la feuille, donne des facettes nouvelles au vivant travaillé, éclaire des fentes, des replis et des bosses qui gardaient jusqu’alors jalousement leurs secrets, donne envie de toucher longuement le plus beau recyclage du monde, donnerait presque l’envie d’y aller soi-même de son poème tant chacun y verra, y ressentira quelque chose de différent, d’unique, et de durable. Pour les esthètes : format à l’italienne et bichromie élégante sont au programme d’un livre soigné et tiré en édition limitée ! Contact : saezsculpture@gmail.com, il n’y en aura pas pour tout le monde, soutenez les artisans libres et indépendants !

Par Guillaume Dumazer

Le Vol du siècle

De Olivier Ondet

Le massif de la Clape réserve parfois de mauvaises surprises. Au même endroit où s’est tué un champion de kitesurf douze ans plus tôt, Mandoline passe à deux doigts du même sort en évitant in extremis la voiture high-tech d’un type qui meurt peu après. À un an de la retraite, le major Bonflair, mais aussi Esko, un envoyé de l’équipe des concepteurs de cette voiture que l’on croyait infaillible, commencent leur enquête, qui vont aller bien plus loin que l’accident bête désigné au départ comme circonstance. Olivier Ondet offre ici un sympathique policier très ancré dans son territoire avec ses nombreuses références à l’Aude, à Narbonne (où certainement pas de triple bises à déplorer), à leur histoire, leur vigne, leur cuisine, leur rugby, sans compter les nombreuses notes très didactiques, par exemple au sujet des nouvelles technologies pour ceux qui raillent et pensent que le policier n’apprend rien à son lecteur. Le récit est ramassé sur cinq jours d’été, mène le lecteur par des pistes multiples et des investigations parallèles, dommage que l’auteur ait choisi pour ses personnages des noms franchement too much pour plus d’humour (Bonflair, Maître Ovalie, Samir Lefakir…!) car on tient là un roman qui sans être révolutionnaire, est à réserver aux fans de polar mâtiné de terroir. À noter une playlist comme chez Asphalte.
Par Guillaume Dumazer