Livres

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Auriez-vous été un as des conjugaisons en 1893 ?

À une époque où l’on pardonne à tous les clampins de la terre de s’exprimer comme des charretiers et de massacrer le moindre mot qui leur passe en bouche, il est grand temps de remettre le niveau général en doute au moyen d’exercices que l’on évitera, un peu de pitié que diable, aux cancres composant aujourd’hui une grande partie du public bien sûr mais aussi à ceux qui s’expriment en public, souvent sans qu’on le leur demande, par exemple sur les réseaux dits sociaux. Quel amoureux de la langue n’a pas en effet risqué la syncope à la lecture d’une discussion sur le Livre de faces ? D’une carte de restaurant ? D’un mode d’emploi d’origine scandinave ou pas ? Qui n’a pas fait tomber un de ses yeux par terre devant la relecture bâclée d’un roman pesant désormais la bagatelle de vingt euros que l’on ponctionne les larmes aux yeux sur un budget toujours plus famélique ? Ce cahier vous permettra d’évaluer vos capacités dans l’art subtil de l’accord du participe passé, de la conjugaison de l’imparfait du subjonctif, un vrai bonheur pour les allergiques au « langage » sms et autres iconoclasties grammaticales. La présentation à l’ancienne, le format léger, tout a été calculé pour prendre plaisir et trimballer la chose en déplacement, manière de mettre à l’amende son voisin de tramway ? Cool !

Par Guillaume Dumazer

En finir avec la cigarette (Allen Carr)

Ah mais si vous croyez que pour le mois sans tabac (novembre, c’est tout de suite, les bonnes résolutions itou !!) vous allez passer à travers celui-là, vous vous fourrez le mégot dans l’œil ! « Non seulement j’étais guéri, mais j’allais, de surcroît, guérir le reste du monde ! » : débarrasser la planète de cet affreux esclavage que représente l’emprise du tabac sur la population devient le but ultime de l’américain Allen Carr, qui finira toutefois par casser sa pipe en payant son tribut perso au cancer du poumon, la vie est injuste pas vrai ? Ce guide dont c’est la deuxième édition renferme sa méthode pour comprendre pourquoi il faut arrêter et comment on peut le faire tout en continuant dans un premier temps à fumer, le texte est horriblement redondant, comme construit avec une suite de mantras mais qui peut fonctionner avec ceux qui ont décidé de cesser d’engraisser un des pires pourvoyeurs de mort de la planète. Si on ne comprend toujours pas pourquoi les dérivatifs à la clope ne sont pas disponibles gratuitement partout (et on ne parle pas là des sucettes électroniques vendues partout sans garantie de ne pas en claquer pareil), on recommande ce livre qui donne de vrais résultats, encore faut-il être motivé mais les raisons ne manquent pas, il suffit juste de réfléchir cinq minutes. Enfin, quand on peut.

Par Guillaume Dumazer

Mimosa

de Catmalou et Edith

Mimosa n’est autre que la propre fille de Catmalou et celle-ci a recueilli à chaud les réflexions de la petite fille à une époque où la philosophie se pratique au jour le jour, où chaque chose mérite un commentaire forcément édifiant. C’est sous forme de strips que l’enfant livre ses réflexions hilarantes sur la vie en général. Si peut-être un jour, elle deviendra l’incroyable Hulk (peut-être grâce au petit déjeuner au cidre ?), elle apprend au détour d’une phrase que Coco Chanel l’a carrément plagiée, que la « langue de fesse » n’est pas vraiment facile à apprendre pour un adulte, que les cadeaux d’anniversaire sont là pour compenser l’année de moins à vivre… On note au passage une collection de chapeaux plus hallucinants les uns que les autres ; le lecteur comprendra également que Mimosa est aussi dotée d’une sacrée répartie et d’une culture pour le moins foisonnante pour une enfant de son âge, les parents se remémoreront forcément des scènes de leur propre vie, les enfants prendront peut-être des notes, les lecteurs dans leur ensemble adoreront cette bande dessinée craquante, livrée dans un fourreau cartonné.

Par GUILLAUME DUMAZER

Guerre froide

de Norman Friedman

Cette longue guerre qui porte bizarrement bien son nom a fait ce que nous sommes aujourd’hui, a fait comme tout mal un certain nombre de biens mais aussi évidemment le malheur de nombre de peuples européens, ou plus lointains, même si l’affrontement part de notre continent en opposant les soviétiques du Pacte de Varsovie (qui n’avaient finalement pas renoncé à la domination mondiale par le communisme) et les occidentaux bientôt regroupés sous l’égide de la CEE et de l’OTAN en particulier. En 1946, Staline réaffirme l’incompatibilité du communisme et du capitalisme, les coups d’État soviétiques se multiplient à l’Est au point qu’un véritable bloc va pouvoir se monter face aux européens de l’Ouest « soutenus » par le plan Marshall. De la crise du pont aérien de Berlin (et ses fameux doryphores !) à la chute du mur en passant par l’essor de Mao en Chine et la décolonisation un peu partout sur la planète, les guerres de Corée et du Vietnam, l’auteur revient sur les principaux évènements de cette période fascinante qui semble parfois ressusciter de nos jours. Dommage que ce chouette ouvrage, très richement illustré, ait été imprimé aux Émirats Arabes Unis au lieu de chez nous mais le débat est interminable, passons donc…

Par GUILLAUME DUMAZER

LE LIEU DU CRIME

de Elizabeth George (USA)

Un manoir perdu sur la lande écossaise. C’est là que les membres d’une troupe de théâtre londonienne ont choisi de répéter une nouvelle pièce. Mais, dès la première nuit, l’auteure, Joy Sinclair, est sauvagement assassinée dans son lit.

Un huit clos comme on les aime version Agatha Christie de notre époque. Le style est efficace et prenant. On ne s’ennuie jamais et on se délecte de tous les détails (pour une fois). Certains dialogues sont jubilants, on a même envie de les relire ! Finalement, peu nous importe le coupable, on est bien avec nos détectives qui font leur possible pour dénouer le sac de nœuds. Lynley qui se laisse déborder et aveugler par sa jalousie (Helen fait partie des suspects et couche avec un autre). Barbara, la tête froide qui a tout pigé, enquête de son côté et prend des risques tout en protégeant Lynley… ça part dans tous les sens, tout est plausible et on se laisse embarquer de découverte en découverte, d’un coupable à un autre jusqu’au dénouement final à la hauteur. Un vrai plaisir.

Par Isa

LA VRAIE VIE

de Adeline Dieudonné (BELGIQUE)

C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent.

Coup de cœur ! Il y avait bien longtemps que je n’avais pas lu un livre d’une traite sans en perdre une miette. L’auteure réussit le tour de force de nous happer dans son histoire triste, dure et tendre à la fois. L’amour inconditionnel d’une sœur pour son petit frère qui part à la dérive à la suite d’un drame. Coûte que coûte jusqu’à l’impossible, elle veut le sauver d’un désastre annoncé. Elle va tout donner, son énergie, son génie, son âme et son cœur au service de celui qui la maintient en vie et lui évite de sombrer dans la folie. Un petit bijou de lecture.

Par Isa

PETITS MEURTRES AU CAIRE

de Olivier Barde-Cabuçon (FRANCE) 

Coursés par un navire barbaresque alors qu’ils quittent Venise, le commissaire aux morts étranges et son père, le moine hérétique, font naufrage et sont séparés. Le moine se retrouve prisonnier de l’île de la mystérieuse Calypso, et le chevalier de Volnay est emmené comme esclave au Caire ! 

Si vous aimez les contes des Mille et une nuits, les histoires à tiroirs et les parfums de l’Orient, ce livre est pour vous ! Un meurtre rocambolesque au 18e siècle au Caire dans la demeure d’une princesse retirée du monde, un père et son fils qui enquêtent malgré eux, des rencontres décapantes (choc des cultures orient/occident oblige), des descriptions savoureuses et drôles, des personnages attachants, des histoires d’amour, de trahison… Bref, tous les ingrédients d’un excellent 

Par Isa

VNR

de Laurent chalumeau (FRANCE)

Petit blanc mâle quinqua sans emploi, rejeté par ses enfants et quitté par sa femme, a décidé de se venger des trois personnes auxquelles il estime devoir sa chute. 

L’histoire d’un homme désespéré au moyen désespéré qui monologue face à trois victimes. Il raconte comment il a peu à peu dégoupillé et perdu le contrôle de sa vie, une narration exaltée, sans chichi et plutôt crue même. On ne peut s’empêcher de bien se marrer alors qu’il a basculé du côté de la force obscure. Un petit régal de cynisme.

Par Isa

J’ai vu une fleur sauvage

de Hubert Reeves

Injustement piétinées plus souvent qu’à leur tour, les petites fleurs sauvages de nos campagnes méritent pourtant un peu plus que le mépris même inconscient de ces grands êtres que nous sommes, bien trop occupés parfois à regarder le ciel plutôt qu’à s’occuper du sol dont les habitants innombrables nécessiteraient plusieurs vies pour que nous les connussions tous sur le bout des doigts. Hubert Reeves, autour de sa féérique – mais bien réelle – communauté de Malicorne au Nord de la Bourgogne, s’est attaché à nous offrir un bel éventail de toutes ces petites fleurs croisées sur son chemin, accompagné d’anecdotes et juste ce qu’il faut de description pour compléter les nombreuses illustrations de l’ouvrage. Au tour maintenant des curieux – intéressez donc vos enfants à la Nature ! – d’aller cueillir avec les yeux les héroïnes de tous les chapitres de cet Herbier de Malicorne : des dizaines de petits spécimens tous plus mignons les uns que les autres avec chacun sa couleur, son parfum et ses caractéristiques que l’auteur égrène comme autant de contes de la vie sauvage. En ces temps de soudaine préoccupation pour la biodiversité, il serait bon de ne pas perdre les pétales. 

Par Guillaume Dumazer

Nietzsche au Paraguay

de Christophe et Nathalie Prince 

A la fin du XIXe siècle au fin fond du Paraguay, l’explorateur (et ex-mercenaire dans la cruelle guerre qui a ensanglanté le pays quelques années auparavant) Virginio Miramontes s’apprêtait bien à tomber en pleine jungle sur une autre des tribus dangereuses dont il est d’abord victime lors d’un sanglant voyage précédent en bateau. Mais celle qui le recueille ensuite n’a rien à voir avec ceux que l’on appelle encore des “sauvages”… Ici vit en effet une colonie formée autour de familles allemandes ayant pour chefs le docteur Förster et sa femme Elisabeth qui se trouve être la sœur du philosophe Friedrich Nietzsche. Förster clame : « Nous constituons […] une société unique en son genre, capitaine, à la fois ambitieuse et enthousiaste, fondée sur la fraternité et […] un principe d’élévation » mais surtout par la paranoïa, le racisme et l’antisémitisme total. Le barbelé apparaît dans une jungle désormais colonisée par des dingues imbus d’eux-mêmes, en particulier leur chef : « Maintenant, […] ils sont tous citoyens de Försterland. Et pas autre chose. Ils ont perdu leurs qualités, leur individualité, […] mais ont gagné la grâce. » Soit, mais Nueva Germania rime plus avec Bérézina qu’avec Gloria et se tirer de là devient le but ultime de Virginio ! 

Par Guillaume Dumazer