Livres

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Bad requins – L’Histoire de la sharksploitation

De Alexis Prevost, Claude Gaillard et Fred Pizzoferrato

Si le requin n’est au départ qu’un figurant dans les films d’aventure, Les Dents de la mer l’impose comme un personnage à part entière et des milliards de films s’engouffreront dans le filon au point que la sharksploitation devient un véritable sous-genre de l’horreur sur lequel se concentre ce livre richement illustré. De Jaws aux conneries numériques à plusieurs têtes, les auteurs ont recensé un nombre impressionnant de films (quel dommage que l’absence d’une filmographie en fin de volume !) et détaillent les plus belles affiches. Manquait plus au sommaire que les autres concurrents aquatiques à Sa Majesté requin : piranha, barracuda, orque, pieuvre, crocodile ainsi qu’un long article sur les effets spéciaux mais aussi sur les innombrables produits dérivés (qui déferlent bien avant ceux de Star Wars) et on n’est pas loin d’avoir la totale ! On ne s’explique pas vraiment pourquoi des interviews viennent couper les longues parties de l’histoire globale mais tout est tellement bien documenté qu’on dévore tout ça avec la férocité d’un squale de cinoche. La collection de Nanarland est officiellement détrônée : la couverture défonce comme toutes les illustrations, un DVD (Sharkenstein !) est inclus, c’est cher – alors que même pas imprimé en France ! – et ça se lit vite mais c’est tellement bô !

Par Guillaume Dumazer

 

Histoire du camp militaire Joffre

De Rivesaltes de Beate Husser 

Un livre pour rappeler que cette année la Retirada a quatre-vingts ans et que le mémorial du camp nommé d’après le maréchal Joffre né à Rivesaltes est ouvert pour tous ceux qui n’acceptent pas l’oubli d’une page tragique de notre histoire récente, celle de ces “indésirables” que l’on parqua suivant les époques dans ce camp. Bien que l’idée de sa construction remonte à 1923, le camp n’est mis sur pied qu’à l’automne 1939, et encore en partie, par des militaires mais aussi par des compagnies de travailleurs, surtout espagnols. Un camp militaire construit à la va-vite quand la déclaration de guerre hâte les choses. L’emploi de mauvais matériaux fait du camp un lieu impropre à l’accueil d’autant qu’il est balayé par la tramontane un jour, écrasé par la chaleur un autre. Après le cantonnement de troupes indigènes coloniales et l’armistice signé par le maréchal Pétain, les armées cèdent au ministère de l’Intérieur des espaces afin de recevoir les fameux “indésirables”. Ce sont ensuite les Allemands et leurs alliés qui vont être cantonnés là après l’invasion de la zone sud. Ils ne savent pas encore que c’est en tant que prisonniers qu’ils reviendront plus tard. Et l’histoire continue jusque dans les années soixante, elle est retracée dans ce livre hyper documenté que l’on recommande chaudement aux férus d’histoire.
Par Guillaume Dumazer

 

 

 

La conversion de Guillaume Portail

De Bertrand Méheust

Personnage à l’identité transparente quand on veut bien puiser dans ses souvenirs d’anglais, Guillaume Portail-pour-faire-court est tout simplement le type le plus riche du monde. Au contact de sa fille, du genre activiste écologiste, et d’un théoricien du même bord prônant la « détumescence », le magnat décide soudain de virer de bord et de consacrer le maximum de son pèze au mieux-être (à défaut de bien). L’Américain choisit comme champ d’action la France où sa famille a ses racines. Son président fraichement élu Désiré Macrot lui-même sera dépassé par cette attaque de la « puissance de l’argent contre le capitalisme » dans cette fable moderne pleine de sous-entendus (et de calembours…) qui ravira les amateurs du genre mais aussi ceux qui pensent que, pas plus une science qui maîtrise son objet qu’une parapsychologie souvent plus critiquée qu’à son tour, la toute-puissante économie gouverne le monde avec tous les défauts dévastateurs que l’on connaît et le mènera à sa perte si l’auto-limitation prônée en filigrane n’est pas mise en marche au plus tôt. Ce roman a des passages réellement éclairants sur la situation du monde et les différentes approches qui permettraient de voir l’avenir autrement, il trouvera rapidement son utilité chez ceux qui aiment la lecture UTILE.

Par Guillaume Dumazer

De la mort à la vie – Souvenirs d’un pilote de Zéro

De Ogawa Kikumi

« Mon corps et mon esprit allaient s’effondrer. Cependant, je me rappelais être un aviateur de l’armée navale : je ne pouvais fléchir sans honte. Je repris courage et me mis au garde-à-vous ». Car ces souvenirs de pilote sont aussi ceux d’un kamikaze. Contre toute attente, en juin 1945, les dieux refuseront un de ces innombrables sacrifices inutiles et laisseront même vivre le passage à l’an 2000 au miraculé. Sa famille a ensuite désiré rendre ses mémoires publiques pour documenter un peu plus ce qui reste pour le plus grand nombre une énigme historique. Qu’est-ce qui poussa donc ces jeunes hommes à accepter ce destin ? L’armée japonaise a tant censuré leurs lettres d’adieux qu’il est heureux d’enfin pouvoir lire un récit livré sans contrainte, il est d’autant plus intéressant car, outre le respect et la fascination pour ses camarades qui partent les uns après les autres, la question de savoir s’il faut informer les proches de cette affectation, sa peur, son rapport à la mort, à la religion – tout s’affole quand la fin a soudain une date – Ogawa livre sa réflexion profonde, sa critique et son incompréhension face à l’attitude dépourvue d’honneur d’une hiérarchie qui jette sans scrupule ces jeunes hommes dans le brasier de la guerre en sachant pertinemment que les jeux sont faits.

Par Guillaume Dumazer

Veines et Sens

De Jean-Yves et Gérard Saez

Le bouillant Gérard Saez, après de multiples expériences pour faire des mains de tous âges des bouts d’artistes, éphémères ou pas, passe soudain du bois au papier par le biais de ce très bel album recueil, voire artbook si vous préférez l’anglicisme forcené. Celui-ci convie son frère Jean-Yves, poète, à embrasser par ses mots les magnifiques sculptures made in Boub’Arts. Inspiré par les représentations – les photographies d’icelles qui parsèment le livre sont absolument magnifiques – de Bacchus, Le Vieux chêne de Saint-Aunès, Le Dernier Atlante, Osiris ou encore Le Bienveillant de Gigean, le poète fait fort logiquement le lien écrit de l’essence au sens, du ciseau à la feuille, donne des facettes nouvelles au vivant travaillé, éclaire des fentes, des replis et des bosses qui gardaient jusqu’alors jalousement leurs secrets, donne envie de toucher longuement le plus beau recyclage du monde, donnerait presque l’envie d’y aller soi-même de son poème tant chacun y verra, y ressentira quelque chose de différent, d’unique, et de durable. Pour les esthètes : format à l’italienne et bichromie élégante sont au programme d’un livre soigné et tiré en édition limitée ! Contact : saezsculpture@gmail.com, il n’y en aura pas pour tout le monde, soutenez les artisans libres et indépendants !

Par Guillaume Dumazer

Le Vol du siècle

De Olivier Ondet

Le massif de la Clape réserve parfois de mauvaises surprises. Au même endroit où s’est tué un champion de kitesurf douze ans plus tôt, Mandoline passe à deux doigts du même sort en évitant in extremis la voiture high-tech d’un type qui meurt peu après. À un an de la retraite, le major Bonflair, mais aussi Esko, un envoyé de l’équipe des concepteurs de cette voiture que l’on croyait infaillible, commencent leur enquête, qui vont aller bien plus loin que l’accident bête désigné au départ comme circonstance. Olivier Ondet offre ici un sympathique policier très ancré dans son territoire avec ses nombreuses références à l’Aude, à Narbonne (où certainement pas de triple bises à déplorer), à leur histoire, leur vigne, leur cuisine, leur rugby, sans compter les nombreuses notes très didactiques, par exemple au sujet des nouvelles technologies pour ceux qui raillent et pensent que le policier n’apprend rien à son lecteur. Le récit est ramassé sur cinq jours d’été, mène le lecteur par des pistes multiples et des investigations parallèles, dommage que l’auteur ait choisi pour ses personnages des noms franchement too much pour plus d’humour (Bonflair, Maître Ovalie, Samir Lefakir…!) car on tient là un roman qui sans être révolutionnaire, est à réserver aux fans de polar mâtiné de terroir. À noter une playlist comme chez Asphalte.
Par Guillaume Dumazer

Audacieuses, 50 femmes pionnières

De Yannick Resch et Sheina Szlamka
Initiatrices souvent invisibles, les femmes n’ont pas fini de nous surprendre… Ce livre est le fruit d’une rencontre éditoriale entres deux auteures engagées et talentueuses qui ont décidé de produire un doux manifeste pour sortir de l’ombre une cinquantaine de personnalités remarquables. A chacune, elles prêtent une histoire et un visage, qu’elles conçoivent comme un diptyque. Le choix a porté sur les XIXème et XXème siècles, sur tous les continents, dans les domaines de la littérature, de la politique, des sciences, des arts et de l’action.

Carmen et Emilio : au cœur de la Résistance

De Christian Bélingard

Cet ouvrage s’adresse à tous les publics, en particulier aux jeunes. Un devoir de mémoire nécessaire alors que les derniers témoins de l’exil espagnol et de la Résistance sont sur le point de disparaître. « Pinocha « est un modèle d’engagement, d’abnégation, de désintéressement, conciliant à la fois son rôle de mère, d’épouse et de combattante clandestine. Une biographie consacrée à un personnage « lumineux et résilient « selon la belle préface de Bernard Reviriego qui rend hommage à un livre qui « fait faire de grands progrès à l’histoire de la Résistance en Dordogne ainsi qu’à la place de Républicains espagnols dans cette histoire.

Rue de la Méditerranée

De Sunjata

« Comme beaucoup de rescapés de la Retirada, l’exode des républicains espagnols, ils avaient été accueillis à la maternité d’Elne par le Secours suisse avant de retrouver refuge dans la rue de la Méditerranée. Le quartier avait bien changé depuis le temps où ses camarades de classe le tarissaient d’espinguoin. »
Avec Rue de la Méditerranée, roman sur l’amour, l’amitié et la solidarité, Sunjata, nom d’artiste du Lodévois Soumaïla Koly, colle à l’actualité avec les 80 ans de la Retirada cette année. Il dépeint avec humanisme et lucidité la vie d’une rue peuplée par des vagues successives d’immigration.

Confiteor

De Jaume Cabré (Espagne)

Le jeune Adrià Ardevol, brillant et solitaire, grandit dans un appartement bourgeois du Barcelone des années 50, entre une mère silencieuse qui ne l’aime pas et un père tyrannique, qui tient sa fortune d’un magasin d’antiquités d’origines souvent douteuses… Peu à peu, guidé par les péripéties au fil des siècles d’un violon d’exception, le récit nous fait découvrir de lourds secrets de famille et nous entraîne aux temps les plus sombres de notre histoire européenne.

Des premières pages déstabilisantes, parfois ardues même pour un lecteur averti. Un style clair mais une structure narrative qui change de lieu, d’époque et de personnage d’un paragraphe à l’autre. Parfois dans une même phrase ! Heureusement, Jaume Cabré nous réserve parfois des pauses… On s’habitue à ces virevoltes et pirouettes, on se surprend à les savourer. La navigation se fait au gré de la pensée défaillante de cet Adrià Ardevol atteint d’Alzheimer, qui raconte et se raconte à celle qu’il aime et a toujours aimée. Un questionnement sur le mal, la corruption de l’âme humaine, l’art, l’amour et l’amitié… un texte qui perturbe et fascine, un récit qui en croise d’autres, un écho à la maladie.
Original, dense, exigeant, qui ne laisse pas indifférent.

Par Luise

DRAME – Format broché : 920 pages – Editeur : Babel – Parution : mai 2016 – ISBN-13 : 978-2330064433