Livres

Livres

Dans son silence

de Alex Michaelides

Alice, jeune peintre britannique en vogue est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant son mari, assassiné. Aussitôt arrêtée, Alice ne prononce plus jamais le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement irresponsable et envoyée dans une clinique psychiatrique. 

Un récit croisé entre le journal d’Alice et de Théo le narrateur psychothérapeute. Un vrai jeu du chat et de la souris. Comme Théo, on est curieux de savoir pourquoi Alice ne parle plus. Pourquoi elle est devenue mutique comme Alceste d’Euripide. On navigue entre passé et présent entre interrogations et révélations… on essaie d’y voir clair et on se plante complètement ! Un suspens très bien étudié pour notre plus grand plaisir.

Par Isa

La vérité et autres mensonges

de Sascha Arango

Auteur adulé de bestsellers, mari comblé, ami généreux : Henry aurait une vie de rêve si celle-ci n’était construite sur le mensonge. Survient un malheureux hasard, imputable à une maîtresse encombrante, et le château de cartes patiemment édifié menace de s’effondrer.

Original et bien ficelé. Parce que le ton est truculent, que le personnage principal est cynique et manipulateur à souhait, parce qu’on est surpris par le déroulement, et enfin parce que ça ne traine pas en digressions inutiles… il est savoureux de lire cette petite vérité et ces petits mensonges qui vont avec.

Par Isa

Par les routes

de Sylvain Prudhomme

« J’ai retrouvé l’autostoppeur dans une petite ville du sud-est de la France, après des années sans penser à lui. Je l’ai retrouvé amoureux, installé, devenu père. Je me suis rappelé tout ce qui m’avait décidé, autrefois, à lui demander de sortir de ma vie. J’ai frappé à sa porte. J’ai rencontré Marie ».

Une histoire de rencontre, d’amour et d’amitié. Un homme, Sacha, retrouve un ami après vingt ans. Cet ami, que l’auteur nomme « l’autostoppeur » n’est pas comme les autres. Il a soif de découverte, d’espace et d’improvisation. Il a une femme et un petit garçon, il les aime et il est heureux. Mais, pendant quelques jours, de façon inattendue, il part en auto stop à la recherche de lui-même et des autres. Ses départs sont de plus en plus longs et de plus en plus fréquents. Jusqu’à l’abandon. Sacha nous raconte la vie de cet homme perdu qui fait raisonner tendresse et incompréhension autour de lui et de la place qu’il va prendre peu à peu au sein de cette famille laissée pour compte. Touchant.

PS : le livre, entre temps, a reçu le prix Fémina 2019…

Par Isa

Coin perdu pour mourir

de Wessel Ebersohn

Le fils d’un politicien important meurt après avoir mangé des champignons vénéneux. Un domestique noir, qui a manifestement perdu la raison, est inculpé. Mais Yudel Gordon, le psychiatre de la prison, refuse cette version des événements.

Très belle découverte. Fin des années 70 en Afrique du Sud. Les blancs sont les « patrons » et les noirs courbent l’échine. Les clans, la ségrégation, les normes de l’époque à vomir. Au milieu de tout ça, un psychiatre de prison, blanc, enquête, à la demande d’un ami policier, sur la présumée folie du domestique noir. Ce dernier aurait empoisonné son jeune maître à la suite de mauvais traitements. Notre héros part à l’aventure et fait la rencontre de tous ceux qui ont connu de près ou de loin le meurtrier et sa victime. Si le dénouement est attendu et prévisible, l’important réside dans le traitement. A travers de nombreuses réflexions du héros, l’auteur fait passer le message sur ce qu’il pense de la bêtise humaine. Haine, racisme, injustice et violence perpétrés dans un monde qui ferme les yeux. 

Par Isa

En finir avec Eddy Bellegueule

De Edouard Louis

« En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. Je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre. »

Dur, violent, poignant. Cru mais pas dérangeant tant on sent l’auteur sincère, à fleur de peau. Une histoire autobiographique douloureuse et difficile. Une enfance pauvre, remplie de préjugés, de haine, d’injustice. Des parents largués, malheureux, prisonniers d’eux-mêmes, de l’alcool, du travail à l’usine, la violence portée aux nues : « il faut être un dur pour réussir ».  Eddy, malingre, maniéré, raffiné, « une vraie gonzesse » va vivre un cauchemar. De la découverte de son homosexualité jusqu’à sa fuite dans un lycée d’Amiens option théâtre, l’auteur nous livre sans détour et en totale franchise ce que fut sa vie. Bouleversant.

Par Isa

On n’est pas du bétail !

de Jean-Fred Cambianica et Le Cil Vert

On ne présente plus le collectif L214 depuis l’apparition de ses premières vidéos choc concernant la maltraitance animale sur les lieux de production et d’abattage. Avec cet album de BD remarquable auquel il a participé, ses auteurs ont voulu montrer l’horreur sous une forme ludique et drôle, loin des images immondes de la cruauté humaine afin de cerner un autre public de plus en plus engagé (enfin !) : les adolescents, voire les enfants. L’histoire est simple : Braillane (dont le prénom pourrait habilement se décomposer) se la pète devant la jolie Perrine et alors qu’il n’y connaît strictement rien, presse sa classe de devenir…végane ! A l’occasion d’un stage dans une ferme, il entrapercevra d’ailleurs le traitement que l’on réserve…à la viande. On en profite pour causer spécisme, véganisme, des rappels scientifiques et même législatifs, des recettes (miam !) parsèment la trame qui ne surprendra pas forcément ceux qui ont décidé d’en savoir plus depuis longtemps. Si l’on ne devrait obliger personne à changer ses habitudes contre son gré, on devrait emmener chaque consommateur sur un lieu de production (non-bio) qui dépasse la taille humaine. Rendement intensif + bien-être animal (temporaire) = IMPOSSIBLE ! Ah, et pour finir, cet album est imprimé en France, incroyable !! Ze cadeau de Noël engagé et marrant !

Par Guillaume Dumazer

Habitats en sous-France

de Geneviève Bouilloud

Sources de controverses sans fin entre atteints et incrédules, les électro-hyper-sensibles (ou EHS pour les toujours plus pressés) rappellent par la plume de Geneviève Bouilloud que bizarrement aucune étude médicale française n’a été publiée autour de la téléphonie mobile et de ses effets néfastes sur la santé, la 4G est pourtant déjà là, la 5G venant même elle de subir des revers d’opinion – tiens, tiens – en Belgique ou en Suisse. D’ailleurs, un peu partout à l’étranger de nombreux rapports, qui plus est non contestés par les autorités, pointent la téléphonie mobile et la WIFI comme sources attestées de maladies. Il est quand même incroyable que les EHS soient encore vus comme des extraterrestres dans leur quête de zone blanche alors qu’ils cumulent déjà une longue liste d’afflictions : l’auteure a par exemple été contrainte de sillonner le pays en camionnette puis de repartir sur les routes quand arrivait l’adversaire invisible. Habitée par l’espoir mais aussi par « le froid, l’humidité, la solitude », Geneviève pousse un cri pour ses camarades d’infortune de plus en plus nombreux : les EHS resteront-ils les éternels « psychosomatiques » ? Ce document est en tout cas un coin enfoncé dans le bois du scepticisme. « Tout homme a droit à un habitat décent », mesdames-messieurs les opérateurs…

Par Guillaume Dumazer

Auriez-vous été un as des conjugaisons en 1893 ?

À une époque où l’on pardonne à tous les clampins de la terre de s’exprimer comme des charretiers et de massacrer le moindre mot qui leur passe en bouche, il est grand temps de remettre le niveau général en doute au moyen d’exercices que l’on évitera, un peu de pitié que diable, aux cancres composant aujourd’hui une grande partie du public bien sûr mais aussi à ceux qui s’expriment en public, souvent sans qu’on le leur demande, par exemple sur les réseaux dits sociaux. Quel amoureux de la langue n’a pas en effet risqué la syncope à la lecture d’une discussion sur le Livre de faces ? D’une carte de restaurant ? D’un mode d’emploi d’origine scandinave ou pas ? Qui n’a pas fait tomber un de ses yeux par terre devant la relecture bâclée d’un roman pesant désormais la bagatelle de vingt euros que l’on ponctionne les larmes aux yeux sur un budget toujours plus famélique ? Ce cahier vous permettra d’évaluer vos capacités dans l’art subtil de l’accord du participe passé, de la conjugaison de l’imparfait du subjonctif, un vrai bonheur pour les allergiques au « langage » sms et autres iconoclasties grammaticales. La présentation à l’ancienne, le format léger, tout a été calculé pour prendre plaisir et trimballer la chose en déplacement, manière de mettre à l’amende son voisin de tramway ? Cool !

Par Guillaume Dumazer

En finir avec la cigarette (Allen Carr)

Ah mais si vous croyez que pour le mois sans tabac (novembre, c’est tout de suite, les bonnes résolutions itou !!) vous allez passer à travers celui-là, vous vous fourrez le mégot dans l’œil ! « Non seulement j’étais guéri, mais j’allais, de surcroît, guérir le reste du monde ! » : débarrasser la planète de cet affreux esclavage que représente l’emprise du tabac sur la population devient le but ultime de l’américain Allen Carr, qui finira toutefois par casser sa pipe en payant son tribut perso au cancer du poumon, la vie est injuste pas vrai ? Ce guide dont c’est la deuxième édition renferme sa méthode pour comprendre pourquoi il faut arrêter et comment on peut le faire tout en continuant dans un premier temps à fumer, le texte est horriblement redondant, comme construit avec une suite de mantras mais qui peut fonctionner avec ceux qui ont décidé de cesser d’engraisser un des pires pourvoyeurs de mort de la planète. Si on ne comprend toujours pas pourquoi les dérivatifs à la clope ne sont pas disponibles gratuitement partout (et on ne parle pas là des sucettes électroniques vendues partout sans garantie de ne pas en claquer pareil), on recommande ce livre qui donne de vrais résultats, encore faut-il être motivé mais les raisons ne manquent pas, il suffit juste de réfléchir cinq minutes. Enfin, quand on peut.

Par Guillaume Dumazer

Mimosa

de Catmalou et Edith

Mimosa n’est autre que la propre fille de Catmalou et celle-ci a recueilli à chaud les réflexions de la petite fille à une époque où la philosophie se pratique au jour le jour, où chaque chose mérite un commentaire forcément édifiant. C’est sous forme de strips que l’enfant livre ses réflexions hilarantes sur la vie en général. Si peut-être un jour, elle deviendra l’incroyable Hulk (peut-être grâce au petit déjeuner au cidre ?), elle apprend au détour d’une phrase que Coco Chanel l’a carrément plagiée, que la « langue de fesse » n’est pas vraiment facile à apprendre pour un adulte, que les cadeaux d’anniversaire sont là pour compenser l’année de moins à vivre… On note au passage une collection de chapeaux plus hallucinants les uns que les autres ; le lecteur comprendra également que Mimosa est aussi dotée d’une sacrée répartie et d’une culture pour le moins foisonnante pour une enfant de son âge, les parents se remémoreront forcément des scènes de leur propre vie, les enfants prendront peut-être des notes, les lecteurs dans leur ensemble adoreront cette bande dessinée craquante, livrée dans un fourreau cartonné.

Par GUILLAUME DUMAZER