Livres

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Audacieuses, 50 femmes pionnières

De Yannick Resch et Sheina Szlamka
Initiatrices souvent invisibles, les femmes n’ont pas fini de nous surprendre… Ce livre est le fruit d’une rencontre éditoriale entres deux auteures engagées et talentueuses qui ont décidé de produire un doux manifeste pour sortir de l’ombre une cinquantaine de personnalités remarquables. A chacune, elles prêtent une histoire et un visage, qu’elles conçoivent comme un diptyque. Le choix a porté sur les XIXème et XXème siècles, sur tous les continents, dans les domaines de la littérature, de la politique, des sciences, des arts et de l’action.

Carmen et Emilio : au cœur de la Résistance

De Christian Bélingard

Cet ouvrage s’adresse à tous les publics, en particulier aux jeunes. Un devoir de mémoire nécessaire alors que les derniers témoins de l’exil espagnol et de la Résistance sont sur le point de disparaître. « Pinocha « est un modèle d’engagement, d’abnégation, de désintéressement, conciliant à la fois son rôle de mère, d’épouse et de combattante clandestine. Une biographie consacrée à un personnage « lumineux et résilient « selon la belle préface de Bernard Reviriego qui rend hommage à un livre qui « fait faire de grands progrès à l’histoire de la Résistance en Dordogne ainsi qu’à la place de Républicains espagnols dans cette histoire.

Rue de la Méditerranée

De Sunjata

« Comme beaucoup de rescapés de la Retirada, l’exode des républicains espagnols, ils avaient été accueillis à la maternité d’Elne par le Secours suisse avant de retrouver refuge dans la rue de la Méditerranée. Le quartier avait bien changé depuis le temps où ses camarades de classe le tarissaient d’espinguoin. »
Avec Rue de la Méditerranée, roman sur l’amour, l’amitié et la solidarité, Sunjata, nom d’artiste du Lodévois Soumaïla Koly, colle à l’actualité avec les 80 ans de la Retirada cette année. Il dépeint avec humanisme et lucidité la vie d’une rue peuplée par des vagues successives d’immigration.

Confiteor

De Jaume Cabré (Espagne)

Le jeune Adrià Ardevol, brillant et solitaire, grandit dans un appartement bourgeois du Barcelone des années 50, entre une mère silencieuse qui ne l’aime pas et un père tyrannique, qui tient sa fortune d’un magasin d’antiquités d’origines souvent douteuses… Peu à peu, guidé par les péripéties au fil des siècles d’un violon d’exception, le récit nous fait découvrir de lourds secrets de famille et nous entraîne aux temps les plus sombres de notre histoire européenne.

Des premières pages déstabilisantes, parfois ardues même pour un lecteur averti. Un style clair mais une structure narrative qui change de lieu, d’époque et de personnage d’un paragraphe à l’autre. Parfois dans une même phrase ! Heureusement, Jaume Cabré nous réserve parfois des pauses… On s’habitue à ces virevoltes et pirouettes, on se surprend à les savourer. La navigation se fait au gré de la pensée défaillante de cet Adrià Ardevol atteint d’Alzheimer, qui raconte et se raconte à celle qu’il aime et a toujours aimée. Un questionnement sur le mal, la corruption de l’âme humaine, l’art, l’amour et l’amitié… un texte qui perturbe et fascine, un récit qui en croise d’autres, un écho à la maladie.
Original, dense, exigeant, qui ne laisse pas indifférent.

Par Luise

DRAME – Format broché : 920 pages – Editeur : Babel – Parution : mai 2016 – ISBN-13 : 978-2330064433

 

Il faut tuer Peter Pan

De John Verdon (USA)

Décidément, ce n’est pas encore cette fois que la pauvre Madeleine parviendra à convaincre son mari, Dave Gurney, l’un des plus brillants inspecteurs du NYPD, de profiter de sa retraite et de s’adonner aux plaisirs du jardinage. Lorsque son ancien collègue Jack Hardwick, renvoyé de la police pour l’avoir rencardé dans une affaire, vient lui demander de l’aider à prouver l’innocence de sa cliente, ses vieux démons le reprennent et Gurney se lance à corps perdu dans l’enquête.

C’est toujours très agréable de lire un policier de cet auteur. On retrouve le flic à la retraite en complet décalage avec sa femme mais qui, malgré tout est toujours amoureux. Lui, passe son temps seul enfermé à cogiter et elle, court à droite et à gauche vivant l’instant présent. Quant à nous, nous sommes en complète empathie avec le détective qui cherche à découvrir la vérité sur des meurtres incompréhensibles. Tel un puzzle géant, il échafaude des théories, des hypothèses jusqu’à résoudre l’énigme. Psychologiquement, Dave Gurney est tourmenté, il se met systématiquement en danger et prend un malin plaisir à défier la mort… Il en est tout à fait conscient mais ne peut s’empêcher de vouloir mettre fin aux fous criminels qu’il côtoie.
On retrouve ici toutes les ficelles du narrateur dans son déroulement et dans sa façon de faire interagir les personnages. Parfois un peu lassant mais jamais ennuyeux. Souvent de belles réflexions sur la pensée humaine, sur la vie en général. Un dénouement incroyable et grisant, assorti d’une magnifique démonstration de notre esprit si facilement manipulable.

Par Isa

POLICIER – Format poche : 704 pages – Editeur : Le Livre de Poche – Parution : juin 2016 – ISBN-13: 978-2253095071

La voix du sang

De Andrew Coburn (USA)
En 1932, le «bébé Lindbergh», fils du héros de l’Atlantique Charles Lindbergh, est enlevé et assassiné, alors que la rançon avait été payée. Le coupable est condamné à mort. Un fait divers horrible et révoltant dont l’Amérique se souvient encore, à partir duquel Andrew Coburn imagine une vérité complexe et étonnante.

Une saga familiale qui s’étend sur une cinquantaine d’années. Elle débute en 1932 avec un enlèvement d’un côté et un tragique accident de l’autre. La décision d’un homme, des vies qui basculent, des destins qui se croisent. Un joli panel de personnalités qui ne nous laisse pas indifférents : le père qui vit dans le mensonge, le fils d’une insondable tristesse, le magouilleur au grand cœur, la vamp froide et incomprise, la gentille qui passe à côté de sa vie, la vieille acariâtre et le révérend qui a tout compris.
L’auteur réussit parfaitement à faire le lien entre chaque personnage, à passer d’une époque à une autre tout en douceur et avec beaucoup de finesse. Que ce soit les personnages féminins ou masculins, Coburn parvient à nous les faire connaître avec émotion et crédibilité.

Par Isa

DRAME – Format poche : 477 pages – Editeur : Rivages/Noir – Parution : mars 2014 – ISBN-13: 978-2743627287

La Daronne

De Hannelore Cayre (France)
Patience Portefeux, 53 ans, deux filles, un chien, un fiancé flic et une vieille mère en EHPAD. Patience trime, Patience est traductrice de l’arabe pour le ministère de la Justice. Des milliers d’heures à transcrire des écoutes entre petits dealers et grands bandits. Puis Patience franchit la ligne jaune : elle détourne une montagne de cannabis issue d’un Go Fast.

Coup de foudre ! Cynique et drôle à souhait. On suit les aventures de Patience et ses délires dangereux avec beaucoup de plaisir. Insouciante, désabusée, courageuse, un peu folle-dingue et qui envoie du bois à toutes les phrases ! Coup de griffes aux incohérences du système, aux institutions pour retraités, aux racistes, aux croyants et à la bêtise en générale…. Bref, un très bon moment.

Par Isa

POLICIER – Format poche : 192 pages – Editeur : Points – Parution : mars 2018 – ISBN-13: 978-2757871096

 

Ces héraultais qui ont fait l’histoire

De Raymond Alcovère

Combien de noms de rues ou de lieux restent-ils souvent un mystère pour le passant ? Profitons de cette chronique pour quelques rappels éclairants qui s’avèreront utiles lors d’une balade, par exemple à Montpellier. L’espace Dominique Bagouet porte le nom du chorégraphe créateur de Montpellier Danse. La rue Balard et son trompe-l’œil celui d’un savant découvreur du brome, crucial en photographie, la rue Frédéric Bazille celle d’un peintre impressionniste, le musée Fabre porte le nom d’un peintre et collectionneur, les établissements hospitaliers Gui de Chauliac, Lapeyronie et Arnaud de Villeneuve ceux de pionniers de la médecine moderne… Bien sûr on vous passe les Jean Moulin, Pierre-Paul Riquet, Georges Brassens, Cambacérès, Boby Lapointe, Michel Galabru, Paul Valéry, Jean Vilar, ou encore le “réinventeur” de Montpellier Georges Frêche… Car c’est en tout une cinquantaine de personnalités que Raymond Alcovère réunit dans un volume agréable à lire d’autant qu’il présente au grand public des personnages souvent méconnus des habitants de la région. De courts articles très informatifs livrent la biographie de ces femmes et de ces hommes qui ont marqué le territoire pour diverses raisons, la palme de l’étrangeté revenant à l’entrée de l’anarchiste Sante Geronimo Caserio, dont l’“exploit” fut l’assassinat du président Sadi-Carnot en 1894. Il faut de tout pour faire un livre.

Par Guillaume Dumazer

Ray Charles

De Frédéric Adrian

A priori né le trente septembre 1930 à Albany, Ray Charles Robinson découvre au Red Wing Cafe ce qui devient vite sa passion, le piano. Mais il n’a pas le temps d’en profiter car il devient brusquement aveugle. L’éducation de sa mère et son passage dans une école spécialisée le font rapidement progresser. Il commence à se faire un peu d’argent et à tourner partout où c’est possible jusqu’à, bien plus tard, trouver le succès. Ray Charles a peut-être enregistré son premier disque il y a tout juste soixante-dix ans et a signé ensuite son contrat avec Atlantic quelques années plus tard : ce n’est pas avant de multiples tournées et enregistrements que le pianiste-chanteur va rencontrer son public avec Georgia on my mind. Avec de plus sous le bras un contrat habilement négocié auprès du label ABC. Ray montrera en effet de tous temps être malgré de gros problèmes de drogues et de mœurs un homme d’affaires intraitable en plus d’un génie musical. Il s’engagera également contre la ségrégation encore en vigueur à ses débuts. L’auteur évoque aussi la relation de l’artiste avec la France, n’hésite pas en bon biographe à laisser filtrer des critiques à l’égard des méthodes employées par l’artiste et son entourage de squales de la communication. Un bouquin abondamment documenté doublé d’un grand 8 de Charybde en Scylla jusqu’au retour en grâce avant la fin.

Par Guillaume Dumazer

La Légende

De Santiago de Boris Quercia

« Quelle horreur, la culpabilité. C’est comme si dans ta tête, il y avait un autre type, meilleur que toi, qui te jette à la figure toutes les saloperies que tu as faites. Et tu traînes des pieds pendant que l’autre type te bouffe la tête. De quoi devenir taré ». Pas de quoi être très heureux pour Santiago Quiñones, comme si ça ne suffisait pas de se coltiner une sale réputation dans les rangs de la police et de perdre petit à petit sa femme dont il a du mal à se passer ; il décide d’aider son beau-père à mourir contre son gré pour apprendre ensuite, contre toute attente, que sa vieille mère l’adorait… Du coup il s’abandonne volontiers à la drogue que le boulot met sur son chemin, quitte à friser l’état de junkie mais tout dégénère soudain quand un groupuscule présumé d’extrême droite commence à tuer des immigrés, Santiago part en croisade dans une sorte de quête pour la rédemption… Boris Quercia a écrit là un excellent roman écrit à la première personne, très sombre et au vocabulaire vif et juste, qui fait suite à un autre publié aussi chez Asphalte où figurait déjà le sieur Quiñones (Les Rues de Santiago). Pour finir sur une question : non mais c’est quoi cet exergue au-dessus du titre ? C’est fort moche en tout cas même si ça épargne l’impression d’un énième et inutile bandeau…

Par Guillaume Dumazer