Livres

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Livre : Le Bazar des mauvais rêves de Stephen King

«Sois prudent, Cher Lecteur, car certains de ces objets sont dangereux. Ce sont ceux dans lesquels se cachent les cauchemars, ceux auxquels tu ne peux t’empêcher de penser quand le sommeil peine à venir et que tu te demandes pourquoi la porte du placard est ouverte, alors que tu sais pertinemment l’avoir fermée».
La couverture, éloquente, rappelle au lecteur que le monde vivant dans le crâne de Stephen King est peut-être merveilleux mais toujours dans un fond obscur et clairement menaçant. Ces vingt nouvelles sont autant d’exemples qu’un petit événement anodin peut ensuite dégénérer en conte fantastique ou en cauchemar cruel. Une bagnole peut-être plus méchante encore que la mythique Christine, la dernière dispute des Burkett, un accrochage en caisse avec un malade d’Alzheimer à bord, l’apparition d’un sale gosse dans le quartier, l’étrange proposition d’un révérend à la retraite, l’achat tout bête d’une liseuse de livres électroniques ou bien les derniers moments de la vie terrestre d’un banquier.
Stephen King introduit de plus chaque récit par les circonstances de son écriture, d’où une agréable sensation de suivre le processus en complice. Entrez donc dans ce bazar malicieux, les amateurs de l’auteur ne le regretteront pas, King ne se départissant jamais de son style unique entre onirisme, humour noir et fine observation de l’esprit humain.
Ce recueil rejoint la longue liste des très bons King !

Par Guillaume Dumazer

Livre : Il n’y a pas de jour pour arrêter de boire

Il n’y a pas de jour pour arrêter de boire de Crok Brandalac
Le lodévois Crok Brandalac revient sur sa vie mouvementée vécue sous le signe de la sacro-sainte trilogie « sex, drugs & rock’n’roll », traversant sans sombrer de sacrées vagues de déconvenues (bisbilles familiales, amitiés nocives, penchants dangereux, magouilles dans son entourage, entreprises malheureuses) sans pour autant le dévier d’une ligne de conduite où n’importe finalement que la liberté la plus totale. Cette soif d’indépendance mettra sur son chemin d’autres chiens fous, qu’ils soient musiciens au sein de son groupe Busker ou clients de son bar Le Rackam le Rouge à Montpellier.
Personnellement, on se méfie toujours un peu des autobiographies, en particulier celle des oiseaux de nuit qui réécrivent souvent l’histoire comme ça les arrange, celle-ci n’a pas l’air d’être de ce tonneau (ha!), se lit très bien et très vite, et évoque en plus, pour le plus grand plaisir des fans ou témoins de l’époque, l’excellente scène punk rock montpelliéraine et ses personnages les plus éminents, notamment Jean-Michel Poisson, alias Spi, chanteur et parolier d’OTH et des Naufragés que Crok retrouvera lors de la conception de son deuxième film Chants de révolte ! réalisé en compagnie de Rémy Bousquet. Celui-ci est d’ailleurs sorti récemment en DVD, les amateurs de chanson française contestataire devraient se renseigner à son sujet auprès de Monolithe Films, basé aussi à Lodève.

Par Guillaume Dumazer

 

Livre : 2013-2015 de Jace

2013-2015 de Jace
Editions : L’Usine à Gouzou- Parution : 2016

Jace n’est pas artiste à limiter son travail graphique aux rugueuses pages des murs du monde, pour la huitième fois, l’artiste de rue livre un très beau bouquin rempli de ses dernières créations sur un nombre indéterminé de pages, plusieurs centaines bien sûr, on a eu la flemme de les compter vu l’épaisseur de la chose. Pour souligner encore le caractère exceptionnel de ce genre de catalogue que Jace a toujours soigné au maximum pour en faire une sorte de galerie d’art portable, un coffret de carton épais et découpé tient le livre dans ses petits bras musclés. Les Gouzous, personnage à tronche d’œuf sans visage, sont un rien facétieux et courent le monde dans les bombes non-violentes de leur créateur et il aime à les mettre en scène dans un univers où l’humour et l’amour marchent main dans la main comme deux enfants rigolards, délivrant parfois un message empreint de tolérance et de liberté qui n’empêche pas pour autant un regard fin sur l’état du monde en général, et de ses habitants surtout. Et donc parfois de sévères réquisitoires à l’encontre des empêcheurs de rêver en rond : salopards de requins de la finance, pollueurs, touristes sexuels passent ainsi à la moulinette. Le décor, le support matériel, tout est prétexte à détournement pour un homme à l’imagination et au sens de l’observation aiguisés et les légendes des illustrations narrent parfois le processus de création autorisé ou pas, donc parfois mouvementé. Un must!

Par Guillaume Dumazer

Livre : Société noire de Andreu Martin

Société noire de Andreu Martin
Editions : Asphalte- Parution : 2016

Découvrir une tête coupée sur le toit de sa bagnole en guise de gyrophare doit forcément faire son petit effet de bon matin. La police barcelonaise pense d’abord à une exaction des “maras”, gangs ultraviolents inspirés de ceux d’Amérique centrale (voir à ce sujet le formidable documentaire La Vida loca). Mais l’inspecteur Cañas est lui persuadé que les discrètes triades chinoises sont derrière tout ça. Son informateur Liang tente une infiltration dans le monde dangereux de monsieur Soong, caïd présumé au sein de la communauté chinoise de Barcelone. Mais le jeune homme va vraiment trop loin, les meurtres barbares ne tardent pas à se multiplier autour de lui et les classiques bisbilles entre les différents services de polices locale ou nationale n’aideront pas Cañas, alors en pleine tourmente familiale, à diriger ses pas dans une enquête pour le moins périlleuse. Andreu Martin a monté son roman comme un thriller de Quentin Tarantino, livrant les parties du récit dans le désordre pour mieux éclairer ensuite les personnages pas franchement jouasses de cette histoire fort noire. On y trouve aussi pas mal de renseignements au sujet des triades et des maras et l’auteur sait suffisamment bien jouer avec les tempos et les climats pour composer un polar racé et efficace qui ne pourra qu’intéresser les nombreux amateurs du genre qui ont déjà dû le lire dans la collection Série Noire (pour Prothèse ou Barcelona connection).

Par Guillaume

Retour à My Lai de Dominique Legrand 

Editions : Le Castor Astral – Parution : 2016

« […] on nous a envoyés dans la zone démilitarisée de Con Thien, pour une opération appelée “Buffalo”. Il s’agissait en fait pour nous d’empêcher les troupes nord-vietnamiennes d’occuper cette position stratégique […] Sur le papier, ça semblait facile ». Le 16 mars 1968, devant l’échec, un effroyable massacre perpétré par les américains transforme la vie de nombre de soldats témoins et / ou acteurs en cauchemar absolu, sans parler de celle des survivants. Franck Palmer a payé un lourd tribut à la folie découlant de ce jour maudit. Pourtant la vie lui a souri un temps avant qu’elle ne se craquelle brutalement à nouveau : il perd tout, en particulier son fils, et noie comme beaucoup son chagrin dans l’alcool avant de revenir à My Lai pour une cérémonie. « Soudain je réalise que je n’ai jamais vraiment compris ce pays. En étant passé à côté de lui, d’une certaine façon, je suis passé à côté de ma propre existence »… Anh Thu Huong est pianiste de renom, elle passe sa vie dans les avions qui l’emmènent d’une salle de concert à une autre mais elle aussi trimballe son lot de cicatrices. Les deux vont finir par se rencontrer à cette occasion. Dominique Legrand livre un récit fort et documenté, foisonnant de scènes décrites cinématographiquement – l’auteur est un spécialiste du septième art et ça se sent – on annonce d’ailleurs des projections de films sur le sujet suivies de débats avec l’auteur. Beau livre.

Par Guillaume

Les Ombres de Katyn de Philip Kerr

Editions : Le Livre de Poche – Parution : 2016

« La peur. C’était un problème que j’avais fréquemment avec les nazis. Un problème que tous les Allemands avaient avec les nazis. Enfin, les Allemands encore en vie ». Ainsi s’exprime le capitaine Gunther, qui au cours d’une enquête, se prend un immeuble sur le coin de la gueule après le passage de bombardiers alliés. Mais il ne perd pas là sa puissance de déduction ni l’humour noir qui le caractérisent. On lui confie une fois rétabli une mission délicate, élucider la présence étrange de nombreux cadavres polonais dans les environs de Smolensk. Enquête dangereuse s’il en est puisqu’elle mord sur les plates-bandes de l’armée, du ministère de la propagande du “mahatma” Goebbels et des services de renseignements. Gunther croise aussi la route des opposants allemands à Hitler (dont il est, bien qu’évoluant au sein du système nazi). Son humour et son cynisme ne sont pas sans agacer les cadres de l’armée et les fanatiques de tous poils qui voient là une belle occasion d’envenimer les relations déjà tendues entre Russes et gouvernement polonais en exil. En effet, si les soviétiques se sont rendus coupables du massacre, ils donnent raison à ceux qui pensent qu’« Hitler n’est qu’un démon mineur de l’enfer mais Staline est le diable en personne ». Par l’auteur de la Trilogie berlinoise, fort drôle en prêtant vie à cet inspecteur atypique dans un régime de terreur absolue instauré en Europe, surtout après la défaite de Stalingrad au début de 1943. Excellent polar !

 

Par Guillaume

Nanarland – Le Livre des mauvais films sympathiques

Manufacturée sous la glorieuse forme d’une VHS (empoigne donc un dico, mon trop jeune ami…) et glissée dans un fourreau ouvrant splendide, cette émanation de papier du site Internet du même nom livre en pâture aux (bis)cinéphiles une sélection de cinquante bandes totalement déglinguées et autres perles du non-sens, réparties en sept catégories aussi hautement recommandables les unes que les autres : les films-culte de la rédaction, les copies sans vergogne, les super-héros, les monstres, les films d’horreur, les « films polissons » et enfin les « films d’auteur ».

Avec l’humour qui caractérise l’équipe, on découvre d’improbables titres venus du monde entier – souvent doublés par d’étranges personnages en français – qui raviront les insatiables fans de série B, voire plutôt Z. À lire aussi des extraits d’interviews qui complèteront les articles déjà plutôt informatifs. Le tout est bourré d’illustrations qui raccourcissent par contre la lecture d’un volume que l’on aurait vu, en grand gourmand, plus fourni mais on suppose qu’un deuxième volume viendra tôt ou tard terroriser les bacs, on en reparlera bien sûr à l’occasion. Pour ceux qui, mécréants, ne jurent plus que par l’écran, conseil leur est donné de se précipiter sur le site hilarant et érudit à la fois fournissant l’avantage d’héberger de la vidéo. Qui ne pouffera pas devant ces joyaux turcs, hongkongais (ou même français !) a forcément un problème de zygomatiques.

Par Ged

Batman – Killing Joke

Batman – Killing Joke
de Alan Moore et Brian Bolland

Un type comme Tim Sale ne peut s’y tromper, d’ailleurs n’a-t-il pas lui-même dessiné quelques albums marquants de la chauve-souris ? Il prévient en préambule : « Killing Joke n’est pas seulement une excellente aventure de Batman, mais un objet fondamentalement différent », qui a été publié directement sous forme de Graphic novel (ou album, un format carrément inhabituel dans le domaine du comics). Et pour cause : le passé du Joker, chapitre pour ainsi dire vide de son dossier, est ici éclairci au moyen de flash-backs en noir et blanc, on assiste à la naissance du monstre en direct ou presque ! Batman s’interroge… « Comment peut-on se haïr à ce point sans même se connaître ? », that’s the question, et le Joker a sa réponse : « Ce n’est qu’une blague ! Tout ce en quoi nous croyons, ce pourquoi nous luttons… Ce n’est qu’une horrible, monstrueuse farce ! C’est si drôle, tu ne le vois pas ? ». De toute façon, dans un tel combat, « il faut savoir raison perdre ». Brian Bolland lui-même se charge de la postface, ajoute quelques infos et la dose d’humour nécessaire (saleté de compteur de caractères !). Suivent aussi le court récit « Un parfait innocent » publié pour la première fois en couleurs et « Les Dossiers secrets de Brian Bolland » (croquis de travail, essais d’encrage / colorisés accompagnés de liner-notes), puis des biographies concluent le bouquin. Un bien bel album que nous recommandons chaudement aux fans de Batman, et surtout du Joker.

Par Ged

Jess Franco ou les prospérités du bis

Jess Franco ou les prospérités du bis de Alain Petit

La réhabilitation, enfin ? Car l’image laissée dans l’inconscient collectif par un homme qui occupa pourtant tous les postes de la conception cinématographique avec le même brio n’est pas brillante. Dans l’esprit des intellectuels de salon, Jess Franco est avant tout un infâme pourvoyeur de série Z, ou à la limite un artisan fauché que l’on se permet de regarder de haut avec un sourire en coin. Mais stop, la parution de cette énorme Bi(s)ble apporte un éclairage quasi exhaustif sur une carrière qui comportera tout de même 200 films ! L’homme aux innombrables pseudos voit son œuvre disséquée au travers d’interviews avec l’auteur, interviennent aussi les membres de sa familia, les acteurs et producteurs tout aussi innombrables, le tout illustré de tonnes de visuels d’époque dont moult figurent les pin-up vénéneuses de l’univers franquien, pas vraiment très habillées… De tout ceci se dégage l’impensable vérité : Jess Franco fut un artiste à part entière avec un style, une volonté de fer face à une censure espagnole d’une grande dureté jusqu’en 1975, de récurrents problèmes de budget, les demandes de modifications de la part des producteurs qui occasionnent de multiples montages de nombre de films, un besoin physique de travailler et même de véritables relations avec les grands du septième Art (les rencontres avec Orson Welles et Jean-Claude Carrière sont assez longuement évoquées…). Et pour finir ZEU big morceau : la filmographie fleuve commentée et prolongée par une bibliographie. Veuillez maintenant reporter ici la dernière phrase de l’article ci-dessus…

 

Par Ged

20 ans de western européen

20 ans de western européen de Alain Petit

Entamée en 1978 et publiée jadis en cinq tomes photocopiés, voici la Bible d’un pan du cinéma enfin ressuscitée sous une forme absolument superbe !
« Que grâce à cette étude un seul de ces films soit repris en distribution ou programmé à la télévision et ce travail n’aura pas été vain ». Ouaip, des hommes comme ça existent encore. Pour la petite histoire, Alain Petit rappelle que le western européen est né en France en 1908 ! Mais ce n’est cependant qu’en 1961 que Robert Hossein déboule enfin avec du sérieux après quelques parodies moisies. Puis Winnetou explose en Allemagne, les décors espagnols se montrent à la face du monde et… Sergio Leone ! Après le carton public des films de celui-ci, le western européen usera toutes les ficelles scénaristiques pour rester à flot, malheureusement sans succès. Un “genre parricide” d’après certains ? Bien sûr et c’est tant mieux. Adieu héros manichéen massacreur d’indiens et de bisons œuvrant pour la morale, ici le héros se révèle aussi vrai et cruel que la vie elle-même, il met même parfois un pied dans la contestation politique pendant les terribles années de plomb, dommage qu’il se soit souvent montré si macho. Les réalisateurs n’hésiteront pas à frayer avec le fantastique, l’érotisme ou la comédie potache pour accoucher enfin de l’ultime avatar de la dégénérescence : la parodie. Un travail de passionnés pour les passionnés doté d’illustrations géniales, d’une filmographie-fleuve et d’une galerie de réalisateurs et d’acteurs impressionnantes ! Absolument indispensable pour tout fan de cinoche !

Par Ged