Livres

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Croyez-moi, je vous mens : confessions d’un manipulateur des médias

Le conseil de Ged :

Croyez-moi, je vous mens : confessions d’un manipulateur des médias
de Ryan Holiday

L’auteur s’explique : « J’ai vécu très confortablement dans cet univers, et j’avais foi en lui jusqu’au jour où j’ai réalisé que je ne le reconnaissais plus. Beaucoup de choses avaient changé. Dans cette histoire, je ne sais pas où commence et où finit ma responsabilité, mais je suis prêt à vous raconter ce qui s’est passé ».
Nous vivons une époque bizarre où les benêts gobent les pires idioties possibles et surtout, « le monstre est capable de se nourrir tout seul », propagent telle une peste électronique des bêtises encore plus grosses qu’eux. Certains prétentieux se transforment même en super-conscients (les spécialistes des méchants “ils” qui nous manipulent, blablabla…). D’un autre côté, nous vivons aussi dans un monde où de bien plus malins sont payés pour faire croire que, instaurer un climat de, favoriser le buzz ou l’indignation tout en se foutant complètement de l’impact sur les moutons qui prennent tout pour argent comptant sans jamais vérifier sources et informations. Pour prendre une revanche il suffit de lire ce livre, car Ryan Holiday est désormais un cynique repenti, du moins essaie-t-il, et livre ici mémoires et techniques qui au nom, sacré !, du dollar, font et défont sans scrupules idées ou gens. Churchill disait de certains « chacun d’entre eux nourrit le crocodile en espérant qu’il sera le dernier à se faire dévorer ».
On pourrait simplement ajouter « plus dure sera la chute » si on ne prend pas garde.

La Bredoute – Hiver Printemps 2016 et même beaucoup plus

La Bredoute – Hiver Printemps 2016 et même beaucoup plus
de Fabcaro

La critique de Guillaume Dumazer

« Parce que tout le monde est différent de chacun »… Hosanna au plus haut des cieux, voici, quasiment dix ans après sa première parution, le retour de cet album hilarant de l’inénarrable Fabcaro qui dans ces pages, aujourd’hui augmentées de quelques feuilles inédites et livrées dans une version en couleurs, pastichait sans vergogne et avec talent les catalogues d’une grande marque de vente par correspondance que certains d’entre vous ont peut-être reconnue, faut dire que le titre est discret et subtil, il va falloir faire travailler les méninges mises à mal par la wifi et les réseaux sociaux. Nonobstant des photos dont chacun pensera bien ce qu’il veut, ces célébrissimes catalogues se caractérisaient souvent par des slogans et autres punchlines terriblement tirés par les cheveux. Fabcaro se les approprie ici et exagère quelque peu le non-sens de la communication commerciale, comment résister à de tels chefs-d’œuvre : « Laissez supposer à vos voisins que vous buvez du café « commerce équitable » à l’aide de cette table basse aux motifs quasiment hindous », « Ce maillot 2 pièces qui allie confort et sens de l’humour sera idéal pour faire la queue à la Poste de Palavas ! »,
« Aaah les joies de la garde alternée ! Grâce à cette « webcam », vous pourrez voir votre enfant tomber malade une semaine sur deux ! » ? Un album à conseiller vivement aux très nombreux lecteurs du dernier album Zaï Zaï Zaï Zaï (chez le même éditeur).

Adieu, Palmyre

Adieu, Palmyre de Dominique Fernandez et Ferrante Ferranti

La critique de Guillaume Dumazer
« Dans un voyage, c’est la première émotion qui compte, la rencontre personnelle des lieux. Il sera bien temps, rentré chez soi, de se documenter. Les doctes font un travail inestimable, mais nous empêchent d’éprouver par nous-mêmes. L’émerveillement commence par un choc physique. Le plus ignare, à Palmyre, était saisi par la grandeur du paysage, les alignements de colonnes émergeant comme en plein jour de l’obscurité, la pâleur du ciel qui restait lumineux une fois le soleil éteint ».

À l’annonce de la destruction d’une grande partie de la mythique cité de Palmyre, les auteurs de ce livre, qui tient par son ton du guide amoureux, ont réuni leurs connaissances et leurs souvenirs ainsi que de nombreuses photographies magnifiques d’un lieu sûrement perdu pour toujours à cause de la profonde débilité du fanatisme religieux ou politique qui de tout temps frappera les vestiges du passé dans une furie aveugle de tabula rasa. Que penserait aujourd’hui Zénobie, mythique souveraine arabe de Palmyre, qui osa tenir tête à l’empire romain d’Aurélien, des iconoclastes au burin et surtout à la masse, qui usurpent aujourd’hui le pouvoir au nom d’un dieu qui décidément a bon dos ? Elle ne pourrait que se ranger à l’avis de l’auteur : « les religions, quelles qu’elles soient, n’ont été que trop souvent des prétextes à persécution. Sous l’évangile d’amour et de paix, elles ont propagé la haine et la guerre ». Et anéanti Palmyre.

Skagboys de Irvine Welsh

Avec Porno en 2002 (paru en France en 2009), Irvine Welsh offrait aux fans de son légendaire premier roman Trainspotting une suite digne de celui-ci. Avec Skagboys (2012), l’auteur revient aux sources et nous fait le coup de la préquelle, mais avec quel talent ! Renton, Sick Boy, Spud, Tommy et Begbie sont à peine adultes dans un monde anglais où règne sans partage Margaret Thatcher, et, pour fuir une réalité sociale un rien désespérante, rien ne vaut l’alcool pour cette bande de vauriens, disponible partout et quasiment une religion dans l’importante partie désœuvrée du pays, à part la drogue qui se fait de plus en plus dure. Le speed des weekends laisse progressivement sa place à l’héroïne (qu’ils se partagent à l’arrache à une époque où on ne parle pas encore de SIDA), et dont ils deviennent bien évidemment quasiment tous accros. C’est l’histoire d’une découverte fulgurante et d’une chute inexorable que nous raconte un auteur extraordinaire dont la traduction en français approche de très près la vérité urbaine du langage (peut-être parfois un peu trop djeun’s pour être honnête toutefois ?), ce rhyming slang qui n’hésite pas à remplacer des mots par d’autres pour la simple beauté de la rime a forcément une tronche bizarre dans notre langue, pourtant le plaisir éprouvé à la lecture des précédents volumes réapparaît quand on attaque cet énorme pavé de 800 pages qui, au lieu de rassasier rend… accro.

Skagboys de Irvine Welsh
Editions : Au Diable Vauvert – Parution : 2016

Par Guillaume Dumazer

Daddy Love de Joyce Carol Oates

« Elle était tombée amoureuse de Perry  » Whit  » Whitcomb à l’âge de vingt-trois ans. Elle n’avait jamais été amoureuse auparavant et elle en avait été profondément bouleversée, et cependant : ce n’était pas comparable à l’amour nourricier, à l’amour désespéré qu’on éprouve pour un enfant ». Mais cet enfant chéri, Robbie, cinq ans, lui est soudain arraché par le prédateur Chester Cash, prédicateur ambulant et déviant au service de l’Église de l’Espoir éternel, mais qui préfère qu’on le nomme Daddy Love quand on est le malheureux prisonnier de sa vierge de bois. Suffisamment charismatique pour embobiner son monde car habité par une double personnalité démoniaque, il cache un cerveau totalement dérangé mais très inventif. Tout le long de ce roman conforme à l’écriture précise et profonde de son auteur, on suit le calvaire des parents de “Gideon” (c’est le nom que Daddy Love a donné à Robbie), en particulier celui de la mère estropiée par la voiture du tueur lors de sa fuite, mais aussi le conditionnement de l’enfant auprès de son kidnappeur qui, semaine après semaine, s’impose comme un père tout en ayant des vues bien plus cruelles que celles de l’éducation : torture mentale et physique, sévices sexuels compris. Un roman fort et dur, à la limite de l’horreur sans les artifices du genre, qui pose la question du devenir de ces êtres enlevés par les criminels de la pire espèce, mais aussi de ceux qui restent, seuls, face à la solitude intérieure, en proie à la culpabilité, au regard des autres et qui ne se répareront jamais vraiment malgré tous leurs efforts.

Daddy Love de Joyce Carol Oates
Editions : Philippe Rey – Parution : 2016

 

Par Guillaume

J’ai été Johnny Thunders de Carlos Zanón

La critique par GED
« Tu refais le film de ta vie ? Sûr que oui. Je connais : on repart à zéro et on arrête les conneries. Ça sert à rien, petit rocker. Les fautes d’orthographe sont toujours là quand tu ouvres les yeux. Soulignées en rouge ». Troisième roman de l’auteur espagnol après Soudain trop tard et N’appelle pas à la maison (également parus chez Asphalte), J’ai été Johnny Thunders met en scène Francis, une vieille gloire du (punk) rock barcelonais qui, la cinquantaine venue avec la banqueroute et la chute dans l’oubli, se voit contraint et forcé de revenir vivre dans le quartier de sa jeunesse, dans l’appartement même de Paco, son père vieillissant. Cette jeunesse perdue, qu’il voit rejouée à chaque pas à travers les souvenirs et les fantômes qu’il croise, lui colle à la peau, il découvre même qu’une bonne partie de celle-ci s’est faite en son absence quand la drogue monopolisait son corps. Il assemble certaines pièces du puzzle avec d’autres, s’aperçoit que certaines sont perdues à jamais et quand les tentations de replonger se font insistantes, la vie ne fait rien pour faciliter les choses. On ne vous fera pas croire qu’on ne nous avait jamais servi un roman sur le retour auparavant, sur les brûlures d’un passé sex, drugs & rock’n’roll, sur la délicate quête de la rédemption e tutti quanti… Sauf qu’ici le récit prend une forme poignante avec ces personnages attachants secoués par des tas de rebondissements. Et par une bande originale bien rock’n’roll (voir la playlist sur le site de l’éditeur). Et voilà (enfin) une couv’ qui attire l’œil !

Les Désaxés de Dominique Hennebaut

La critique par GED

L’avertissement en couverture, tout comme le titre d’ailleurs, est clair : « si vous tenez à votre peau, assurez-vous de ne jamais croiser leur chemin ». Et l’auteur et l’éditeur n’ont pas tort de prévenir, parce que la galerie de personnages présentée par Marilyn et Johnny Fury regorge de salopards de la pire espèce et de timbrés notoires. Jugez du peu : Jimmy adore tabasser le frêle Eddy, Harry aime pourrir la vie de son épouse Leslie, la grand-mère de Keny a une franche tendance à la mythomanie, Gloria tyrannise et fait systématiquement tourner son amant en bourrique, Diego aurait dû comprendre qu’il ne faut jamais dire jamais, l’institutrice Miss Ross a une curieuse façon de professer, Thomas Richmond revisite l’esprit de Noël à sa manière tandis que la maman d’Ignatus n’a pas grand respect pour le corps du “Christ” quand elle l’a sous la main malgré une dévotion des plus fanatique. Délicieusement noires, ces courtes histoires ne manquent ni d’humour cruel ni de dialogues efficaces – on verrait bien ça sur un écran – tandis que le dessin, narquois et dans un esprit proche du pulp / comics à l’ancienne, croque brillamment les frappadingues et les pourritures. On note aussi de nombreuses références cinématographiques. Et si les lecteurs de la revue Aaarg! en connaissent déjà la teneur, les amateurs de bande dessinée déjantée auront plaisir à les voir réunies dans ce recueil soigné, à noter qu’en bonus des dessins pleine page séparent les chapitres, n’hésitez pas à jeter un œil là-dessus !

Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés

Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés de Arto Paasilinna

La critique par GED : « Il lui paraissait de plus en plus évident que boire des caisses entières de vin et avaler des kilos de fromage n’aidait pas le moins du monde Ramon, qui continuerait de pourrir dans sa prison fétide malgré son parrain et sa marraine finlandais ». Contre toute attente, le fameux parrain, le philologue Surunen, décide un beau jour d’intervenir personnellement, il part pour le Macabraguay, une sombre dictature d’Amérique du Sud (pourquoi cette impression de pléonasme ?), pour tenter de faire évader le fameux Ramon, un activiste de gauche. C’est peu de dire que les péripéties se multiplient autant que les rencontres avec des personnages pour le moins déjantés. Mais quand l’évasion réussit par miracle et que Ramon et une poignée d’autres retrouvent la liberté, Surunen va découvrir la vérité sur l’envers idéologique du décor quand il accompagne un des évadés en Vachardoslavie, le terme “paradis communiste” étant un tantinet trompeur sur la marchandise. Arto Paasilinna, génial auteur du Lièvre de Vatanen, du Meunier hurlant ou de Petits suicides entre amis, maître de l’ironie constante, revient en librairie avec un roman (écrit en 1986) qui n’épargne aucun “nuisible” de l’inconscient collectif : dictateurs sanguinaires, soldats cérébrolavés, banquiers bandits, grands bourgeois superficiels en prennent pour leur grade dans un récit loufoque dont l’auteur a seul le secret. Qu’il est bon de pleurer de rire en cette période de sinistres cuistres, merci encore Arto !

Le Goût du large

Le Goût du large de Nicolas Delesalle

La critique de GED : Après avoir bourlingué longuement dans le cadre de son boulot de journaliste, il est temps pour Nicolas Delesalle d’entreprendre une croisière intérieure, il grimpe ainsi pour dix jours d’écriture et de réflexion à bord d’un cargo chargé de containers multicolores. « Elles sont pleines d’histoires, ces foutues boîtes, des tragédies, des secondes, des angoisses, des larmes, des rires ou des rencontres qui m’ont assez marqué pour que ma mémoire les enferme dans de petits conteneurs rangés au fond de mon crâne par des grues, des portiques et des poulies invisibles », Jérusalem, Banda Aceh, Tallin, Moscou, Tombouctou, Kaboul et bien d’autres se rappellent à lui et l’auteur livre au lecteur ces bribes d’une vie passionnante. Tous n’ont pas connu ces objets kitsch mais rigolos, ces micro-appareils photo qui projetaient dans un petit œillet des images à chaque clic de doigt sur le bouton ; Nicolas Delesalle livre sa version du truc mais imaginez-la avec des images mouvantes à la place de photos figées car l’homme a le sens de la description vivante, émouvante même (le passage au Niger est particulièrement poignant) mais on découvre aussi en parallèle la vie sur le cargo dont le voyage d’Anvers à Istanbul est le fil rouge entre ces bulles de souvenirs narrés avec beaucoup de poésie, et beaucoup d’humour aussi, on se laisse aller à la contemplation mentale, de toute façon, « on ne devrait peut-être pas trop s’approcher des choses qu’on imagine. On devrait les laisser là, intactes ».

320 pages – ISBN : 978-2253107767

Nager sans se mouiller

Nager sans se mouiller  de Carlos Salem (Brésil)

Résumé : Juanito Pérez Pérez, bientôt quadragénaire, timide et divorcé, est cadre supérieur dans une multinationale. Mais il est aussi Numéro Trois, un redoutable tueur à gages qui ne s’est jamais posé de questions sur son métier. Jusqu’à ce jour.

la critique de Zab : Si vous avez envie de passer un bon petit moment de détente le sourire aux lèvres, ce livre est pour vous ! C’est drôle, invraisemblable et surtout cocasse ! Un tueur à gages qui se retrouve avec sa famille dans un camp de nudistes et qui soupçonne tout le monde de vouloir le tuer… Vous imaginez le délire ? C’est pire ! Plongez tête baissée et surtout en vous mouillant 😉

Poche : 295 pages – Editeur : Acte Sud, collection Babel noir
ISBN : 978-2742799602