Livres

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Livre : Jérôme Bosch – L’Œuvre complet

de Stefan Fischer
Les amoureux de l’art hallucinant (et halluciné ?) du peintre néerlandais de la charnière des XVe et XVIe siècles Hyeronymus Bosch vont pouvoir retrouver l’intégralité de son œuvre rassemblée dans ce joli petit bouquin. Enfin, « petit » mais costaud puisqu’en plus de cinq-cents pages richement illustrées, il donne à découvrir chaque tableau du maître, mais aussi un catalogue complet de ses dessins, l’auteur complétant la divine nourriture pour les yeux par une analyse érudite revenant sur la plupart des détails, et Dieu sait qu’il y en a pléthore, qui constellent la majorité des tableaux de l’auteur du légendaire Jugement dernier ou de l’incroyable triptyque du Jardin des délices. Une belle galerie de monstres et de démons mais pas seulement,  si l’on veut bien se pencher plus près du contexte historique. La mise en page agréable et le soin général apporté à cette superbe publication en rend l’achat quasiment obligatoire pour qui s’intéresse au sujet. Et sans vouloir faire de la publicité excessive, vous savez que ce n’est pas le genre de la maison, le prix du livre étant ce qu’il est de nos jours, on est heureux de voir que certains – rares – éditeurs réfléchissent au peu de piécettes de l’escarcelle réservées aux objets culturels. Allez jeter un œil sur le site de Taschen qui a mis en ligne quelques scans de pages en haute qualité, ça a de la gueule. (Existe aussi dans une version en grand format, au prix bien sûr proportionnel).

Par Guillaume Dumazer

BD : Puppy

De Luz

Drôle d’histoire que celle de ce petit chien qui ressuscite soudain et émerge de sous terre à la manière d’un zombie de Romero, mais avec la gentillesse et l’innocence d’une créature made in Tim Burton, qui redécouvre un monde dans lequel il ne vit plus. S’il commence à se rappeler un peu sa vie antérieure dans l’enceinte du cimetière pour animaux dans lequel il reposait, il retrouve le reste de sa mémoire quand il pénètre à nouveau un monde humain bizarrement vidé de ses êtres. Les vêtements se baladent vides dans les rues, plus de chair dans cet univers où quelque chose, quelqu’un, tout le monde, est aussi mort que lui. Au moins en partie. Luz s’avère bouleversant dans cet album atypique et profond autant qu’il peut être tendre et drôle une page plus tard. Et le système du sans paroles laisse de plus à chacun la possibilité d’interpréter les gags – ce chien fait absolument toutes les bêtises possibles, tant qu’à y être – que l’on devine chacun signifiant, pour le dessinateur. Si on avait décidé sans faire exprès (trop de bruit, trop de tristesse, trop de méfiance) de ne pas lire Catharsis après les évènements autour de Charlie Hebdo, on a changé d’avis car on tient maintenant à redécouvrir un auteur que l’on aime finalement depuis les années de fac et qui avec ce joli Puppy nous colle une tendre baffe bienvenue quand le cynisme, l’égoïsme, la futilité et l’indifférence commencent (continuent ?) à régner à tous les coins de rue.
Par Guillaume

Livre : Joe D’Amato – Le Réalisateur fantôme

De Sébastien Gayraud

Décidément, les cinéphiles de la branche estampillée Bis doivent être aux anges avec cette collection de livres publiés par les éditions Artus Films ! Après les volumes énormes (et donc proportionnels aux filmographies de leurs sujets) à propos de Jess Franco et Bruno Mattei, abordons le cas épineux du stakhanoviste Joe D’Amato, de son vrai nom Aristide Massaccesi, réalisateur fantôme et responsable à lui tout seul de pas moins de deux cent et quelques films (dont, il est vrai, une grosse partie dans le domaine érotico-pornographique). Ce qui intéressera surtout les cinéphiles ce sont les films de genre qu’il aborde d’une façon unique, de l’heroic-fantasy déglinguée au péplum coquin en passant par le gore le plus outrancier ou les aventures exotiques. Aristide / Joe D’Amato (ou sous n’importe lequel des dizaines de pseudonymes qu’il a adoptés avec le temps) aura laissé sa marque dans tous les genres, du tout début des années 70 à la toute fin des années 90, quitte à être injustement qualifié de simple faiseur, alors qu’il fut, n’en déplaise aux spécialistes bougons, l’auteur de films proprement hallucinants, des célèbres Blue Holocaust, Anthropophagus ou Horrible (c’est marrant comme ils portent tous bien leur titre) à la série des Black Emanuelle (avec un seul M et la splendide Laura Gemser). On n’en démord pas, ces bouquins sont d’inestimables trésors pour qui veut creuser plus avant dans des filmographies sinueuses et étranges.
Par Guillaume Dumazer

Livre : Drôle de voyage de Pierre Drieu la Rochelle

Drôle de voyage de Pierre Drieu la Rochelle

Tenter de limiter Pierre Drieu la Rochelle à ses seuls infâmes faits de collaboration pendant l’Occupation serait assez sot tant l’homme se montra dans l’entre-deux-guerres un auteur fascinant par le biais de romans (Blèche, Le Feu follet, Une femme à sa fenêtre, Gilles) parmi tant d’autres… ou de recueils de nouvelles (particulièrement La Comédie de Charleroi…) au ton unique. Un ton que l’on retrouve bien sûr dans les pages de ce Drôle de voyage, qui met en scène Gille Gambier, diplomate des plus nonchalant, alors chez les Cahen en vacances qu’il passe à ironiser et teindre en sombre ce qui lui passe sous le nez. Tout ceci avant de faire la rencontre de la belle et riche fille de lord Beatrix Owen qu’il séduit : tout d’un coup, « chacun des deux avait pris goût à la vie et prétendait qu’elle tînt sa promesse, et que cette lueur qu’il avait aperçue dans l’œil de l’autre grossît en soleil ». Bien évidemment, tout ne sera pas si simple dans cette sorte de vaudeville parfois goguenard quant au milieu qu’il décrit avec force acide, et riche en explorations des bruissements psychologiques de la bourgeoisie. Le Castor Astral a de plus soigné la forme avec cette couverture agréable au toucher et à la vue, ce dessin de José Correa est simplement splendide.

Par Guillaume Dumazer

Livre : Chat sauvage en chute libre de Mudrooroo

« […] une assistante sociale m’a demandé un jour si je savais où j’allais. J’ai répondu qu’on m’avait placé un ticket dans la main le jour de ma naissance avec une destination précise, mais que, eh bien, le temps avait passé, l’encre s’était effacée, et aucun contrôleur ne s’était encore présenté pour éclaircir l’affaire »…

Sorti à l’origine en 1965 sous un nom d’emprunt bien blanc à une époque où les aborigènes sont de purs parias sociaux, Chat sauvage en chute libre est non seulement le premier roman de Mudrooroo, un classique de la littérature australienne, mais aussi la description du parcours infernal d’un jeune métis qui met les ennemis blancs et aborigènes d’accord : il doit être mis à l’écart, n’étant clairement ni l’un, ni l’autre. Quand il sort de taule après dix-mois d’incarcération pour cambriolage, « la nuit est encore jeune, si bien que je me dirige vers le milk-bar où la bande avait l’habitude de se réunir », et bien évidemment les catastrophes sont inévitables. Suit en fin de volume un court texte d’une trentaine de pages (Je suis moi. Et personne d’autre !). Mudrooroo a insufflé à son personnage un certain machiavélisme évoquant parfois J’irai cracher sur vos tombes, décrit une fatalité qui suivait aussi les personnages d’Hafed Benotman, et son écriture froide, qui n’empêche pas une sorte de poésie, a quelque chose d’envoûtant. Peu importent ensuite les origines contestées de l’auteur : lire délivre.

Par Guillaume Dumazer

Livre : Six fourmis blanches

Six fourmis blanches de Sandrine Collette (FRANCE)
Dans ces montagnes du nord de l’Albanie, le mal rôde toujours. Dressé sur un sommet aride et glacé, Matthias s’apprête pour la cérémonie du sacrifice. Très loin au-dessous de lui, le village entier retient son souffle. À des kilomètres de là, Lou et ses compagnons partent pour trois jours de trekking intense…

La critique :
Froid dans le dos. A peine commencé, impossible de s’arrêter. En complète empathie avec Lou qui raconte cette effroyable aventure, il est clair que les randos dans la montagne enneigée sont définitivement rayées de mon programme !
L’auteure qui depuis son premier roman Des nœuds d’acier (que nous avions critiqué dans le C le Mag 133) nous a habitué à une montée progressive vers l’horreur, en remet une bonne couche dans ce troisième opus. Ça commence tranquille et peu à peu l’étau se resserre jusqu’à l’indicible. Dérangeant et terriblement captivant. On n’est pas prêt d’oublier ces six fourmis blanches…

Par Isa

Livre : Les Italiens

• Les Italiens de Enrico Pandiani (italie)
En quelques secondes et treize impacts, un sniper décime une brigade de flics à part, les «Italiens», dans leurs bureaux du Quai des Orfèvres. Entendue au même moment à la brigade criminelle, Moët Chambérat, jeune artiste peintre troublante et ambiguë pourrait être au cœur du carnage.

La critique :
Coup de foudre ! Un polar original avec des protagonistes hors du commun. Un flic bourru au cœur tendre et une transsexuelle très attachante. Un style naturel et efficace, des dialogues francs du collier et des situations abracadabrantes, un auteur italien amoureux de la France… on en redemande !

Par Isa

Livre : Par-dessus le bord du monde

• Par-dessus le bord du monde de Tim Winton (australie)
Georgie est une femme à la dérive, qui passe ses nuits devant son ordinateur en buvant de la vodka. Un matin, elle aperçoit une ombre sur la plage en contrebas : Luther Fox vient d’entrer dans sa vie. Braconnier des mers, ce musicien a mauvaise réputation. Pourtant, entre ces deux âmes égarées, l’étincelle est immédiate.

La critique :
Très beau roman, très belle histoire. Les personnages se trimbalent tous un lourd passé et leurs rencontres improbables nous passionnent. On est impatient d’en connaître d’avantage sur Géorgie et Lu, ce couple maudit… On visite au passage l’Australie où l’on côtoie les pêcheurs locaux du sud. L’auteur réussi à nous donner envie d’y aller ! Son écriture facile et agréable à lire nous invite à le suivre de près.

Par Isa

Livre : Yeruldelgger

• Yeruldelgger de Ian Manook (FRANCE)
Rude journée pour le commissaire Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen (ça ne s’invente pas). A l’aube, il apprend que trois Chinois ont été découpés au cutter dans une usine près d’Oulan-Bator. Quelques heures plus tard, dans la steppe, il déterre le cadavre d’une fillette aux boucles blondes agrippée à son tricycle rose.

la critique :
Il y a du Craig Johnson chez Ian Manook. Son personnage principal a des airs de Walt Longmire en plus violent. Bien plus violent. Les vastes plaines de Mongolie servent de décors à ce thriller. C’est très dépaysant et ça fait du bien. On apprend les us et coutumes d’un peuple méconnu tout en étant attaché aux personnages principaux. Le commissaire dévasté par la mort de sa plus jeune fille, la fliquette vive et téméraire, la légiste tendre et douée, l’ado  effronté et plein d’humour et enfin la fille aînée du commissaire torturée et malheureuse. Autour d’eux, gravitent les très méchants, les flics corrompus, les extrémistes au QI d’une moule et les salauds faux-culs. On croise aussi des paumés au grand cœur et des mongols perdus dans leurs yourtes qui vivent comme au siècle dernier.
Un joli panel qu’il nous tarde de retrouver dans le prochain tome !

Par Isa

Livre : W3

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Le Sourire des pendus – Le Mal par le mal – Le calice jusqu’à la lie
de Nathalie Hug et Jérôme Camut (FRANCE)

Lara Mendès, une jeune chroniqueuse, est portée disparue alors qu’elle enquêtait sur le marché du sexe et ses déviances. Un avocat et son épouse sont sauvagement assassinés, leurs fillettes enlevées. À Rennes, Sookie Castel, policière hors norme, s’oppose à sa hiérarchie qui souhaiterait classer ces trois décès en suicide. Qui a enlevé Lara ? Où sont passés ces enfants et ces jeunes femmes dont les portraits sont affichés depuis des mois, parfois des années, sur les murs des gares et des commissariats ? Alors que Sookie est mise à pied et internée, partout, le destin d’innocents est broyé sans pitié. Ils auront bientôt une voix : W3.

La critique :
Trois pavés qui se dévorent en un rien de temps. C’est la force de ce duo d’auteurs, ils savent comment vous prendre aux tripes et vous rendre accro ! Pas de fioritures, brut de décoffrage, Camut et Hug vont droit à l’essentiel avec une efficacité redoutable. Ils manient le chaud-froid à la perfection, on passe ainsi du léger-eau-de-rose au drame, à l’horreur en une page. Certes, ce n’est pas de la grande écriture, mais peu importe, comme devant une bonne série policière, on est à 100% avec les personnages et on ne veut plus les quitter. Lara, Valentin, Sookie, Arnault, Egon, Léon, Demian… et tant d’autres qui resteront gravés dans nos mémoires.

Par Isa