Chat sauvage en chute libre

Livre : Chat sauvage en chute libre de Mudrooroo

« […] une assistante sociale m’a demandé un jour si je savais où j’allais. J’ai répondu qu’on m’avait placé un ticket dans la main le jour de ma naissance avec une destination précise, mais que, eh bien, le temps avait passé, l’encre s’était effacée, et aucun contrôleur ne s’était encore présenté pour éclaircir l’affaire »…

Sorti à l’origine en 1965 sous un nom d’emprunt bien blanc à une époque où les aborigènes sont de purs parias sociaux, Chat sauvage en chute libre est non seulement le premier roman de Mudrooroo, un classique de la littérature australienne, mais aussi la description du parcours infernal d’un jeune métis qui met les ennemis blancs et aborigènes d’accord : il doit être mis à l’écart, n’étant clairement ni l’un, ni l’autre. Quand il sort de taule après dix-mois d’incarcération pour cambriolage, « la nuit est encore jeune, si bien que je me dirige vers le milk-bar où la bande avait l’habitude de se réunir », et bien évidemment les catastrophes sont inévitables. Suit en fin de volume un court texte d’une trentaine de pages (Je suis moi. Et personne d’autre !). Mudrooroo a insufflé à son personnage un certain machiavélisme évoquant parfois J’irai cracher sur vos tombes, décrit une fatalité qui suivait aussi les personnages d’Hafed Benotman, et son écriture froide, qui n’empêche pas une sorte de poésie, a quelque chose d’envoûtant. Peu importent ensuite les origines contestées de l’auteur : lire délivre.

Par Guillaume Dumazer