Livres

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Livre : Quand sort la recluse de Fred Vargas

L’affaire d’une femme écrasée par un 4×4 fait revenir – presque – fissa le commissaire Adamsberg de sa retraite islandaise. Mû par une force de déduction peu commune, il trouve le coupable en un tournemain, une histoire de pissenlit en décidera. Mais c’est surtout l’histoire de la recluse, une araignée inhabituellement meurtrière, qui excite sa curiosité. Découverte par Voisenet le féru de zoologie, cet arachnide serait soudainement responsable de trois morts. Étrange pour un animal au nom craintif qui se contente pour la plupart du temps de mordre sans venin, alors que bien plus dangereux ont pu être les blaps d’une institution pour enfants qui semblent aujourd’hui poursuivis par la mort. Dans sa chasse aux insectes malfaisants de la Miséricorde, Adamsberg va une fois de plus menacer l’unité de son équipe, braquant Danglard contre lui, sacré étoc que voilà. Il va aussi sentir remonter à la surface d’anciens fantômes du passé, les recluses ont décidément des ressources insoupçonnées. Mea culpa, cette écriture qui offrit naguère épitaphe à votre non-serviteur ne cesse de l’envoyer en l’air, l’art de la description et l’humour enchevêtrés comme des enluminures autour de récits souvent foldingues offrent ici un opus plus mélancolique et moins marqué par l’érudition because la mise à l’écart d’un des principaux personnages, on est tout de même heureux de prendre des nouvelles des évangélistes, doit-on y voir l’aveu d’un retour prochain au centre du récit ? La suite, vite.

Par Guillaume Dumazer

AAARG ! Mensuel N°8

Bon ben voilà c’est fait, même si on n’est pas à l’abri d’une résurrection un de ces quatre qui nous ferait vachement plaisir, la revue est désormais morte et enterrée, ce petit huitième sera le dernier numéro d’une saga qui a fait vibrer les amateurs de bande dessinée, de littérature et de cinéma. C’est à se demander ce qu’il faudrait proposer au public pour le fidéliser durablement car Aaarg! a sur son jeune parcours multiplié les sommaires affriolants, par exemple celui de ce numéro huit : l’illustre Cromwell (qui revient sur sa carrière lors d’une interview fleuve), Beltran et Berbérian (la solitude du robot), Fabcaro (l’amour, toujours l’amour), Ducoudray, Hennebaut (et ses hilarants cow-boys), B-Gnet (son histoire de la mode militaire à travers les âges est absolument impayable), Cha (qui répond là à un abécédaire), Dav Guedin, Melvin Zed (dont on adore depuis le début sa passionnante histoire des relations entre Hollywood et les forces armées). Si c’est pas la crème de la crème que cette liste de noms (on en oublie un paquet sur la route pour vous éviter une longue énumération), c’est définitivement qu’on n’y comprend plus rien et que l’on devrait disparaître en même temps que la revue. Reste plus, comme un magnifique baroud d’honneur, qu’à faire de ce dernier numéro un carton en librairie, achetez-le, offrez-le à vos potes, et ce sera déjà une micro lueur dans un ciel désespérément gris, « amour et spaghettis » comme dirait l’autre, et prière de ne pas reposer en paix !

Par Guillaume Dumazer

Livre : C’est comme ça

De Jirô Ishikawa

La France invasion 2017  de Jirô Ishikawa (dont la tenue de trois expositions d’une durée d’un mois à La Jetée de Montpellier, à la galerie P38 à Paris et chez Le Dernier cri à Marseille) coïncide, ô joie, avec la sortie de cet album rassemblant plusieurs récits dessinés entre 1997 et 2016 ainsi qu’un entretien très informatif avec un auteur injustement loin d’être prophète en son pays et vivant dans des conditions d’une rare pauvreté « il m’arrive de me dire qu’en trichant un peu avec moi-même, je pourrais entrevoir un futur, dit-il… », le comble pour un artiste que s’arrachent les français non ? A priori guidé par sa seule main puisque Jirô semble créer de manière automatique comme il l’explique en fin de volume, le mangaka s’exprime depuis la fin des années 1980 au moyen d’un dessin soigné et fantasque qui n’hésite pas à pénétrer les contrées sulfureuses et quelque peu punk de l’explicite phallique et pose par ce biais quelques questions existentielles : quel est notre rapport à la différence, à la décadence, à la libido, à la société en général ? Et que feriez-vous si votre appartement devenait tout d’un coup…en papier ? Entre psychédélisme érotisant et poésie destroy, le bouquin de Jirô Ishikawa n’est sûrement pas, à l’instar de son héros Chinkoman, à laisser entre toutes les mains, il est pourtant l’expression d’un courage créatif rare qui mérite le soutien des amateurs d’art atypique et transgressif. Go, go, Jirô !

Par Guillaume Dumazer

Livre : Encyclopédie de l’enfer

De Martin Olson
Sous-titrée « un manuel d’invasion pour démons à propos de la planète Terre et la race humaine qui l’infeste », cette encyclopédie – traduite du démoniaque par Martin Olson, merci à lui – est un exemple hilarant de ce que les anglo-saxons peuvent livrer comme littérature imaginaire avec un ton qui leur est parfaitement unique : la satire féroce est à ce point réussie, par exemple au moyen de superbes illustrations de Tony Millionaire et Mahendra Singh qui pullulent dans ces pages sulfureuses, que l’on se croirait parfois vraiment en présence d’un grimoire maléfique que les complotistes en tout genre prendraient pour authentique tant il est décidément à la mode d’être le plus parfaitement idiot possible. Construit et mis en page comme un véritable dictionnaire à l’ancienne (en particulier grâce à son poilant « manuel de termes terrestres »), ce livre contient aussi les biographies des ineffables hiérarques du domaine du Diable (pour la plupart « commentateurs daemoniaques et membres de la commission pour la rédaction »), des cartes, des diagrammes et autres plans d’invasion sans oublier la préface du seigneur Satan lui-même et des remarques (forcément remarquables) signées par Dieu, pour rester en famille jusqu’au bout. L’invasion est visiblement imminente au vu du climat actuel, munissez-vous donc du seul outil nécessaire à la survie de l’espèce humaine sans vous poser de questions, on ne le répètera pas 666 fois !

Par Guillaume Dumazer

Livre : Americana

De Ray Davies

Pas aussi reconnus que leurs collègues Rolling Stones et Beatles, les Kinks n’en sont pas moins légendaires et on est ravi de voir arriver ce volume écrit par leur leader. Ray Davies, chanteur-compositeur du groupe, a toujours cherché l’Amérique qui l’inspira quand il n’était qu’à ses débuts, ce livre est l’occasion d’évoquer ses relations contrastées avec ce pays rêvé qui se révèle bien souvent éloigné de la réalité. Bien plus qu’une simple autobiographie, Americana est bâti sur une écriture intime, profonde, des réflexions pas mal vues d’un rocker qui a roulé sa bosse sans jamais quitter des yeux l’actualité de son monde, ce qui lui permettra l’écriture de textes fins et souvent d’une lucidité étonnante pour quelqu’un passé à travers autant de frasques dans l’impitoyable monde du rock’n’roll. Rappelons au passage que la première tournée aux États-Unis provoquera leur bannissement pour cinq ans vu qu’ils ne jouent pas le jeu, par nature, du show-business, et les Kinks ont de plus le sens de la fête, c’est le moins que l’on puisse dire ! Ce qui ne les empêchera pas au moment voulu d’exploser et de multiplier les dates dans d’immenses salles. Ce sont ici cinquante années qui sont évoquées dans un carnet de route doublé d’un journal intime et d’un véritable répertoire vu que nombre d’extraits de chansons sont aussi au programme. Mais Americana est surtout très bien écrit, y’a plus qu’à ressortir les disques ! Ray, you really got me !

Par Guillaume Dumazer

Livre : Le diable sur les épaules

De Christian Carayon (France)

Au cours de l’année 1924, un village isolé des montagnes « tarnaises » et menacé d’extinction est le théâtre de plusieurs assassinats atroces. Déjà les langues se délient et certaines superstitions ressortent… Malgré tout, la jeune institutrice Camille refuse de céder à ces croyances d’un autre âge et appelle à la rescousse son ami d’enfance.

J’aime beaucoup ce mélange de genres. L’histoire se situe au début du siècle dernier mais l’écriture reste contemporaine. Du coup, celle-ci est élégante, bien écrite et très « classe »! Véritable suspens à la Agatha Christie, l’auteur nous embarque dans une histoire sombre où les habitants d’un village du Tarn se laissent embarquer par la peur et les histoires de revenants. L’esprit critique est au rendez-vous et l’on se régale de la tournure des événements. Martial et son cercle Cardan va nous manquer !

Par Isa

Livre : La comédie des menteurs

De David Ellis (USA)
Racontée à rebours, depuis sa conclusion énigmatique jusqu’à son brillant commencement, La comédie des menteurs est l’histoire d’une femme, Allison Pagone, qui passe en jugement pour meurtre. Prise entre deux feux, un procureur qui veut l’envoyer dans le couloir de la mort et une agente du FBI qui pense pouvoir l’utiliser contre sa famille pour déjouer un complot terroriste, Allison ne pense qu’à une seule chose : protéger sa fille et son ex-mari, qui semblent pourtant avoir des choses à se reprocher.

Super original ! On commence le livre par la fin et on remonte le temps, peu à peu, de jour en jour jusqu’au dénouement. On lirait le livre normalement, l’histoire serait sympa mais sans plus. Avec cette idée, on est littéralement happé, transporté. N’ayant pas l’habitude d’une telle gymnastique d’esprit, il n’est pas évident de se projeter ! Ce que l’on sait au chapitre un, peut être remis en cause au n°2 et le doute s’installe dans cette chronologie inversée…
L’auteur a été très ingénieux dans son écriture, il fallait révéler ce qui pouvait l’être sans “spoiler” les événements de chapitre en chapitre. Pari réussi.

Par Isa

Livre : Toutes les vagues de l’océan

De vÍctor del Árbol (Espagne)
Gonzalo Gil reçoit un message qui bouleverse son existence : sa sœur, dont il est sans nouvelles depuis de nombreuses années, a mis fin à ses jours dans des circonstances tragiques. Et la police la soupçonne d’avoir auparavant assassiné un mafieux russe pour venger la mort de son jeune fils. Ce qui ne semble alors qu’un sombre règlement de comptes ouvre une voie tortueuse sur les secrets de l’histoire familiale…

Un nouveau del Árbol = une bombe, comme d’habitude. On retrouve les éléments qui font sa force, un va et vient entre passé et présent, une saga familiale avec ses drames, ses violences et ses trahisons. Un passé si lourd que les enfants d’aujourd’hui se trimballent des casseroles en forme de non-dits. Les personnages de l’auteur sont toujours empêtrés dans des histoires d’amour, de vengeance et de haine. Prisonniers de leur histoire, ils avancent tant bien que mal en faisant semblant d’y croire. Tragique, sombre, bouleversant et souvent terriblement injuste. C’est l’histoire d’hommes, « pas des héros, pas des rampants. Juste des hommes et des femmes » qui ont vécu. Le tout servi par une prose remarquable, alternant émotions et descriptions de façons intelligentes et jamais ennuyantes.

Par Isa

Livre : Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

De Céleste NG (USA)

Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore… Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs. Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus. Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac. Accident, meurtre ou suicide ?

Très bon premier roman. L’auteur parvient avec sensibilité à décrire le bouleversement que vit chacun des personnages. L’histoire d’une famille traumatisée par la disparition inexpliquée de Lydia, 16 ans. La famille ne l’accepte pas et cherche un coupable. Seulement, peu à peu elle découvre que le coupable, c’est elle. Les non-dits, les conflits enkystés, les désirs projetés, les étouffements, les carcans éducatifs sous de bonnes intentions… les injustices aussi, les mal aimés, les frustrations refoulées… Véritable remise en question d’une famille qui croyait que tout allait bien dans le meilleur des mondes. Bouleversant.

Par Isa

Livre : La Vie sexuelle des sœurs siamoises

De Irvine Welsh
Lucy est coach sportif et se retrouve une nuit sur le lieu d’une fusillade où elle devient une héroïne en maîtrisant le tireur à coups de lattes, mais aussi l’idole de Lena qui filme toute la scène immédiatement retransmise, vive les États-Unis, sur les chaînes d’ «info» en continu. Bonne pour le business, cette histoire ne manque pas de lui coller les nerfs. Il semble de toute façon que beaucoup de choses l’irritent, en particulier ces gros qui se pressent à ses portes pour bénéficier de ses services pour perdre du poids. Dont bien sûr la fameuse Lena qui finit fatalement par la recontacter. Aïe… Pour quelqu’un qui se considère comme une «guerrière farouche luttant contre l’ignoble épidémie d’obésité qui est en train d’engluer notre pays dans le saindoux», ça doit être compliqué de vivre au sein d’un peuple obsédé par l’histoire realtélévisée de deux sœurs siamoises dont une voudrait aller plus loin avec un garçon pendant que l’autre le refuse. Welsh en profite encore (après son autre roman situé à Miami, Crime) pour égratigner les mœurs d’un pays définitivement à part, par le biais de personnages plus tordus les uns que les autres, l’héroïne en tête, un personnage nerveux auquel on peut faire dire les pires horreurs sans que cela sonne odieux. Le rire est évidemment au rendez-vous une de fois de plus et on imagine ce que tout ça pourrait donner au cinéma avec des acteurs au niveau et une fidélité maximum au matériel d’origine. Miam !
Par Guillaume Dumazer