Livres

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Livre : Le Miel et la boue

De Julie Mellan
Non, parce qu’à un moment il est devenu clair que le fait de s’acheter un livre tient du geste irresponsable tant les budgets culture ont fondu comme neige au soleil au sein des familles aux revenus modestes. Sauf que les activistes n’ont pas quitté la scène, témoin les éditions Lire c’est partir qui vendent leurs livres à prix coûtant (non, on ne déconne pas !). Cette petite histoire sympathique d’un ours préférant ramasser des fleurs plutôt que de se bastonner avec ses congénères et de cette biche qui préfère les batailles de boue au défilé permanent qu’est la vie d’un animal coquet, on l’a payée UN euro à l’école. Tout comme Le Loup et les sept chevreaux des frères Grimm (illustré cette fois par Déborah Mocellin) ou mini-album Le Plus beau trésor du monde de Corinne Binois. Veuillez noter que ces messieurs-dames font aussi dans le roman et le CD audio de contes ! Quand on voit le nombre de gamins sempiternellement condamnés aux cadeaux made in China moches et inutiles le 25 au matin, fendez-vous donc d’un tour sur le site de cet éditeur militant et prolifique. De la maternelle au collège et plus, allez jeter un œil à https://www.lirecestpartir.fr/ et faites donc faire au père “Nouillel” une petite commande au passage, cette association mérite votre soutien!

Par Guillaume Dumazer

Livre : Le Cinéma d’horreur – Les Meilleurs films d’horreur de tous les temps

De Paul Duncan et Jürgen Müller

Non parce qu’à un moment, l’esprit de Noël peut aussi rimer avec monstres géants, cimetières gothiques, châteaux hantés et sorcières démoniaques quoi ! Ce très joli pavé sera en effet le présent idéal pour l’amateur d’art horrifique. On vous avait déjà parlé d’un autre volume (au sujet du demi-dieu Hieronymus Bosch) de cette superbe collection Bibliotheca Universalis de chez Taschen, ces messieurs-dames récidivent avec ce bouquin génial qui après être revenu sur la notion même de l’horreur, de ses racines littéraires au XVIIIe siècle anglais (Le Château d’Otrante est un classique si méconnu !!), va farfouiller dans les archives d’un cinéma né il y a exactement cent-dix ans et narre une histoire bourrée à craquer de photos et d’infos classées par thèmes (en vrac et entre autres les très à la mode morts-vivants, les fantômes et les maisons hantées, les vampires et les loups-garous, les cannibales et les tueurs en série de notre tendre enfance, et on passe et des pires). Le petit format de cet ouvrage costaud vous permettra de l’embarquer partout pour vous repaître d’un univers qui ne cesse de renaître pour la plus grande joie des amateurs de Grand Guignol.
« L’horreur et la fatalité se sont données carrière dans tous les siècles » disait Poe, et ça ne fait que commencer !

Par Guillaume Dumazer

Livre : Ce genre de choses

De Jean Rochefort

« Rien, la vie, pas de caméra ». Ou presque ! Car Ce genre de choses, premier livre dans lequel l’immense Jean Rochefort veut bien se dévoiler, lui donne le loisir de revenir sur une longue carrière d’un acteur méconnu s’amusant à signer « De Funès » en dédicace pour déconner, au compagnon de whisky d’un autre grand disparu, Bruno Cremer, en passant par une hilarante tranche de vie à Cinecittà vue et réinventée de façon très personnelle, un attentat imaginaire chez Monsieur Comédie à Neauphle-le-Château, le transport aérien et la cantine pétaradante avec Belmondo, et Marielle (« Salut Jean-Pierre, le temps est au beau fixe chaussette ? ») qui complète un trio de joyeux lurons aux techniques de séduction très caractéristiques. Rochefort parvient à manier aussi habilement les mots qu’il écrit que ceux qu’on lui donne à réciter / jouer devant la caméra, jonglant constamment avec l’ironie et le flegme, tutoyant souvent l’absurde, pratiquant une autodérision parfois sévère… Et il vous fera forcément marrer – ou pas d’ailleurs, par exemple quand il évoque le « paradis soviétique » ou certains épisodes de la Seconde Guerre mondiale – au fil des pages car on croirait parfois entendre sa légendaire voix à la lecture de certains passages. Tu nous manques déjà Jean.

Par Guillaume Dumazer

BD : Les Zombies

De Philippe Charlier et Richard Guérineau

Dans cette chouette « petite bédéthèque des savoirs », une collection qui a abordé par le passé des sujets aussi divers que l’univers, le rugby, l’histoire de la prostitution ou…le heavy metal, voici venu le tour de nos morts vivants préférés dont le retour sur grand et petit écran, puis partout ensuite, ne laisse pas d’intriguer quand ils étaient jadis cibles de tant d’opprobre. Les modes se suivent et ne se discutent pas, à moins qu’un malentendu majeur ne se soit installé. En effet pour rappel, le zombiE contaminé par une quelconque bactérie / radiation / épidémie et cannibale de surcroît (apparu chez George A. Romero avec le cultissime La Nuit des morts vivants) n’a pas grand-chose à voir avec le zombi (sans E) issu du culte vaudou. Philippe Charlier, anthropologue et médecin légiste, est allé en Haïti et au Bénin, berceaux historiques du vaudou, et nous ramène, transcrite en bande dessinée avec talent par Richard Guérineau (qui avait déjà adapté l’excellent Charly 9 de Jean Teulé en BD !), une étude passionnante et hyper documentée sur cette créature pas si imaginaire que ça qui inspira tant d’œuvres et suscita tant de questions. « Quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur terre ». D’accord, mais ils n’ont pas toujours le choix !

Par Guillaume Dumazer

Mon chat est un hypocrite

De Hélène Lasserre et Gilles Bonotaux

Le titre est éloquent, mais on savait déjà tout ça avant. Ce petit – avant de devenir gros – animal à l’œil inquisiteur a beau tendrement ronronner et se frotter, le plus souvent violemment avec le haut de sa petite tronche, contre des chevilles qui manquent à chaque fois de vaciller et d’envoyer leur possesseur dans le décor, l’affaire est claire : le chat (oui, même toi Abdallah Balthazar Jaminoujajah) est un animal machiavélique, limite malfaisant. Souvent voleur, exigeant, capricieux, psychotique, inquiétant, trouillard, vandale, frimeur, égoïste, opportuniste, jaloux, rustre, hédoniste, ridicule ou rancunier, cette compilation de défauts sur pattes ne laisse pas de fasciner le monde depuis d’innombrables siècles et cette sympathique toute petite bande dessinée en est l’énième preuve. D’ailleurs quand on y pense les chagouins eux-mêmes le savent puisque s’ils se trouvent au centre de la pièce, pour une raison ou pour une autre (dormir ou manger, c’est selon…), ils deviennent immédiatement, comme les bébés, le centre de la conversation. Et en profitent lâchement pour taper l’incruste et / ou un truc à manger. Pour rajouter au masochisme ambiant, il faut bien l’admettre, c’est aussi et peut-être surtout pour ça qu’on ne pourrait envisager une journée sans boule de poils.
Par Guillaume Dumazer

 

Jamais en carafe – Tout savoir sur le vin

De Sandrine Goeyvaerts

« Comme seuls la musique ou les livres peuvent le faire, le vin possède en effet ce pouvoir unique de vous conter des histoires avec une infinie diversité, à la seule condition d’y mettre un peu le nez », dont acte ! Spécialiste – sommelière et caviste – au verbe chantant et sévissant déjà sur le blog La Pinardothèque (voir https://lapinardotheque.wordpress.com/), Sandrine Goeyvaerts livre ici le bouquin idéal pour se la péter à mort en société mais surtout pour apprendre en s’amusant (vraiment, pour une fois !). Car l’auteur se fait un malin plaisir de multiplier les jeux de mots et les traits d’humour tout en démontrant une érudition passionnée sur ce « lubrifiant social » devenu en ce temps obscurantisto-moral cible de nombreux stéréotypes bêtes et méchants. Depuis 7500 ans déjà, le vin fascine avec et sans modération, et mieux qu’une réhabilitation, il méritait que l’on se penche (pas trop, malheureux, de peur de tomber dans une cuve !) avec le plus grand sérieux sur toutes ses mystérieuses facettes. Avec Jamais en carafe vous avez définitivement trouvé l’ouvrage qu’il vous fallait pour comprendre, choisir et servir le vin, il est en plus chouettement mis en page et illustré de manière élégante et drôle par Yann Le Dluz, que demande le peuple (à part un verre) ?! Ah et merci Sandrine pour la recette de l’hypocras que l’on consommera, bien entendu, avec un minimum de modération, sous peine que le pont pète.
Par Guillaume Dumazer

Speedball #10

En bon archiviste du chaos et éternel farfouilleur de l’underground artistique le plus sauvage, on vous a régulièrement parlé ici des revues françaises Aaarg (R. I. P.), Banzaï et Distorsion, voici la quatrième qui complète le carré d’as des publications françaises à tendance non conformiste ! Avec ce numéro consacré au thème des « sales gosses », Speedball fête aussi son anniversaire, déjà dix années de bandes dessinées subversives à couleur punk, ça s’arrose avec un sommaire chargé comportant des œuvres des acharnés Dav Guedin, Jess X (désormais promu rédacteur en chef, quelle inconscience, ça va forcément charcler sec !), Chester, Kyja, Madd, Louna, Tomahawk, Gromain, P. Bunk et Mme Patate, Gomé, Manolo Prolo, Toma Sickart, Lenté Chris, Moshé, Slo (ci-devant grand patron des Productions Sombrebizarre), Mär et Burnamax, que du tout bon ! Alors bien sûr parfois tout ça n’est pas vraiment à mettre entre toutes les mains innocentes, on est pourtant toujours content de pouvoir se fournir la bonne dose de trash, de déjanté et de rock’n’roll dans un monde tellement lisse que l’on pourrait glisser dessus. Les fans de subversion et de séismes en images devraient vraiment se pencher sur le cas Speedball, un comics mad(e) in chez-nous qui démonte sévère !
Plus d’informations sur le splendide http://www.speedball-mag.fr/

Par Guillaume Dumazer

Reconnaître le fascisme

De Umberto Eco

Conçu comme « une contribution au débat civil » à une époque où les populismes de tous bords sont devenus la coqueluche des médias toujours avides de possibilités de vendre du papier, « Reconnaître le fascisme » a été écrit par un homme qui, une fois n’est pas coutume, a vraiment vécu le temps décrit par beaucoup d’imbéciles nés bien plus tard, et a vu s’allumer en direct l’étincelle qui va mettre le monde à feu et à sang pendant la Seconde Guerre mondiale. Basé sur un discours prononcé par l’auteur (malheureusement décédé l’année passée) en 1995 pour le cinquantième anniversaire de la libération de l’Europe, ce petit bouquin dresse, tout en livrant maints souvenirs contemporains de son auteur, une liste des archétypes de ce que Umberto Eco qualifie de « Ur-fascisme » ou de « fascisme éternel ». A nous, à vous, ensuite, de mettre le doigt sur « une série d’habitudes culturelles, une nébuleuse d’instincts obscurs et de pulsions insondables » (traditionalisme, anti-modernisme / irrationalisme, culte de l’action, peur de la différence, obsession du complot, élitisme, culte de l’héroïsme et de la mort, machisme, populisme entre autres…) et de réagir ensuite, ou pas, chacun voit midi à sa porte, en conséquence. Prêts à faire votre propre liste ?

Par Guillaume Dumazer

BD : Steak it easy de Fabcaro

Ben voilà, crac, c’est l’été, on va tenter de vous traîner à la plage honnie ou au bord d’une piscine où s’ébrouent déjà de bruyants enfants, vous n’avez pas forcément envie de tailler la bavette avec le pote Jean-Louis et l’avez déjà stratégiquement envoyé préparer la grillade ou l’apéro, il faut tout de même paraître occupé sans être trop facilement repérable, quoi de mieux qu’un bon livre accompagnant le camouflant chapeau de paille ? Le problème avec celui-ci, qui regroupe les trois hilarants albums autobiographiques de Fabcaro (Le Steak haché de Damoclès, Droit dans le mûr et Like a steak machine), c’est que vous ne passerez pas du tout inaperçu. Car qui ne s’esclaffera pas à grand bruit devant les innombrables gags que quasiment chaque lecteur, à un moment ou à un autre, aura eu l’impression d’avoir déjà vécus ? Les grosses hontes de l’enfance et de l’adolescence, les énormes quiproquos, les tragiques erreurs de vocabulaire, les tentatives désespérées, tout revient en mémoire d’un bloc même si le fou rire est à trouver à chaque coin de page d’un bouquin dont on a de plus soigné la forme, ce petit volume cartonné est carrément sexy et ne dépareillera pas dans les étagères de maniaque d’un bibliophile patenté qui dirait à tout bout de champ mépriser l’art « mineur » de la bande dessinée. Un cadeau incontournable qui devrait se vendre par palettes si le public, enfin, se décide une fois pour toutes à avoir bon goût. Rigolade assurée !!

Par Guillaume Dumazer

Livre : L’Extase totale, le IIIe Reich, les Allemands et la drogue de Norman Ohler

« Pas de pureté aryenne ici, mais une Allemagne chimique – voire toxique » où, pour rappel, depuis 1805 on expérimente et commercialise l’opium, la cocaïne, l’héroïne, et notez bien que les dealers-leaders de l’époque sont toujours les mêmes de nos jours !! Après le premier conflit mondial, comment fuir la vérité de la défaite de 1918 sans paradis artificiels, comment oublier cette sensation de trahison brandie en étendard par les revanchards ? La morphinomanie culmine, la décadence règne. Est-ce pour cela que l’élite nationale-socialiste, alors en pleine ascension, se montrera exemplaire ? Bien sûr que non, on a même envie d’ajouter : bien au contraire ! La pervitine, « un national-socialisme en gélules », atteint une telle popularité qu’elle finit par apparaître dans les confiseries ! Alors que les nazis font d’un côté la chasse aux toxicomanes, allant parfois jusqu’à l’euthanasie pure et simple, le malin Theodor Morell devient presque par hasard le médecin personnel d’Hitler, bientôt indispensable puisque c’est plusieurs dizaines de « médicaments » que le Führer se voit prescrire, jusqu’à en faire un sacré junkie. Cette passionnante étude, étayée par d’innombrables témoignages et sources documentaires, ne remet bien sûr pas en question l’essentiel des recherches postérieures mais éclaire d’un jour nouveau certains concepts d’invincibilité / incorruptibilité chers à nos fiers guerriers à chemises brunes ou noires. Autant dire un bouquin salutaire.

Par Guillaume Dumazer