Livres

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Mimosa

de Catmalou et Edith

Mimosa n’est autre que la propre fille de Catmalou et celle-ci a recueilli à chaud les réflexions de la petite fille à une époque où la philosophie se pratique au jour le jour, où chaque chose mérite un commentaire forcément édifiant. C’est sous forme de strips que l’enfant livre ses réflexions hilarantes sur la vie en général. Si peut-être un jour, elle deviendra l’incroyable Hulk (peut-être grâce au petit déjeuner au cidre ?), elle apprend au détour d’une phrase que Coco Chanel l’a carrément plagiée, que la « langue de fesse » n’est pas vraiment facile à apprendre pour un adulte, que les cadeaux d’anniversaire sont là pour compenser l’année de moins à vivre… On note au passage une collection de chapeaux plus hallucinants les uns que les autres ; le lecteur comprendra également que Mimosa est aussi dotée d’une sacrée répartie et d’une culture pour le moins foisonnante pour une enfant de son âge, les parents se remémoreront forcément des scènes de leur propre vie, les enfants prendront peut-être des notes, les lecteurs dans leur ensemble adoreront cette bande dessinée craquante, livrée dans un fourreau cartonné.

Par GUILLAUME DUMAZER

Guerre froide

de Norman Friedman

Cette longue guerre qui porte bizarrement bien son nom a fait ce que nous sommes aujourd’hui, a fait comme tout mal un certain nombre de biens mais aussi évidemment le malheur de nombre de peuples européens, ou plus lointains, même si l’affrontement part de notre continent en opposant les soviétiques du Pacte de Varsovie (qui n’avaient finalement pas renoncé à la domination mondiale par le communisme) et les occidentaux bientôt regroupés sous l’égide de la CEE et de l’OTAN en particulier. En 1946, Staline réaffirme l’incompatibilité du communisme et du capitalisme, les coups d’État soviétiques se multiplient à l’Est au point qu’un véritable bloc va pouvoir se monter face aux européens de l’Ouest « soutenus » par le plan Marshall. De la crise du pont aérien de Berlin (et ses fameux doryphores !) à la chute du mur en passant par l’essor de Mao en Chine et la décolonisation un peu partout sur la planète, les guerres de Corée et du Vietnam, l’auteur revient sur les principaux évènements de cette période fascinante qui semble parfois ressusciter de nos jours. Dommage que ce chouette ouvrage, très richement illustré, ait été imprimé aux Émirats Arabes Unis au lieu de chez nous mais le débat est interminable, passons donc…

Par GUILLAUME DUMAZER

LE LIEU DU CRIME

de Elizabeth George (USA)

Un manoir perdu sur la lande écossaise. C’est là que les membres d’une troupe de théâtre londonienne ont choisi de répéter une nouvelle pièce. Mais, dès la première nuit, l’auteure, Joy Sinclair, est sauvagement assassinée dans son lit.

Un huit clos comme on les aime version Agatha Christie de notre époque. Le style est efficace et prenant. On ne s’ennuie jamais et on se délecte de tous les détails (pour une fois). Certains dialogues sont jubilants, on a même envie de les relire ! Finalement, peu nous importe le coupable, on est bien avec nos détectives qui font leur possible pour dénouer le sac de nœuds. Lynley qui se laisse déborder et aveugler par sa jalousie (Helen fait partie des suspects et couche avec un autre). Barbara, la tête froide qui a tout pigé, enquête de son côté et prend des risques tout en protégeant Lynley… ça part dans tous les sens, tout est plausible et on se laisse embarquer de découverte en découverte, d’un coupable à un autre jusqu’au dénouement final à la hauteur. Un vrai plaisir.

Par Isa

LA VRAIE VIE

de Adeline Dieudonné (BELGIQUE)

C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent.

Coup de cœur ! Il y avait bien longtemps que je n’avais pas lu un livre d’une traite sans en perdre une miette. L’auteure réussit le tour de force de nous happer dans son histoire triste, dure et tendre à la fois. L’amour inconditionnel d’une sœur pour son petit frère qui part à la dérive à la suite d’un drame. Coûte que coûte jusqu’à l’impossible, elle veut le sauver d’un désastre annoncé. Elle va tout donner, son énergie, son génie, son âme et son cœur au service de celui qui la maintient en vie et lui évite de sombrer dans la folie. Un petit bijou de lecture.

Par Isa

PETITS MEURTRES AU CAIRE

de Olivier Barde-Cabuçon (FRANCE) 

Coursés par un navire barbaresque alors qu’ils quittent Venise, le commissaire aux morts étranges et son père, le moine hérétique, font naufrage et sont séparés. Le moine se retrouve prisonnier de l’île de la mystérieuse Calypso, et le chevalier de Volnay est emmené comme esclave au Caire ! 

Si vous aimez les contes des Mille et une nuits, les histoires à tiroirs et les parfums de l’Orient, ce livre est pour vous ! Un meurtre rocambolesque au 18e siècle au Caire dans la demeure d’une princesse retirée du monde, un père et son fils qui enquêtent malgré eux, des rencontres décapantes (choc des cultures orient/occident oblige), des descriptions savoureuses et drôles, des personnages attachants, des histoires d’amour, de trahison… Bref, tous les ingrédients d’un excellent 

Par Isa

VNR

de Laurent chalumeau (FRANCE)

Petit blanc mâle quinqua sans emploi, rejeté par ses enfants et quitté par sa femme, a décidé de se venger des trois personnes auxquelles il estime devoir sa chute. 

L’histoire d’un homme désespéré au moyen désespéré qui monologue face à trois victimes. Il raconte comment il a peu à peu dégoupillé et perdu le contrôle de sa vie, une narration exaltée, sans chichi et plutôt crue même. On ne peut s’empêcher de bien se marrer alors qu’il a basculé du côté de la force obscure. Un petit régal de cynisme.

Par Isa

J’ai vu une fleur sauvage

de Hubert Reeves

Injustement piétinées plus souvent qu’à leur tour, les petites fleurs sauvages de nos campagnes méritent pourtant un peu plus que le mépris même inconscient de ces grands êtres que nous sommes, bien trop occupés parfois à regarder le ciel plutôt qu’à s’occuper du sol dont les habitants innombrables nécessiteraient plusieurs vies pour que nous les connussions tous sur le bout des doigts. Hubert Reeves, autour de sa féérique – mais bien réelle – communauté de Malicorne au Nord de la Bourgogne, s’est attaché à nous offrir un bel éventail de toutes ces petites fleurs croisées sur son chemin, accompagné d’anecdotes et juste ce qu’il faut de description pour compléter les nombreuses illustrations de l’ouvrage. Au tour maintenant des curieux – intéressez donc vos enfants à la Nature ! – d’aller cueillir avec les yeux les héroïnes de tous les chapitres de cet Herbier de Malicorne : des dizaines de petits spécimens tous plus mignons les uns que les autres avec chacun sa couleur, son parfum et ses caractéristiques que l’auteur égrène comme autant de contes de la vie sauvage. En ces temps de soudaine préoccupation pour la biodiversité, il serait bon de ne pas perdre les pétales. 

Par Guillaume Dumazer

Nietzsche au Paraguay

de Christophe et Nathalie Prince 

A la fin du XIXe siècle au fin fond du Paraguay, l’explorateur (et ex-mercenaire dans la cruelle guerre qui a ensanglanté le pays quelques années auparavant) Virginio Miramontes s’apprêtait bien à tomber en pleine jungle sur une autre des tribus dangereuses dont il est d’abord victime lors d’un sanglant voyage précédent en bateau. Mais celle qui le recueille ensuite n’a rien à voir avec ceux que l’on appelle encore des “sauvages”… Ici vit en effet une colonie formée autour de familles allemandes ayant pour chefs le docteur Förster et sa femme Elisabeth qui se trouve être la sœur du philosophe Friedrich Nietzsche. Förster clame : « Nous constituons […] une société unique en son genre, capitaine, à la fois ambitieuse et enthousiaste, fondée sur la fraternité et […] un principe d’élévation » mais surtout par la paranoïa, le racisme et l’antisémitisme total. Le barbelé apparaît dans une jungle désormais colonisée par des dingues imbus d’eux-mêmes, en particulier leur chef : « Maintenant, […] ils sont tous citoyens de Försterland. Et pas autre chose. Ils ont perdu leurs qualités, leur individualité, […] mais ont gagné la grâce. » Soit, mais Nueva Germania rime plus avec Bérézina qu’avec Gloria et se tirer de là devient le but ultime de Virginio ! 

Par Guillaume Dumazer

Triste réalité

De Robière

Certes, « ce récit n’est pas pour âmes sensibles », il raconte avec un rude vocabulaire la rue, l’enfance turbulente face aux amours absentes, maman, papa chacun dans son monde, laissant si seules les têtes “blondes” dans cette Normandie où pauvreté et solitude affectent d’emblée Robert / Robière… Quand la famille se délite finalement pour de bon, Robière en trouve une nouvelle : les punks, avec qui la vie bohème du routard, ponctuée de rencontres et de larcins parfois pas menus, peuvent faire passer par la case prison. « La seule chose qui est sûre c’est que t’as qu’une vie et qu’il faut la croquer à pleines dents, en faisant attention de ne pas te les casser ». Et Robière est armé d’une ténacité qui force le respect malgré les casseroles qui le poursuivent / qu’il provoque (ou provoke, les q deviennent ici des k, iconoclasme revendiqué). Provoquer, c’est le mot, faire réagir, appeler dehors d’après le latin : défier de la rue une société qui à l’époque du récit (pile à la charnière entre les années héroïques du punk français et le passage à l’euro) aussi bien qu’aujourd’hui rétrécit toujours plus nombre de libertés quotidiennes sous les hypocrites mais toujours pratiques paravents de la santé ou du bien public. Un bouquin à ranger avec les récents souvenirs de Crok Brandalac et de Gilles Bertin. 

Par Guillaume Dumazer

Superstitions en Transylvanie

De Emily Gerard

Encore une réédition en rapport avec le vampirisme chez Le Castor Astral, cette fois ce sont les extraits les plus intéressants de l’enquête passionnée d’une femme dont le mari était cantonné dans la région du sinistre comte Dracula. Dracula dont l’auteur Bram Stoker (qui, rappelons-le, n’a jamais mis les arpions en Transylvanie…) s’inspirera de ce texte publié sous forme d’article en 1885 (puis de ce livre, The Land beyond the forest, en 1888) pour nourrir son œuvre magistrale de 1897. Ces fameuses superstitions évoquées rassemblent les entités démoniaques, du moins paranormales, qui peuplent le folklore local, qu’il soit d’origine roumaine, saxonne ou encore tzigane. En effet d’après l’auteur, «…il est probable que nulle part en dehors du pays par-delà la forêt cette plante singulière, trompeuse et capricieuse ne s’épanouit avec autant d’obstination et d’étonnante diversité ». Diables et démons, sorcières et gobelins, esprits errants, vampires et loups garous naturellement mais aussi heures ou jours de mauvaise augure, talismans, procédés de divination (très souvent d’une complexité invraisemblable, on a choisi pour nous le triple saut périlleux au premier coup de tonnerre pour soigner le dos), le répertoire est assez impressionnant et éclaire d’un jour nouveau un monument de la littérature. 

Par Guillaume Dumazer