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De l’Hérault aux Grandes Ecoles

Ancienne élève du lycée Jean Moulin de Pézenas, j’ai pu constater du peu d’informations transmises concernant notre orientation par nos lycées héraultais. Aujourd’hui en licence science politique à Rennes, j’ai décidé de participer à ce combat contre le manque de communication entre les filières sélectives et les lycées de provinces. Pour cela, je me suis impliquée dans De l’Hérault aux Grandes Ecoles, association luttant contre ces inégalités.

Samedi 7 décembre 2019, l’association De l’Hérault aux Grandes Ecoles a organisé pour la première fois une “Journée Culturelle”. Cet évènement s’est déroulé dans le cadre d’ateliers gratuits accompagnant les lycéens dans leur préparation aux concours des IEP et de Sciences Po Paris. Le programme de cette première édition était axé autour des thèmes présentés au concours commun des IEP : le secret et la révolution.

Durant cette journée, ils ont d’abord pu bénéficier d’une visite guidée du musée Fabre de Montpellier sur le thème de la révolution. Cette visite a été, à mon sens, l’occasion pour les lycéens de poser un regard neuf sur les collections du musée Fabre et peut leur donner envie de plus fréquenter les musées. Cela a été suivi d’un déjeuner organisé dans “La Brasserie du Dôme”, qui a permis un rapprochement entre les membres de la prépa permettant ainsi de plus les inciter à travailler ensemble. Pour terminer cette journée, une table ronde a été organisée sur le thème du secret avec des intervenants tenus par le secret professionnel.

En tout, elle a regroupé 32 participants, et leur a permis d’approcher les thèmes imposés par les concours de façon plus concrète et ainsi leur donner une chance de se différencier des autres concurrents. Cette première édition a donc été un succès et d’autres événements de ce type seront organisés dans les prochains mois à destination, cette fois, de tous les lycéens héraultais. 

Créée en 2018 par Clémence Quinonero, De l’Hérault aux Grandes Écoles est une association locale. Constatant le cruel manque d’information sur l’orientation dans les lycées ruraux, cette dernière a pour principal objectif de favoriser l’égalité des chances en comblant ces lacunes. Ainsi, la présidente a fait de l’association un véritable instrument de lutte contre les inégalités subsistant dans les milieux ruraux tout en permettant aux lycéens de bénéficier d’aides à l’accès aux informations et à la culture.

Par exemple, l’association a mis en place un système de parrainage regroupant 31 anciens lycéens héraultais ayant intégré des filières sélectives qui, sur la base du volontariat, conseillent et aident des lycéens à préparer leur orientation. Les plus actifs ne se contentent pas du parrainage et font vivre De l’Hérault aux Grandes Écoles de différentes manières. Clément Cherici par exemple, est en master à Sciences Po Paris et fait régulièrement des allers-retours pour intervenir dans les lycées ou veiller à ce que les projets se mettent bien en place. Ces interventions dans les lycées sont une partie importante du travail de sensibilisation. Elles consistent à aller dans les lycées partenaires pour parler directement aux élèves de l’association et de ce chemin sinueux qu’est l’orientation. Généralement organisée par deux étudiants aux profils différents, l’intervention débute par une présentation de l’association et de ses projets et termine par une foire aux questions pour laisser les élèves s’exprimer sur le sujet. L’élément clef de ces dernières est : la proximité. C’est ce qui fait la particularité de l’association. C’est ce qui permet d’instaurer une certaine confiance entre lycéen et étudiant car sans cela l’association perd tout son sens. C’est avec cet objectif en tête qu’elle met en place tous ces projets proposés aux élèves. En un peu plus d’un an, l’association a donc aidé une cinquantaine de lycéens, et a permis à certains d’intégrer de grandes écoles telle que l’École Spéciale des Arts Appliqués de Paris.

Pour continuer dans cette lignée, une prépa gratuite a été mise en place en septembre 2019 à Clermont l’Hérault et Castelnau-le-Lez pour aider les étudiants dans leur préparation aux concours des IEP et de Sciences Po Paris. Pour Nicolas Lassus, un élève en première du lycée Joseph Vallot de Lodève, cette prépa est “une chance d’accéder à l’univers des grandes écoles malgré les difficultés”, ce dernier nous témoigne également de l’intérêt porté par les professeurs intervenants sur la préparation des concours et la motivation des élèves. Ayant lieu tous les samedis, la prépa fait intervenir trois professeurs de lycée de façon bénévole pour préparer les sujets exigés au concours. Du côté des élèves cela demande une importante rigueur surtout pour ceux ayant pour ambition de passer le concours de Sciences Po Paris. Cette prépa permet donc aux élèves les plus motivés de combattre ce plafond de verre instauré par la ruralité. De plus, parallèlement à ces ateliers, un suivi poussé est organisé par l’association avec des anciens lycéens de la région qui ont connu l’expérience des IEP ou Sciences Po Paris. Selon Maguelone Pénalver, élève du lycée Saint Guilhem, l’aide de son parrain lui a été précieuse et est, pour elle, un exemple de réussite. Les parrains/marraines doivent instaurer un suivi régulier avec leur filleul en les appelant régulièrement et les encourageant dans leurs démarches. C’est donc dans ce cadre-là que s’est mise en place la journée culturelle du 7 décembre. L’investissement des parrains/marraines est donc crucial, ainsi que celui des intervenants. Mais avant tout, ce sont les lycéens qui sont les acteurs de leur orientation.

L’association a donc un bel avenir qui s’offre à elle ; pour l’instant cantonnée à la vallée de l’Hérault, elle commence à se développer et à toucher de plus en plus d’établissements. En à peine un an, elle a réussi à construire un réseau de partenaires et à monter une série de projets marquants et importants. Cependant, aujourd’hui l’association touche essentiellement de bons élèves déjà motivés et informés sur leur avenir, et n’arrive pas encore à toucher les lycéens moyens “oubliés” du système. D’une manière plus générale cela n’est que le reflet des lacunes du système éducatif français ne mettant en valeur que les filières sélectives élitistes. La revalorisation de filières reléguées au second plan tels que les BTS ou les DUT, pourrait permettre une représentation plus complète des parcours d’orientation. Et, à mon sens, cette revalorisation pourrait passer par des associations comme De l’Hérault aux Grandes Ecoles de par la diversité de leurs membres et de leur volonté de casser les codes de l’éducation française.

Ainsi, l’objectif de cette association est réellement prometteur et nous donne de l’espoir quant à l’égalité des chances. Elle est la preuve vivante que, aujourd’hui, les Grandes Ecoles ne sont plus réservées à l’élite parisienne. Et pour reprendre les mots de Maguelone Pénalver “il est important que les jeunes issus de tous les territoires, ruraux notamment, soient représentés dans les grandes écoles […] c’est une question d’équité et d’équilibre du territoire”.

Par Margaux

Le sarcophage de Joncels

Passant, si un jour tes pas te guident jusqu’au beau village de Joncels, n’oublie pas de te recueillir quelques instants sur le sarcophage enserré dans un pilier des anciens remparts qui ceinturent l’église.

Il y a très longtemps, quand les rois wisigoths régnaient sur cette terre qui s’appelait encore la Septimanie, les bois de l’Escandorgue s’étalaient sur une très vaste étendue. Royaume des grands animaux, ces forêts pouvaient se montrer meurtrières pour les chasseurs les plus aguerris.

Un jour de ces temps anciens, alors que l’aube pointe, un impitoyable chasseur à la barbe hirsute, lance à la main, pourchasse sans répit un sanglier aux défenses aiguisées. En milieu de matinée, sur son cheval blanc d’écume, il débouche sur le plateau de Capimont. Egaré et rageur d’avoir perdu sa proie, il hèle d’une voix tonitruante une belle jeune bergère.

– Par saint Cocufat ! Dis-moi, la donzelle, qui es-tu et que fais-tu là avec tes moutons ? Ne sais-tu pas que ces terres sont miennes ? 

A ce moment, l’agréable bergère se retourne et tout apeurée, lâche sa quenouille dont le fil se dénoue.

– Je m’appelle Anne, messire, dit-elle d’une voix fluette, et je garde les moutons de mon maître le seigneur de Poujol.

Etonné par une telle beauté, le chasseur prend un peu de temps pour la dévorer du regard et tout en s’approchant, il lisse sa barbe noire comme la nuit.

– Tu me parais bien jeune et jolie pour une telle besogne. Suis-moi en mon castel, qui se trouve au-dessus des nuages, et je te promets que tu n’auras plus jamais de corne aux mains ! dit-il d’une voix suave et un sourire en coin.

La jeune femme éclate alors de rire et répond d’un ton malicieux : – Messire ! Que de bonnes et belles paroles ! Votre voix mielleuse et vos promesses de volupté éternelle pourraient tenter une jeune âme en peine autre que la mienne. Mais, nous connaissons tous les deux votre nature profonde ; vous êtes un chasseur et seule la traque vous allèche. Et puis, vous savez messire, il me semble qu’ici-bas ou là-haut dans les nuages, une pastourelle reste pastourelle… Puis d’une voix sèche, elle lance au visage renfrogné du séducteur – Vous êtes, tel Simon le Magicien, tentateur et corrupteur.

Le chasseur, vexé d’avoir été démasqué par une simple bergère, s’avance d’un pas ferme et agrippe son poignet violemment.

– A partir de cet instant, je te prends à mon service et dès demain tu te présenteras en mon château que tu vois là-bas, au sommet de la montagne. Si tu n’y viens pas, je te retrouverai et te ferai subir mille morts ! menace-t-il d’un ton caverneux.

– Mais c’est la demeure du cruel châtelain de Mourcairol ! Il paraît qu’il n’hésite pas à éventrer et à empaler ses serfs s’ils ne s’agenouillent pas sur son passage ! réplique Anne tremblante.

– Tu dis bien, je suis Isiates de Mourcairol, seigneur de cette contrée. Du plus profond de ma mémoire, mon lignage a toujours détenu ces terres. Le premier de ma race se dénommait Isios et accompagna César dans sa lutte contre les hommes de la Gaule chevelue. En remerciement, il reçut toutes les terres qui nous entourent. Tu comprends maintenant que ton destin est scellé et que toute résistance est vaine, s’exclame Isiates d’une voix satisfaite. Allez, cela suffit ! Viens avec moi et laisse tes moutons dans ces pâtures. 

Et d’un coup sec, il tire Anne vers lui. Tout en résistant à sa traction, la jeune bergère de Capimont parvient à tourner son poignet et à échapper à l’emprise d’Isiates.

– Non, mauvais baron, je ne vous suivrai pas dans votre repaire de brigands ! Laissez-moi ! Plutôt mourir que de vous accompagner ! Si vous faites un pas de plus, je me jette au bas de cette falaise, lance-t-elle au visage du pervers maître de Mourcairol.

A ce moment, le baron de Mourcairol tente désespérément de se ressaisir de la jeune fille. Apeurée par le regard satanique du baron, elle se débat et arrive à s’en écarter. Malheureusement, dans ses efforts, le sol de la falaise se dérobe et, perdant pied, Anne, dans un cri d’effroi, plonge dans le vide. Tout aussi malchanceux, l’odieux Isiates de Mourcairol suit la bergère dans sa chute et à peine arrivé au sol, est comme aspiré dans les entrailles de la terre. Quant à Anne, comme par miracle, soutenue par une main invisible, elle vole, tel un goéland. Durant un instant, elle s’amuse avec les nuages, tourne autour, les traverse ou encore fait la course avec eux. Puis, pour reprendre son souffle, elle plane tout en admirant les petites maisons qui défilent sous elle. Reposée, elle virevolte à toute allure entre les collines verdoyantes et les montagnes couvertes de forêts. Elle rejoint un couple d’hirondelles et fait mille pirouettes avec elles. Au bout d’un très long moment, épuisée, elle s’assoupit et allongée dans la paume de la main invisible, elle redescend telle une feuille morte vers sa maison où la main la dépose.

A ce moment, des hommes de Poujol en armes arrivent au pied de la falaise de Capimont et entendent des gémissements. – Arrrr ! A l’aide… au secours… je meurs. Cherchant, fouillant et scrutant le moindre genêt, ils découvrent le corps ensanglanté du baron de Mourcairol dans le creux d’un rocher. Gisant à moitié mort, les bras brisés, les jambes désarticulées, son visage est recouvert du sang qui jaillit de son crâne, de sa bouche et de ses oreilles. Dans l’instant, il est porté jusqu’au porche de l’église de Saint-Pierre-de-Rhèdes où le prieur voyant cette loque vivante se saisit de son crucifix et lui administre sans tarder l’extrême-onction.

Pendant ce temps, Anne, allongée sur sa paillasse, se réveille le visage inondé de larmes. Alertée par ses pleurs, sa mère pousse la porte de la chambre et s’arrête sur le palier, interloquée de la découvrir ainsi alitée.

– Mère, mère ! Quel horrible cauchemar je viens de faire ! s’écrie la jeune fille les yeux mi-clos. 

La voix pleine de sanglots, Anne narre, par le menu détail, à sa mère attendrie, sa rencontre avec le méchant baron de Mourcairol. – Mère ! dites-moi que ce méchant rêve va s’estomper avec l’arrivée du soleil à son zénith ? Mais au fur et à mesure du récit, l’esprit de la pastourelle saisit la portée miraculeuse de cet événement. Sentant au fond de son cœur que son secret doit être préservé, elle mime la lassitude. – Mère, je suis fatiguée, pourrais-je me reposer encore quelques instants ? 

Alors, sa mère chagrinée abandonne à contrecœur la main de sa fille et quitte la sombre et minuscule chambre.

A quelques lieues de là, le prieur de Saint-Pierre finit de donner l’absolution à Isiates de Mourcairol pour tous ses péchés et Dieu sait qu’il en avait commis un grand nombre. A bout de souffle, le baron à moitié vivant balbutie dans un dernier effort quelques paroles de désespoir à l’oreille du bon prêtre.

– Prieur, soyez témoin de mon ultime supplique… Seigneur Dieu, par pitié, donnez-moi la force de me relever et aidez-moi à guérir… Je vous promets qu’après ma guérison… je me comporterai comme un bon chrétien et j’élèverai avec mes larmes et ma sueur… mes mains et mes pieds, mon cœur et toute mon âme… un sanctuaire digne de vos bienfaits.

Soudain, un rayon de lumière perce les nuages et fait apparaître dans tous ses éclats un magnifique et odorant rosier. A peine est-il apparu que le baron sent le sang couler à nouveau dans ses veines meurtries, ses membres brisés se reconsolider, sa tête ouverte se refermer et tout son être se remettre à vivre.

Trop heureux de ce miracle, Isiates de Mourcairol s’extrait de la couche où il se trouve et prend d’un pas franc le chemin de la Vieilles-Toulouse. Les très rares hommes qui le croisent et les nombreux animaux qui l’observent peuvent entendre une mélodieuse litanie de prières sur son passage. Etonné, le bon curé de Saint-Pierre-de-Rhèdes contemple sans mot dire le seigneur, qui tel Lazare ressuscité, s’éloigne sur ses deux jambes.

Abordant la vallée du Gravezon dont ses ancêtres ont de tous temps possédé les terres, Mourcairol s’y engage d’un pas assuré. Arrivé dans une clairière lumineuse où divaguent des paons entre des ruines majestueuses, il trébuche sur une antique stèle et évite la chute grâce à son bâton, qu’il plante en terre. 

– Seigneur Christ, pardonnez-moi ! Mes jambes ne me supportent plus et mes muscles me tirent atrocement, articule Isiates d’une voix lasse. Epuisé, il s’écroule et s’endort. Le lendemain, le bruit de la rivière et le chant des oiseaux accompagnent son réveil. Revigoré, il se lève et retire son bâton de pèlerin de la terre. A ce moment-là, une eau claire, fraîche et cristalline jaillit du sol.

– Oh mon Dieu ! Merci pour ce signe ! Mille mercis d’avoir daigné me montrer la voie et le chemin de mon repentir. C’est donc ici que j’élèverai un sanctuaire à votre gloire. Je m’y retirerai et vous offrirai le restant de mes jours, s’exclame d’un ton éclatant le futur frère.

Quelque temps après, il paraît qu’Anne, la petite bergère, reconnaissante, s’est retirée au couvent des Jacquettes de Béziers. Et, certaines sœurs racontent que jamais le visage de sœur Anne ne s’est démis de son sourire resplendissant. Longtemps après sa mort, le vicomte de Poujol, Thomas de Thézan, entreprit d’élever une chapelle commémorative et depuis un sanctuaire en l’honneur de sainte Anne la Marieuse se dresse au sommet de la montagne. L’abbé de Joncels, Gabriel de Thézan, en souvenir des premiers temps de son monastère, s’engagea à verser une rente au prêtre chargé de desservir cette chapelle.

Très longtemps après la construction du monastère de Joncels, son fondateur, frère Isiates, mourut et tandis que ses frères préparaient son corps, ils furent témoins de la réapparition sur ses membres de toutes les cassures occasionnées par sa chute de la montagne.

Et c’est ainsi que l’abbaye de Joncels prit naissance dans cette vallée, au bord du Gravezon où fleurissaient les joncs. De son ancienne splendeur, il subsiste la place du village, ancien cloître des moines, et l’élégante église, lieu sacré depuis des millénaires. De son histoire, il reste cette légende magique du frère Isiates, ancien despote de la contrée, devenu le bienheureux fondateur de ce lieu.

Par Philippe Huppé

SALADE DE FRUITS AU SIROP AUX EPICES DOUCES

  • Temps de préparation :  20/30 min
  • Temps de cuisson : 30/45 min

Ingrédients pour 6 personnes :

Pour le sirop

  • Eau (pour 2 l)
  • Sucre en poudre (500g)
  • 2 c à soupe graines de cardamome
  • 2 Cannelle bâtonnets
  • 5 Anis étoilés
  • 2 c à soupe de poivre en grains
  • 2 c à soupe clous de girofle

Fruits suggérés

  • 1 Pomme
  • 1 Poire
  • ½ Ananas
  • 4 Kiwis
  • 4 Prunes
  • Et plus

Tout mettre dans l’eau à ébullition, rectifier la teneur en sucre ; baisser le feu et laisser réduire de moitié (environ 45 min) à feu extrêmement doux. Laisser complètement refroidir, passer au chinois et introduire vos fruits coupés en dés. Conserver au frais. Le sirop seul se garde plusieurs jours à l’extérieur ou au frigo.

L’art de nous enfumer

La mort de Jacques Chirac nous a touchés car cela nous a permis de revoir des images qui nous ont accompagnées pendant 40 ans, notamment celles de ses plus célèbres discours. Mais immédiatement après une question a taraudé mon esprit : est-ce que l’art politique se réduit à celui de faire de beaux discours ?

La journée du jeudi 26 septembre 2019 fut surréaliste à plus d’un titre ! Dans l’ordre : 7 h 30, ma sœur qui habite sur les hauteurs de Rouen m’envoie un message affolé : elle a été réveillée à 3 h du matin par une explosion chimique à 5 km de chez elle et un nuage noir envahit le ciel matinal. Elle tousse, a des maux de tête et est invitée à rester chez elle par des sirènes qui retentissent. 8 h, le préfet déclare qu’il n’y a rien à craindre mais confirme le confinement de 100 000 personnes (contradiction dans les termes ?). Toutes les chaînes info sont sur le coup et ma sœur suit en direct le combat contre le feu. Midi, blackout ! L’annonce de la mort de Jacques Chirac faite, plus aucun média ne s’intéresse à l’accident chimique majeur. Rouen brûle et les médias regardent ailleurs, paraphrasant presque la célèbre (et unique) citation écologique de l’ancien président. Mais personne ne relève l’ironie… Le préfet change alors sa rhétorique : le nuage n’a pas de toxicité aigüe. Depuis avril 1986, date de l’accident de Tchernobyl, les autorités de l’Etat restent sur la même ligne : ils nient l’existence de la réalité, croyant ainsi à la force de la pensée. Un relent de maître Yoda, sans doute. Mais je crains que les prochaines semaines deviennent difficiles pour l’administration préfectorale, justement parce que nous avons derrière nous l’expérience de mensonges étatiques et que nous ne voulons plus nous en tenir à cela. Aussi j’aimerais me livrer à un petit exercice : utiliser L’Art d’avoir toujours raison (1831) d’Arthur Schopenhauer où le philosophe propose toute une série de stratagèmes pour se défendre d’un adversaire (les écologistes, les citoyens et/ou les lanceurs d’alerte, etc.) coriace. Nous pourrons voir ainsi la pertinence d’une parole qui devrait rassurer et informer, mais qui ne cesse de trébucher tout au long des communiqués. Une parole dont les pouvoirs peuvent prendre la forme d’un boomerang : quoiqu’il dise, le détenteur du message verra son propos se retourner contre lui ! Le petit ouvrage de Schopenhauer construit comme un manuel, va détailler les ficelles de la rhétorique, arme subtile de la controverse, qu’il faut manipuler avec force, rapidité, mais aussi virtuosité.

Certes Schopenhauer est un peu moins enthousiaste et positif. Voilà comment il introduit son propos : « On peut […] avoir objectivement raison quant au débat lui-même tout en ayant tort aux yeux des personnes présentes, et parfois même à ses propres yeux. […] d’où cela vient-il ? De la médiocrité naturelle de l’espèce humaine. Si ce n’était pas le cas, si nous étions foncièrement honnêtes, nous ne chercherions dans tout débat qu’à faire surgir la vérité, sans nous soucier de savoir si elle est conforme à l’opinion que nous avions d’abord défendue ou celle de l’adversaire. […] Mais chez la plupart des hommes, la vanité innée s’accompagne d’un besoin de bavardage et d’une malhonnêteté innée. » On ne peut pas être plus noir mais comme Schopenhauer préférait que la médiocrité des êtres humains s’accompagnât d’un certain panache, il décida d’écrire une liste de trente sept stratagèmes pour avoir toujours raison. Tâchons d’en appliquer quelques-uns.

Tout d’abord ne jamais prêter le flanc à des critiques faciles. Ne dites pas : « Tout va bien, l’air n’est pas atteint d’une pollution à toxicité aigüe » car vous vous soumettez immédiatement à l’attaque – de mauvaise foi, cela s’entend – de vos adversaires qui vont utiliser le stratagème n° 1 : « étirer l’affirmation de l’adversaire au-delà des limites naturelles, et l’interpréter de la façon la plus générale possible », c’est-à-dire vous rétorquez que le concept d’aigüe ne nous protège pas d’une toxicité continue, silencieuse et destructrice. Ne pas dire non plus : « Quel serait l’intérêt des pouvoirs publics de mentir », se plaçant sur la défensive, comme une blanche colombe qui verrait le chasseur pointer son fusil sur elle sans comprendre ses viles intentions. Utiliser plutôt le stratagème n° 18 de Schopenhauer : si vous voyez que votre contradicteur a le dessus, interrompez la discussion « en vous esquivant détournant le débat vers d’autres propositions, bref il faut provoquer une mutatio contraversiae » : expliquer que le véritable enjeu du travail des autorités, c’est d’assurer à la fois la sécurité des citoyens mais aussi l’emploi des jeunes ; donc ne pas mettre en danger une entreprise très présente dans le bassin d’emploi. Ne pas constater que « nous vivons dans un monde de suspicion généralisée où la parole publique est parfois même pas crue ». Utiliser plutôt le stratagème n° 36 : « déconcertez, stupéfiez l’adversaire par un flot insensé de paroles. Ce stratagème est fondé sur le fait qu’habituellement l’homme est crédule, s’il n’entend que des paroles qu’il ne comprend pas ». Ou bien ce stratagème n° 25 : L’apagogie, c’est-à-dire le raisonnement par induction : multiplier les cas particuliers pour en induire une vérité générale que personne ne va contester sans contre-exemple. Même si les cas particuliers n’ont pas de liens avec l’événement, leur flot devrait permettre d’oublier ce qui était avancé exactement, par exemple en donnant une multitude de chiffres et une liste incompréhensible de produits chimiques sans laisser le temps aux adversaires de réfléchir à la pertinence de ces analyses. Ou utiliser le stratagème n° 32 : « Rendre suspecte une affirmation de l’adversaire opposée en la rangeant dans une catégorie méprisable : c’est du manichéisme, c’est de l’idéalisme, […] c’est du mysticisme » en supposant que cette catégorie disqualifie vos propos.

Voilà un court extrait des conseils que pourrait donner le philosophe allemand du XIXe siècle aux communicants du XXIe siècle. Certes tout cela est un peu cynique. Vous vous souvenez peut-être de la chronique consacrée à Diogène le Cynique (en avril 2015), ce philosophe grec qui se promenait dans les rues d’Athènes au IVe avant J.-C., avec sa seule besace et une lampe allumée symbolisant sa conscience aigüe de la misère humaine ; misère non pas au sens d’absence de richesse mais d’absurdité de l’existence humaine. Diogène avait décidé de vivre comme un chien (cynique en grec) dans un tonneau au milieu de la rue, pour refuser ce qui lui apparaissait comme une forme d’escroquerie : la prétention que l’humanité a de croire qu’elle donne du sens à son existence. Schopenhauer, 2500 ans après Diogène, reprend la même idée mais en la sophistiquant : si le discours est pure illusion, autant le pratiquer avec virtuosité. Certes c’est une vision désenchantée de la réalité mais elle refuse néanmoins la médiocrité. Or la rhétorique peut être un aspect de cette médiocrité : nous surfons sur des discours qui sont autant de belles apparences et cela nous sert à masquer ce qui devrait être essentiel : la recherche de la vérité. Nous pourrions facilement accuser les autorités administratives d’échec dans leur communication lors de crise. Mais cette critique ne porte-t-elle pas en elle-même un vice, celui de s’attacher à tout prix à l’art de la dialectique comme moyen de se battre. Qui a gagné dans cette histoire ? La préfecture, les associations ou la recherche de la vérité sur l’état réel de la pollution ? 

Schopenhauer explique dans son ouvrage que la dialectique est à distinguer de la logique. Cette dernière est l’art de bien penser, alors que la première est définitivement l’art de la controverse. Le paradoxe, explique Schopenhauer, est que si les êtres humains étaient logiques, ils seraient tous d’accord ; nous n’aurions dès lors pas besoin de la rhétorique (l’art de faire des beaux discours) pour transformer ce qui devrait être un échange honnête et logique d’arguments et/ou d’informations en lutte sans merci pour dominer – quitte à utiliser toutes ces armes que sont le mensonge, la tromperie, la flatterie, etc. Or force est de constater que ce n’est pas le cas : nous vivons dans un monde plus complexe où la logique existe véritablement : il y a l’enchaînement des faits et des méthodes pour les cerner, les isoler du reste de la réalité pour les comprendre, les corriger ou les anticiper. Les risques encourus par l’explosion d’une usine chimique et la multiplication des produits dans l’atmosphère peuvent être aisément suivis et circonscrits par la science moderne. Mais face à cela il y a des enjeux plus obscurs, non pas dans le sens où il y aurait une théorie du complot du type : l’Etat nous veut du mal ou l’Etat s’est vendu aux diaboliques forces du capitalisme. Mais plus simplement et plus dramatiquement l’absence d’intelligence préventive, des egos surdimensionnés et des réactions irrationnelles. Ces dimensions de l’âme humaine font qu’on va utiliser le discours comme une arme. Arme de défense lorsqu’on est pris en défaut, arme d’attaque lorsqu’on veut s’imposer dans un débat. Voilà la véritable définition de la dialectique, qui n’est rien d’autre que « la certitude d’avoir raison qui est dans la nature de tout être humain » pour suivre l’analyse de Schopenhauer.

Le problème n’est pas jeune : Socrate se battait déjà contre les sophistes qui faisaient du discours une arme politique. Lui-même était relativement expert en la matière mais cela ne l’a pas empêché de mourir un matin de juin 399 av. J.-C., condamné selon deux chefs d’accusation : la corruption de la jeunesse et l’apologie de nouveaux dieux. Avant de boire la cigüe (poison réservé aux citoyens les plus nobles à l’époque), il y eut un procès épique où Socrate fit face à plus de 500 juges. Il développa un discours logique et séduisant sur l’évidence de son innocence. Ses deux arguments principaux étaient qu’il honorait lui-même les dieux (notamment Appolon) et que personne ne pouvait produire ne serait-ce qu’un témoignage d’un parent dont l’enfant aurait été corrompu par le vieil homme (il avait 70 ans au moment du procès). Malgré cela il perdit et passa un mois dans sa cellule à attendre la mort. Nous avons des témoignages directs de tous ces moments (notamment grâce à Platon qui était présent le jour de son procès). Et lorsqu’on les relit on est frappé par une évidence : Socrate n’aurait jamais dû se battre sur le terrain de la vérité, car face à lui il y avait des individus qui ne pouvaient plus reculer et qui devaient gagner coûte que coûte. Espérons que face aux conséquences de l’explosion à Rouen, entre les deux logiques les autorités auront l’intelligence de privilégier celle de Socrate.

Par Christophe Gallique

Nuit

Le jour de la nuit est le 12 octobre. C’est une opération de sensibilisation à la pollution lumineuse, à la protection de la biodiversité nocturne et du ciel étoilé, par l’extinction de l’éclairage public. Les villes et villages de Lunas, Hérépian, Dio et Valquières … participent à l’opération … Bientôt un bourg centre du Cœur d’Hérault ? www.jourdelanuit.fr

LA prison de Lodève (suite et fin)

Quelques mois après le départ des réfugiées espagnoles, alors que la France est entrée en guerre en septembre 1939, la maison d’arrêt de Lodève, comme beaucoup d’autres en France, est transformée en prison militaire. Elle reçoit ses premiers résistants début 1941. Roger Algoud fait partie de ceux-là. 

Il a tout juste 16 ans quand il s’inscrit aux Jeunesses communistes. L’arrivée d’un flot de républicains espagnols à Grenoble, où il vivait, a servi de déclencheur à son engagement. En janvier 41, il est arrêté par la Gestapo alors qu’il transportait des tracts compromettants. Condamné par la justice militaire à 5 ans de prison, il est embarqué avec d’autres détenus dans un train en partance pour Lodève. 

Il évoquera plus tard sa détention : « À ce moment, il y avait encore peu de détenus ; quelques gaullistes et communistes répartis à 2 ou 3 par cellule ; une relative liberté de mouvement à l’intérieur de locaux sains et ensoleillés ; une majorité de gardiens tolérants (même si quelques-uns n’hésitaient pas à lancer des coups de pied) et une nourriture acceptable ». Les prisonniers sont astreints au nettoyage des locaux, au raccommodage de sacs de jute ou à la fabrication de tresses en raphia. Un camarade de cellule l’initie au jeu d’échecs : « une chose magnifique qui me permit de supporter plus facilement tout ce temps perdu. » Il écrit aussi quelques textes de propagande qu’il peut faire passer à l’extérieur grâce à la complicité de gardiens engagés dans la Résistance. 

A la fin de l’année 1942, à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, les autorités estiment plus sûr de replier à l’intérieur du pays les détenus enfermés près du littoral. Roger, après un premier séjour de courte durée à Mauzac en Dordogne, est transféré à Bergerac, puis à Saint-Sulpice dans le Tarn et Garonne. Peu avant la libération de Toulouse il est déporté à Buchenwald d’où il ressortira détruit, mais vivant.

Figure politique et intellectuelle, Jean Cassou est arrêté à Toulouse en 1941. Né à Deusto, près de Bilbao, d’un père français et d’une mère andalouse, il a déjà publié un roman, Éloge de la folie, fait connaître la littérature et la peinture espagnoles contemporaines dans des revues françaises, notamment Europe. En 1936, il rejoint le cabinet de Jean Zay, le jeune ministre radical de l’Éducation nationale, et milite, sans succès, en faveur d’une intervention française au-delà des Pyrénées pour soutenir le gouvernement républicain. Après sa révocation du Musée d’Art moderne dont il avait été nommé directeur, il s’engage activement dans la Résistance, et doit quitter Paris pour la zone libre lorsque l’étau se referme sur les membres de la nébuleuse activiste du musée.

Replié à Toulouse, il intègre le réseau constitué autour de l’universitaire Pierre Bertaux et du libraire italien Silvio Trentin. Rapidement repéré par le Bureau des menées antinationales (BMA) de Toulouse, et victime d’une trahison, le groupe est durement touché par un coup de filet de la police française en décembre 1941. Incarcéré d’abord à la prison militaire de Furgole, il compose de tête (étant dans l’impossibilité de les écrire) ses Trente trois sonnets composés au secret. Il est condamné à un an de détention en juillet 1942 et incarcéré à la prison de Lodève en août 1942. 

Dans son livre de souvenirs, Une vie pour la liberté, il donne des détails sur ses conditions de détention, dures mais sans excès. Certes, il a le crâne rasé, porte des sabots et doit transporter quotidiennement du fumier, mais il peut communiquer avec les communistes gardés à l’écart, et surtout avec les officiers de l’État-major du général de Lattre de Tassigny dont le QG se trouve à Montpellier. Après la visite de l’un d’eux à la prison, les conditions de vie s’améliorent ; il est dispensé de corvées et peut se consacrer à la lecture et à l’écriture jusqu’à son transfert à la prison de Mauzac.

Son camarade, et chef de réseau, Pierre Bertaux a gardé un souvenir plus douloureux de la prison de Lodève : « Elle était plus sévère – écrit-il dans ses Mémoires interrompus – que celle de Furgole (d’où il venait) qui, en comparaison, paraissait une pension de famille. D’abord le cérémonial d’entrée : on devait se déshabiller, et traverser ainsi, complètement nu, toute la prison, pour aller au magasin revêtir le treillis et le bourgeron des détenus. Moi, j’avais accompli seul cette cérémonie ; mais pour mes camarades qui avaient ainsi défilé, Jean Cassou en tête, dans cette prison qui était une vraie prison, style Sing Sing, avec lourdes grilles, escaliers en fer scellés dans les murailles, galerie d’observation pour les gardiens armés, cela devait être impressionnant. » Et il ajoute : « On ne chantait pas et on mourait de faim — ce n’est pas une image mais un fait. J’ai vu des cadavres vivants, l’un notamment couvert de tatouages comme il y en avait plein les camps en Allemagne. » Le seul “agrément” de la prison de Lodève, c’était la vue. De la cour on apercevait les monts de l’Hérault. « Le ciel, le vert et le rouge lointain des montagnes, c’était déjà presque la liberté ».

Après le départ des détenus politiques à la fin de 1942, l’établissement pénitentiaire recevra encore des Allemands faits prisonniers lors des combats pour la libération de l’Hérault, en août 1944. Ironie de l’histoire, les dernières personnes incarcérées seront des maquisards italiens qui avaient combattu Mussolini, mais qui étaient suspectés par les RG d’être d’anciens fascistes travestis en résistants. 

La prison de Lodève sera démolie en 1962 et, à sa place, on construira la résidence HLM des Pins. Une borne au sol rappelle que des résistants furent détenus à cet endroit et que certains d’entre eux y moururent. 

Par Dominique Delpirou

ENCADRE : 

Le marquage des prisonniers

Après 1939, et avec quelques variantes d’un camp à l’autre, les catégories de prisonniers furent identifiées par un système de marquage combinant un triangle coloré, des lettres, cousus sur les uniformes rayés. Ces signes permettaient aux gardes SS de connaître le motif de l’incarcération du déporté. 

Triangle rouge : les “politiques” 

Etoile jaune : les Juifs (étoile de David pour les juifs)

Triangle rouge sur étoile jaune : les déportés juifs résistants

Triangle bleu : les apatrides. (Les déportés républicains espagnols portaient le triangle bleu puisque Franco les avait déchus de la nationalité espagnole). 

Triangle marron : les tziganes

Triangle violet : les témoins de Jéhovah

Triangle rose : les homosexuels

Triangle vert : les “droit commun”. (Condamnés de droit commun qui purgent leur peine dans un camp de concentration et non dans une prison. Cette catégorie de prisonniers fournira aux SS, les Kapos les plus brutaux).

Triangle noir : les asociaux. (On y trouve notamment des vagabonds, braconniers, voleurs à la tire, ivrognes, souteneurs, chômeurs…) 

A l’intérieur du triangle était marquée l’initiale du pays d’origine. Ici “F” pour Français. En dessous, était cousu une bande de tissu portant leur numéro matricule. Ce numéro devenait leur unique identité.