Roman

J’accuse

Un film de Roman Polanski (Fr, Uk, Pl). Avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner…

Genre : Drame.

Durée : 2 h 12

Sortie en salles : 13/11/2019

Pendant les 12 années qu’elle dura, l’Affaire Dreyfus déchira la France, provoquant un véritable séisme dans le monde entier. Dans cet immense scandale, le plus grand sans doute de la fin du XIXe siècle, se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme.

« J’accuse”, célébrissime lettre d’Emile Zola au président Félix Faure, parue à la “Une” du journal “L’Aurore” en janvier 1898, dénonçant l’erreur judiciaire à propos de la condamnation du Capitaine Dreyfus pour trahison. Comme tout un chacun, je connais cette affaire mais j’avoue que le fond m’échappe. Je n’avais d’ailleurs jamais lu cette lettre. Voilà, c’est chose faite et j’en reste bouche bée. Je ne peux qu’être admiratif du courage de M. Zola, nous sommes fin 19e, pour vent debout s’attaquer à la Grande Muette.

 « La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera », couillu le Monsieur ! M. Polanski, j’espère que votre film sera à la hauteur de ce courrier à travers le personnage du Colonel Picquart, héros méconnu.

Cependant, je ne peux m’empêcher, pour notre culture collective, notamment à propos de l’antisémitisme (Dreyfus était juif ou plus largement de l’acceptation de la différence) de vous proposer de lire ou relire la conclusion de ce pavé dans la mare de “l’obscurantisme” militaire (mais pas que !). 

« Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure.

J’accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J’accuse le général Mercier de s’être rendu complice, tout au moins par faiblesse d’esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.

J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s’être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l’état-major compromis.

J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendus complices du même crime, l’un sans doute par passion cléricale, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l’arche sainte, inattaquable.

J’accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d’avoir fait une enquête scélérate, j’entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J’accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d’avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu’un examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.

J’accuse les bureaux de la guerre d’avoir mené dans la presse, particulièrement dans l’Éclair et dans L’Echo de Paris, une campagne abominable, pour égarer l’opinion et couvrir leur faute.

J’accuse enfin le premier conseil de guerre d’avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j’accuse le second conseil de guerre d’avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un coupable.

En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose. Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice. Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! J’attends. »

Émile Zola, 13 janvier 1898 (Lettre complète : http://www.lapres.net/zola.pdf)

Par Claude Bermejo