Les Bétulacées (bouleau, noisetier, charme, …), les Cupressacées (cyprès, thuya…), les Fagacées (châtaignier, chêne…), les Oléacées (frêne, olivier…), les Pinacées (sapin, pin…), les Platanacées (platane)… Tous ces arbres ont en commun de participer à la première saison pollinique. Les premiers rayons de soleil printanier font le bonheur des uns, dans le même temps, ils commencent à faire souffrir poumons, yeux et sinus des autres.
Pourtant, il existe une espèce bien présente sur notre territoire, le pin de Salzmann, qui présente des caractéristiques étonnantes.
Si on déplore, pour l’heure, de le voir de moins en moins sur son bassin méditerranéen de prédilection, il pourrait pourtant susciter un grand regain d’intérêt et être planté en nombre par des porteurs de projets désireux de tirer un profit très conséquent d’une culture biologique qui serait globalement positive pour notre environnement. En effet, ce pin, certes porteur comme tant d’autres d’allergies, produit une sève qui entre fortement dans la composition de nouveaux traitements antiallergiques et se trouve au cœur de la recherche pharmaceutique actuelle.
De plus, appelé dans un premier temps « Sirop d’Alep » car il présente des caractéristiques nutritives que l’on peut également tirer du célèbre pin emblème de la Syrie, son nectar à la saveur presque alcoolisée en fait un excellent concurrent au miel. Or, comme chacun sait, si nous continuons à ce rythme à abîmer l’environnement propice aux abeilles, il faudra nous en remettre aux espèces qui, comme le pin, se pollinisent par la simple action du vent
Les autres avantages de ce que l’on commence à appeler « L’élixir Salzmann » sont nombreux. De la pâte à tartiner, pain ou biscottes du petit déjeuner, il n’y a qu’un pas – disons plutôt deux ou trois ans de maturation – pour qu’en durcissant elle devienne une excellente cire dépilatoire. Fortement parfumée, légèrement enivrante, elle pourrait prochainement conquérir les thermes, hammams et autres lieux de détente et de soin du corps. Presque analgésique, le poil enduit s’extirpe quasiment sans douleur du derme entrainant avec lui l’intégralité du bulbe que nous avons l’habitude d’appeler racine. Une épilation durable, donc. Pour mémoire, le poil humain ne contient pas d’ADN sauf dans sa racine.
Ce qui nous ramène à un second usage alimentaire : en effet, le poil extrait en partie purifié de ses toxines peut macérer dans le sirop jusqu’à permettre pense-t-on de créer des compléments alimentaires particulièrement appréciables en milieu sportif. Des laboratoires de recherche de Porto et Lisbonne, très à la pointe de cette étude, viennent de mettre au point une manière d’extraire les poils trop drus du sirop tout en gardant les éléments nutritifs ajoutés par les bulbes.
Du coup, le pin Salzmann pourrait non seulement devenir un enjeu économique pour la nutrition et les soins du corps mais encore, comme la canne à sucre, se retrouver au cœur de luttes entre innovateurs et industriels pour un tout autre usage, car dans sa phase durcie la résine se trouve également être un excellent isolant. Une sorte de glacis protecteur proche de la résine synthétique d’inclusion. Elle présente le défaut, en revanche, pour nos régions susceptibles de connaître de fortes chaleurs, de refondre légèrement à plus de 35 degrés et il est donc peu souhaitable de l’utiliser sur un sol ou sur les murs de pièces trop exigües amenées à être chauffées comme des toilettes ou salles de bain. Elle permet, par contre, dans des lofts ou boutiques climatisées, de créer de fascinants décors, en intégrant dans sa transparence toutes sortes de formes… On pense évidemment aux moustiques préhistoriques noyés dans l’ambre du film « Jurassic Park ». Un célèbre plasticien contemporain américain, David Turnspoon, qui possède un mas dans notre région, s’est d’ailleurs saisi avec beaucoup d’humour des propriétés de ce produit. Il expose actuellement au MoMA de New-York et à la Tate Gallery de Londres deux maillots de bain bikinis géants (environ 2m de haut x 3,50m de large) entièrement réalisés en résine d’épilation récupérée à la sortie des instituts de beauté expérimentant le produit… et le public intrigué d’essayer de comprendre de quoi est faite la texture de ce matériau translucide, et zébré d’innombrables petits filaments noirs, bruns, blonds…
Hélas, fortement protégés par des droits, telles les nouvelles œuvres de Jeff Koons, nous n’avons pas d’images à vous montrer.
Pour l’heure, les seuls investisseurs conséquents étant extra européens, en particulier libyens, et la course aux brevets étant lancée, ils essaient de se faire bien voir en finançant des œuvres porteuses d’une image saine et proche des besoins de la société, comme la lutte contre les « fake news ». Certes ils ne sont pas au bout de leur peine, surtout si vos aimables serviteurs de C Le Mag contribuent de temps à autre, surtout en début d’un certain mois, à alimenter en canulars le vaste univers du n’importe quoi… Mais « arrêtons de pinailler » (cette expression d’ailleurs nous ramènent au XVIe s. où elle signifiait : arrêtons de récolter la sève des pins, c’est vraiment trop dur et en plus ce n’est pas très bon)…
Sachez, enfin pour votre culture personnelle, qu’au moment de la pollinisation, les grains de pollen s’enfouissent entre les écailles des jeunes cônes femelles (pommes de pin), un liquide mucilagineux sécrété par les ovules déborde alors par les micropyles et piège les grains de pollen. Le liquide alors résorbé par l’ovule entraine les grains de pollen dans l’ovule au contact du nucelle où, vous l’avez déjà deviné, ils pourront germer dès la fin de l’été.
Traduit de l’espagnol par Federico Fuego y Sam Luz de la Luna.
Par Frédéric Feu

