épopée

L’odyssée sous-marine ou l’épopée des sous-marins

L’odyssée sous-marine ou l’épopée des sous-marins

Il y a cent ans, en juin 1916, le cargo « L’Hérault » de la Compagnie Générale Transatlantique d’Armements Maritimes était coulé sur son trajet commercial de Sète à Oran par une torpille de l’Empire allemand, tirée par un sous-marin U35. Ce triste événement consacrait l’alliance des technologies sous-marines avec celles de l’armée.

On préfère célébrer aujourd’hui l’officier de la Marine Nationale française connu dans le monde entier pour son bonnet rouge et ses explorations sous-marines incomparables à l’époque : le commandant Jacques-Yves Cousteau.

Peut-être faites-vous partie de ce vaste public qui se précipite en salle pour voir le film “L’odyssée”, qui raconte la vie de Cousteau, incarné à l’écran par Lambert Wilson. Peut-être êtes-vous allés à la soirée spéciale du salon nautique du Cap d’Agde qui vous aura permis de rencontrer François Sarano, le célèbre océanographe et ancien conseiller scientifique de Cousteau, qui a été sa doublure dans le film pour les scènes de plongée ?
Dans tous les cas, il est certain que l’univers actuel de la Marine en tant qu’armée concernant les techniques sous-marines (scaphandres sous-marins, bathyscaphes, drones…) mérite tout autant le détour que les toutes premières inventions et opérations connues du genre.
Certes, se servir d’un équipement permettant la respiration sous l’eau pour attaquer l’ennemi n’est vraiment pas une nouveauté. Des récits perses et grecs, entre autres, racontent des histoires d’outres gonflées permettant à la fois de flotter et de respirer sous l’eau, l’invention de tubas fabriqués en roseau, l’utilisation de scies pour trancher les amarres voire percer les coques. Mais il est bien rare de voir ces guerriers en profiter pour décrire la vie sous-marine. Seule exception, peut-être, le roman d’Alexandre qui, au Moyen-Âge, transforme l’invention de la cloche de plongée d’Aristote pour son élève, le Grand conquérant. Celle-ci devait à l’origine servir à récupérer les armes tombées lors des combats en eau peu profonde.
Dans le roman elle devient une légende : dans un tonneau de verre, le roi observe les “peuples sous la mer” voire les “chiens de mer” voulant manger les “fruits” poussant sur les “arbres de mer”… Autant dire qu’on est loin du monde réel que la plupart d’entre nous ont pu voir grâce à Cousteau lors des expéditions de la Calypso ou de l’Alcyone !
Le salon nautique du Cap d’Agde a exposé des scaphandres contemporains de la Marine Nationale, appareillages qui semblent petit à petit céder du terrain devant la multiplication des missions confiées à des drones.

En ce qui concerne les sous-marins, la première heure de gloire de l’engin de guerre presque jamais utilisé pour des missions scientifiques à part dans l’imaginaire Nautilus du Capitaine Nemo de Jules Verne, qui cumule ses capacités avec celles du bathyscaphe, fut l’attaque presque réussie d’un navire anglais par un sous-marin des insurgés indépendantistes durant la guerre d’indépendance des Etats-Unis.

Le sergent Ezra Lee est effectivement engagé en 1776 pour piloter la “Tortue” (Turtle), inventée par David Bushnell. Dans ce sous-marin à une seule place muni de manivelles qui permettaient d’actionner des vis d’Archimède en guise d’hélices, celles-ci n’étant pas encore utilisées dans la marine, le pilote s’avança lentement à fleur d’eau de la coque du “HMS Eagle” britannique armé de 64 canons, ancré exactement à l’emplacement actuel de la statue de la Liberté. L’ennemi ne vit pas approcher ce sournois appareil invisible qu’on pensait impossible à réaliser à l’époque.
Puis Ezra Lee actionna une autre manivelle permettant avec une mèche de percer la coque, non pas pour y faire un trou suffisant pour le couler mais afin d’y implanter une énorme bombe qu’il transportait provisoirement sur son petit sous-marin. Hélas pour lui, la cale du navire avait été grignotée par les rats et on avait doublé sa coque d’épaisses plaques de cuivre. Ne pouvant percer, il prit la décision de faire surface, d’ouvrir l’écoutille qui surplombait son engin, de prendre à la main la bombe et de la jeter sur le pont du bateau. Les Anglais entendirent le choc sourd du paquet sur le pont et se précipitèrent bien sûr pour le jeter le plus loin possible dans l’eau. Leur navire ne fut pas endommagé. Heureusement pour Ezra Lee, les Anglais paniqués, ont levé l’encre pour des eaux plus sûres et il réussit à leur échapper.
Si tous les musées du monde s’intéressent à reconstituer la “Turtle”, aucun ne peut exposer  ce sous-marin d’origine car le “Sloop”, voilier qui la transportait, fut coulé plus tard par une frégate britannique.

Ainsi commença vraiment l’épopée des sous-marins déjà imaginés par nombre de savants, de Léonard de Vinci à Marin Mersenne, et qui devinrent vraiment opérationnels aux côtés des premiers cuirassés durant la guerre de Sécession américaine.
Aujourd’hui, même si les technologies sous-marines gardent une importance bien sûr dans le domaine militaire, de nombreuses coopérations ont été entamées avec le secteur civil et en particulier avec les centres de recherche et laboratoires universitaires.
Des laboratoires flottants comme le “Pourquoi pas ?”, lancé en 2005, sont le fruit de collaboration entre l’Armée et L’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (IFREMER).
Évidemment, lorsque l’on voit le nombre croissant de fabuleux documentaires diffusés par de nombreuses chaînes concernant les espèces marines les plus diverses sur les milieux pélagiques ou abyssaux, dont bien sûr ceux de Laurent Ballesta qui nous fait régulièrement vivre des moments exceptionnels sous la banquise ou au milieu d’une population de cœlacanthes, on peut remarquer que l’Armée n’est plus toujours à 100% le partenaire inévitable de ces grands moments… Tous ceux qui ont guetté les épisodes des aventures de la Calypso, se souviendront surtout que c’était un grand bol d’air avec détendeur que nous cherchions tous dans le “monde du silence”.

PS : Notre rencontre sur la robotique avec les chercheurs du LIRMM, annoncée dans le numéro précédent, a dû être reportée en raison de leur planning professionnel plus que chargé. Nous les retrouverons très prochainement.

Par Frederic Feu