Que va manger “ lo bÈl cabÒt ? ”

Pique-niques culturels et animations du patrimoine au menu.
Cela faisait bien un peu de temps que le CIST (Centre de l’Imaginaire Scientifique et Technique du Cœur d’Hérault), qui anime mensuellement sur Radio Pays d’Hérault l’émission des « Découvreurs de l’impossible » et, dans nos pages, une rubrique scientifique et historique, n’avait pas annoncé un nouveau projet…

Il faut bien dire que, farfouillant sans relâche dans le patrimoine historique, fouineurs invétérés des collections des Archives Départementales, cette association attendait de “tomber sur du lourd”. C’est chose faite.

Le palimpseste
Coincé entre le cartulaire de Gellone et une pile de manuscrits du XIIIe s., un parchemin d’emballage qui couvrait des feuillets plus récents, vient de révéler un palimpseste (manuscrit constitué d’un parchemin déjà utilisé, dont on a fait disparaître les inscriptions pour pouvoir y écrire de nouveau) que plusieurs érudits tentent de traduire en intégralité. Mais dès les premières radiographies sont apparus une très étrange enluminure ainsi que ce qui semble être une légende ou un témoignage d’événements peu communs.
L’illustration au cœur de l’image représente une créature dont on peut difficilement déterminer s’il s’agit d’un être bienfaisant ou maléfique. Peut-être une gargouille ? Ou une volonté, a-t-on pensé d’abord, d’illustrer le Léviathan biblique qui engloutit Jonas ?
Mais le texte conte une tout autre histoire : vers l’an 800, lors de tentatives d’arrimer mieux la passerelle en bois qui préfigurait la construction du Pont du Diable que nous connaissons aujourd’hui entre Aniane, Saint-Jean-de-Fos et Saint-Guilhem-le-Désert, un trou conduisant à une gigantesque grotte se serait ouvert. Dans l’éboulis surgit de dessous les roches une sorte de poisson gigantesque qui, avec ses nageoires bondit sur la berge et s’en alla vers les villages alentour.
Apparemment, cette histoire serait à rapprocher d’autres morceaux de textes et témoignages qui parlent à partir du XVe s. d’un animal totémique disparu, dont on n’a pas su identifier le village d’adoption. Peut-être à proximité de Gignac, Lodève ou Clermont-l’Hérault ? Un peu comme si l’animal était apparu en différents endroits, à différentes époques.
Le grand Chabot
Passant par hasard pour montrer au CIST les photos fabuleuses qui intègreront son nouveau livre dans la continuité des deux premiers opus de “Hypernature”, l’écologue et photographe Philippe Martin s’écria en voyant l’image :
– Mais c’est un Chabot… C’est le “Chabot de l’Hérault” ! La tête, les nageoires, une peau très pigmentée. C’est notre Chabot !
– (Le CIST) Notre Chabot ?
– Oui. Tout le monde connaît le Chabot du Lez (Cottus Petiti). On ne dira jamais assez que c’est une espèce endémique rarissime et en danger. Nous avons aussi dans l’Hérault Cottus Rondeleti , un peu plus grand et qu’il faut aussi préserver. Chaque fois qu’on marche sur des rochers dans une zone tranquille de la rivière, on est presque sûr d’en écraser. D’accord il est plus gros que celui du Lez (environ 7cm), mais là sur l’image on dirait plutôt qu’il fait 7m de haut !
Un nom provisoire était donc tout trouvé : “Le Grand Chabot”, ce qui veut dire étymologiquement “La grosse tête”. Le groupe lui a même, pour rire, donné un nom scientifique : Cottus Rabelaisi, dit “Grosse Tèste”, dit “Lo Bèl Cabòt”…
Reconstitutions
C’est entendu, le comité scientifique et historique intègrera non seulement des historiens mais encore des biologistes, écrivains, artistes… dont la compagnie Chagall sans M et la comédienne et metteur en scène Claire Engel. En continuant la lecture du palimpseste, on apprend que les villageois, moines et seigneurs de notre territoire voulurent apaiser la bête en lui offrant mille victuailles et richesses. Il semblerait que cela ait grandement calmé “Grand Chabot”, mais qu’il se contenta d’observer les offrandes et chacun put remporter chez lui ce qu’il avait amené, hors les nourritures qui furent partagées pendant un grand repas commun et festif.
Afin de mieux comprendre et reconstituer les événements décrits, historiens, ethnologues et archéologues ont décidé de travailler en utilisant les techniques de l’interprétation  historique et muséographique, comme le font les Suédois, Danois et Norvégiens pour comprendre les usages des Vikings ou les préhistoriens pour vérifier leurs hypothèses sur le Paléolithique et le Néolithique.

Totem
Il a donc été décidé deux premières sessions de reconstitution : les dimanches 10 et 17 mai 2015 où vous êtes invités en famille à l’Eglise du Barry de Montpeyroux à découvrir l’animal totémique représentant la créature, son histoire, sa légende et à venir offrir à la bête des victuailles et, si elle les refuse… à les partager au moment d’un pique-nique très chaleureux. Tous les participants qui le peuvent amèneront également curiosités et patrimoines du territoire de toute époque, histoire d’apaiser Grand Chabot. Parmi les récentes contributions, on nous a fait remarquer que Lo Bèl Cabòt  pourrait être apparenté à la Rascasse provençale et au Cap-roig catalan, qui seraient venus cacher leurs amours dans les profondeurs d’un gorg (“gouffre” en occitan) de la Clamouse.
Les enfants, tout particulièrement, sont importants dans le cadre des recherches qui vont être effectuées. Il est fait mention au XVIIIe s. en terre provençale d’une créature Lou Rascous (“le teigneux”), qui serait venu narguer la Tarasque sur ses terres. Notre Chabot serait-il capable d’aller aussi loin ?
Dans le ventre de la créature reconstituée, l’animateur s’adressera aux enfants qui voudront bien participer aux jeux proposés.
Les témoignages les plus étranges que vous pourrez faire seront enregistrés pour être retranscrits dans nos pages ou diffusés dans une émission spéciale sur RPH.

Par Frédéric Feu

N.B. : Si vous pensez que cette histoire n’est qu’un canular, sans doute avez-vous raison. Mais ce serait négliger le fait qu’historiens, scientifiques et artistes se mobilisent réellement pour proposer une animation itinérante de qualité sur le territoire, innovante, familiale, drôle… qui permet de raconter et de montrer mille histoires sur nos riches patrimoines. Il ne serait pas étonnant que le Grand Chabot aille à la rencontre de tous les animaux totémiques de l’Hérault qui veulent bien l’accueillir.

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