L’homme agit, la nature subit

L’homme agit, la nature subit

 

Réveil, douche, donc… France Inter, 9h passées, Augustin Trapenard… et l’excellent chroniqueur littéraire d’inviter un philosophe sur le thème de l’apocalypse. Dommage ! Comme d’habitude je n’aurais pas le temps d’écouter la fin. Il ne suffit pas de se coucher tard planté devant ses textes à rédiger, encore faut-il reprendre le rythme le matin ! Petit bol d’air frais (très frais !). La garrigue est ensoleillée. Les rues de mon petit village viennent d’être nettoyées par un véhicule adapté. Je respire un grand coup, la vie est agréable.
Dans la tête me trotte pourtant une chanson, qui m’énerve depuis mon enfance… Michel Legrand demande à Nana Mouskouri : « Et, si demain, je te disais de tout quitter pour moi ?». J’adapte le texte dans ma tête et c’est maintenant que je repense au moment où j’ai quitté les grande villes – Paris, Lyon – pour aller m’installer pour le meilleur et pour le pire quelque part dans les garrigues du sud. Honnêtement, le pire, il n’y en a pas eu beaucoup… pour l’instant. Allez, je respire un bon coup de nouveau, en priant que les données sur la qualité de l’air soient exactes et qu’on s’en sorte pas trop mal, à une demi-heure pourtant d’un grand centre urbain. Est-ce bien sûr ?

S’invitent dans la campagne présidentielle les grands thèmes écologiques. A coups de pics de pollution, d’ours blancs qui se noient surpris sur des morceaux de banquise par un dégel plus rapide et intense que d’habitude, de propriétaires refusant d’admettre que leurs maisons sont désormais en zones dangereuses avec pourtant une vue si belle sur une mer qui s’approche de plus en plus, la lutte s’engage entre « ceux qui préviennent », quitte à passer pour des imbéciles lorsque des événements concordants ne tombent pas systématiquement et immédiatement à l’appui de leurs discours, et « ceux qui raillent » et font obstruction par intérêts (parfois bien légitimes pour ceux qui ne possèdent peut-être qu’une voiture qu’ils n’auront pas les moyens de changer, qu’une maison qui n’est plus vendable, qu’un travail stable au cœur d’une cité asphyxiée périodiquement…). D’autres encore refusent les faits scientifiques par simple vengeance contre les sciences, qui ne leur ont rien apporté de concret vu qu’ils s’en sentaient exclus depuis l’école, sauf bien sûr tout le confort moderne et le suivi médical.

Alors, rêvons ! Ou cauchemardons concrètement, à l’instar du génie pur, Stephen Hawking, qui vient de prédire que l’Homme n’atteindra pas la fin de ce millénaire ! Sans voir les arguments du grand physicien, certains haussent les épaules, oubliant qu’il nous a fallu moins de 200 ans pour démolir notre environnement jusque dans ses moindres recoins, et que désormais notre impact carbone est incommensurablement plus grand qu’avant la première révolution industrielle et qu’il augmente exponentiellement.

Rêvons en direction du passé. Au hasard des brocantes et vide-greniers qui se sont multipliés ces dernières années, ma collection de journaux et magazines anciens a augmenté bien plus vite que le temps disponible pour la trier et en lire tous les articles. Sciences et Avenir, La science et la vie ou, plus loin dans le temps encore, La Nature, L’Illustration… et tant d’autres, ont régulièrement alterné entre célébration des grandes métropoles et remarques diverses sur les impacts négatifs.

A l’heure où Donald Trump remet en cause la réduction de l’industrie du charbon et l’impact négatif de ce combustible sur l’environnement, relisons quelques grands auteurs de science-fiction, tels Albert Robida. Dans son superbe roman d’anticipation, Le vingtième siècle, il imagine dès 1883 à quoi pourrait ressembler le futur. Certaines de ses visions commencent seulement, à voir le jour. Les cités où des véhicules de tout type roulent, glissent, volent… de bâtiment en bâtiment, ne sont encore que des expérimentations en cours. Robida fut juste dépassé par une invention de Jules Verne, les drones. En revanche, Robida prévoyait que, dans les années 1950, on pourrait collectionner dans des bocaux l’air ou l’eau, pour avoir un riche échantillonnage de toutes les pollutions possibles et imaginables, avec une superbe variété d’oiseaux et de poissons crevés dans leurs habitats dénaturés ! Il imaginait un ciel saturé de câbles électriques, dont ceux servant aux systèmes de télécommunications (en 1883, je vous rappelle !!!). Et il annonçait déjà que l’Homme avait le potentiel technique non seulement pour détruire tout son environnement proche mais encore, avec la création d’armes surpuissantes, pour dévaster des cités voire la Terre entière (1883 !!!).

La solution proposée plus tard par les auteurs de science-fiction et certains architectes utopistes fut la création de villes sous globes. Ces cités enfermées sous de gigantesques cloches « à fromage » devaient permettre de se protéger de l’air impur. On imagina aussi construire ce type de villes sur d’autres planètes non polluées mais à l’air irrespirable. A partir des années 1920, le potentiel révélé des nouveaux modes de production et de stockage d’électricité dépassant de loin les prévisions les plus folles d’Edison (pourtant très enclin à imaginer des utopies techniques), permet de croire que se trouve là une solution aux poussières ambiantes générées par la combustion du charbon.

Rappelons qu’au XIXe siècle à Londres le célèbre brouillard « Fog», qui n’était jamais cité avant, était un très poétique voile gris et dense dans lequel évoluaient Jack l’éventreur et Sherlock Holmes et que peignaient William Turner puis Claude Monet… uniquement composé de pollution ! Il fallut attendre une grande crise économique et la chute de la sidérurgie anglaise pour retrouver une atmosphère et une visibilité très différentes.
Tant mieux pour l’Homme mais, hélas, pas pour la phalène du bouleau… En effet, ce pauvre papillon n’a vraiment pas eu de chance ! Il vivait tranquille dans sa blanche parure posé sur l’écorce albâtre de l’arbre dont les forêts environnaient certaines grandes cités anglaises. Puis est arrivée vers 1830 une telle pollution que les arbres furent recouverts de suie… Et la phalène, beaucoup trop claire, de se faire repérer et « bouffer » avec une très grande facilité par tous ses prédateurs ! Seuls survécurent ceux dont l’apparence était plus sombre que les autres. Un mélanisme génétique assez rare qu’ils purent conserver en se reproduisant entre eux, sauvant l’espèce (très pratique pour expliquer la théorie de l’évolution !). Puis voilà que, d’un seul coup, on leur enlève les poussières de charbon et le bouleau retrouve subitement sa belle écorce : papillons noirs sur écorce blanche, aïe… retour des prédateurs ! Sûr que ceux-ci, maintenant qu’ils sont redevenus blancs par le même processus d’évolution n’auraient pas voté pour Trump ! Ils ne doivent leur survie qu’à une curiosité génétique… D’autres espèces disparurent avant d’avoir eu le temps de dire « houille »…
Demandez aux papillons s’ils sont sceptiques sur l’impact de l’Homme sur l’environnement ? A mon avis, ils sont bien plus à même que certains citoyens d’avoir une réponse éclairée sur le sujet !
Par Frédéric Feu

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