Pirates & corsaires – épisode 4
“Par les dieux de l’Olympe”, on dirait que parfois le hasard fait bien les choses ! Alors que nous allions reprendre cet été notre rubrique sur l’histoire de la piraterie, que vous avez été nombreux à suivre les années précédentes, un coup de fil magique est arrivé au CIST…
Un expert de Transferts LR, structure chargée d’analyser l’innovation pour la Région Languedoc-Roussillon, a eu l’idée de provoquer notre rencontre avec une société coopérative, (SCOP) en cours de création, rassemblant des artistes numériques réalisant des dessins animés superbes. Certains d’entre vous ont peut-être entendu leur interview récente sur RPH qui annonçait cet article.
Les Fées spéciales, (c’est leur nom !), ont travaillé pour l’écomusée de la Crau sur une belle création qui met en scène un passage de l’épisode mythique du 10e des 12 Travaux d’Hercule d’après Eschyle, dans lequel il est question d’un peuple connu en particulier pour ses pirates et brigands. Les artistes ont représenté dans une imagerie tirée de papiers découpés, des ombres chinoises et des figures des vases attiques grecs, cet épisode qui se passe dans une plaine, proche de la Camargue, constellée de galets ronds, qui donnent à l’endroit un aspect parfois surréaliste. Et notre dieu, casqué de sa peau du lion de Némée et armé de sa traditionnelle massue, de combattre la nation des Ligures, décrite par différents auteurs de l’Antiquité, dont bien sûr Strabon. Sans vous révéler l’intégralité de ce petit bijou visuel, à voir uniquement sur place au musée, il est bien sûr montré l’intervention de Zeus qui envoie des quantités de galets à Hercule dans une plaine désertique, afin qu’il jette tous ces projectiles sur des ennemis, rapidement mis en déroute. Explication que les géologues semblent mettre en doute… Autre surprise : au générique du dessin animé, une jeune anianaise récemment diplômée en technique du dessin animé, Sarah Guiderdoni, qui montre là son potentiel pour un futur prometteur.
Qu’est-ce qu’un pirate ?
Et même, qu’est-ce qu’un pillard ou un brigand lorsque l’on parle de l’Antiquité ou de certaines contrées au Moyen Age ? La notion est tout de même vraiment très floue. Si l’on considère les Grecs, Achéens et Mycéniens qui apparaissent dans “L’Odyssée” d’Homère, il est évident qu’ils peuvent être considérés comme tels. De retour de la guerre de Troie, le roi d’Ithaque, Ulysse, est véritablement vanté comme un “pilleur et saccageur de cités”.
En effet, tout au long de son odyssée de retour, il s’autorise des pauses consistant à faire les razzias nécessaires, même au détriment de créatures protégées par les dieux. Bon d’accord, toutes n’étant pas aussi faciles à combattre que les Cicones, si l’on en juge par sa mésaventure avec le cyclope Polyphème ou la déesse Circé. Le pillage de la principale cité cicone, la destruction de ses temples et le massacre de ses habitants sont d’ailleurs une raison du courroux de Poséidon, dieu des mers, qui ne va pas faciliter le retour d’Ulysse et ses comparses au pays !
Avec de nombreuses côtes de Méditerranée possédant criques et autres calanques, de la Turquie jusqu’à Marseille et dans certaines régions d’Afrique du Nord, la piraterie fut partout présente. Facile de s’y cacher et de se défendre après une rapine !
Et notre région ?
Certes, les Archives municipales et départementales, entre autres, possèdent des témoignages qui montrent, que d’Aigues-Mortes à Collioure, des attaques ont eu lieu, et des esclaves ont été pris, surtout aux temps barbaresques, en général dans l’espoir de quelques rançons. Mais, honnêtement, on s’en est plutôt bien sorti : monastères pas faciles à prendre, fond marin relativement peu profond, visibilité de très loin depuis la côte, et marécages quasi continus, compliquaient nettement les débarquements. Les ports de Narbonne, Sète et Agde surent, de plus, souvent trouver les alliances nécessaires pour être défendus par de grandes cités maritimes. Par contre, on en a vu passer du corsaire et du pirate au large, en très grand nombre !
Durant l’Antiquité : Ligures, Phéniciens, Tyrrhéniens (Etrusques), Grecs… qui se sont parfois arrêtés pour fonder l’origine de certaines de nos villes et continuèrent généralement vers l’Espagne. Dans l’autre sens au Moyen Age : Hérules, Vikings et leurs descendants normands, Sarrasins… Puis ce fut l’avènement des grands ports méditerranéens : ceux du royaume Al-Andalus de Grenade, de la couronne d’Aragon, Barcelone et sa région catalane, Marseille, Gênes, Pise… et sur l’Adriatique, Venise, sans compter le rayonnement de Rhodes et de Malte.
Ça “pirate” dur !
Euh, excusez du peu, de ce côté-ci on dit que ce sont les “gentils”. Donc il s’agit de “sécuriser”, “évangéliser”, “punir”… officiellement, principalement contre l’Islam et les Sarrasins. Dans la littérature musulmane, même discours : le Jihad se renforce de l’esprit de vengeance après la Reconquista qui vit l’expulsion des Arabes et des Juifs d’Espagne… Sauf qu’en vrai, c’est très loin d’être aussi clair !
L’histoire des coalitions des grandes cités commerçantes de Méditerranée est très loin d’être une opposition du nord contre le sud, et de deux voire trois religions entre elles. Il s’agit, derrière un habillage croyant promulgué par des seigneurs et des religieux de chaque empire à des fins d’enrichissement et de pouvoir, de s’autoriser par des guerres “pirates” des razzias sur “l’autre” en “tout bien, tout honneur”. Les textes sont nombreux à le prouver, une fois déshabillés des propagandes de l’époque. Ainsi, on découvre la cité de Marseille très gênée par la décision du roi de France d’aller détruire les comptoirs barbaresques… alors qu’elle entretient des relations de commerce, discrètes et privilégiées, avec eux. On voit les armées de Charles Quint et certains équipages anglais décrits comme des corsaires sans foi ni loi, débarquant dans des villes provençales et italiennes en pillant tout, en violant et en ne comptant même pas ce qu’ils emmènent ; alors qu’il est coutume de faire des inventaires, de négocier des rançons possibles à payer…
En regardant les choses sous cet angle, peut-être pourrait-on définir la piraterie comme étant une activité de vol, de viol et de destruction à des fins personnelles, consistant souvent à se donner bonne conscience, avec des arguments politiques, religieux… ? Ce qui s’applique évidemment à pas mal d’actions guerrières, aujourd’hui encore ! De même quand ont voit comment se sont bâties des thalassocraties méditerranéennes, surtout durant la Renaissance, on se demande si l’on n’est pas là aux véritables sources du monde philosophique capitaliste. « Chacun pour soi et Dieu(x) pour tous » !
Par Frédéric Feu

