Punk

Hey ! Punk rockers… de Noël !

Dans la lignée des cadeaux de Noël les plus improbables, je vous conseille fortement d’éviter le Christmas album Stocking Stuffer des légendaires Fleshtones et de préférer de peu Merry Christmas (I Don’t Want to Fight Tonight) des cultissimes Ramones.

Heureusement l’un comme l’autre ne sont même pas trouvables en France, même dans les bacs des plus underground revendeurs de “vinyls collectors”. La tradition des morceaux célébrant la nativité est beaucoup plus ancrée chez les Anglo-Saxons que chez nous. C’est donc les oreilles de Santa Claus qui souffrent. Oublions donc ce subterfuge utilisé pour pouvoir dire à mon directeur de rédaction que j’écris un article sur Noël, et passons à une approche plus directe : viva le rock ! 

Il y a quelque jours passaient à la Secret Place de Saint-Jean-de-Védas le groupe Fleshtones dont je ne peux parler à la radio (j’officie également à RPH pour l’émission Les découvreurs de l’impossible) car j’ai bien trop peur qu’un auditeur ose tenter un appel pour dire quoi que ce soit de négatif sur ce band pour lequel je n’ai ni recul ni impartialité : ce sont des génies ! Vous êtes prévenus, tout courrier de réclamation sera brûlé dès son arrivée !

Qui sont les Fleshtones ?

Un groupe de gamins de ces familles d’immigrés polonais qui pullulent dans le Queens de New-York. Ils se réunissent et, dès 1976, mélangent du rhythm and blues, de la surf music (etc.) en un rock ultra-énergique que l’on qualifie maintenant de “proto-punk”.

Pour comprendre ce mouvement il faut se souvenir des origines du punk, qui naît au milieu des années 1970 plus comme un état d’esprit que comme un mouvement artistique… A Londres en 1976 ce sont bien sûr les Sex Pistols avec Johnny Rotten et Sid Vicious qui, avec le relooking et les conseils de Malcom McLaren et Vivienne Westwood vont lancer une esthétique bien connue : celle des cheveux lissés à la bière, des myriades de boucles d’oreille et de trous dans les tee-shirts et les jeans. Pour parfaire le tout, une vulgarité assénée violemment comme une blague et son cortège d’irrévérences envers la Reine et l’univers. Mais c’est un peu court. Certes les Sex Pistols sont un vrai groupe, avec de vrais morceaux mais ils croisent déjà les Clash, The Jam et tant d’autres qui, sans être obligatoirement définis comme punks sont des groupes qui ont aussi un rock limpide, agressif, qui tranchent avec le reste de la culture baba-cool et de la pop music pour papa-maman.

Quoi qu’on en dise, les Anglais avaient été fortement impressionnés par les New York Dolls, Iggy Pop et ses Stooges et autres pré-punks américains.

Aux États-Unis en 1976 le mot “punk” existe d’ailleurs déjà. Il définit des groupes de rock qui hésitent entre baser leur musique sur les Beatles, sur les Rolling Stones ou sur les Beach Boys. Dans tous les cas c’est pour produire des morceaux eux aussi volcaniques, avec des orgues saturés. Très peu de solos. Le jean est roi et les coupes au bol tentées avec des cheveux de trente centimètres sont assez reconnaissables. Les Sonics, les Seeds… avaient précédé les Ramones de peu.

Eh ben, les Fleshtones, voyez-vous, c’est tout ça en même temps ! Et plus encore !

Comprenez des pré-punks, fans de surf et de Sixties, qui ont terminé leur acné dans les fêtes qui ont suivi la fin de la célèbre Factory – Warhol leur a donné plus tard un coup de pouce.

Les Fleshtones vont avoir l’immense privilège d’être programmé régulièrement au CBGB, un petit lieu ultra sommaire, quand même moins que la Cavern où jouaient auparavant les Beatles à Liverpool, mais qui devint la Mecque de mes groupes préférés : c’est là qu’ont éclaté les Ramones, Blondie, Television… On y programmait souvent Patti Smith, Johnny Thunders, The Cramps, les Runaways de Joan Jett (vous savez : “I Love Rock ‘n’ Roll !” qu’on écoute autant dans les anniversaires et autres “pacsages” des quinquas et plus que “Quelque chose en toi” de Téléphone ou “Hells Bells” d’AC/DC.  C’est là, au CBGB que les Fleshtones ont rencontré Allan Vega l’ultra créatif leader de Suicide qui leur proposa de les aider pour l’enregistrement de leur premier disque.

Le concert de la Secret Place présente un avantage : c’était les Fleshtones, tout simplement. Un bon paquet de morceaux alignés par quatre membres qui tous étaient là déjà en 1976, qui tous n’ont visiblement pas besoin de déambulateur pour non seulement jouer sur scène mais encore dans la salle au milieu du public dans à peu près n’importe quelle condition.

Il y eut pourtant un moment hors norme que l’on n’est pas peu fiers d’avoir involontairement provoqué en posant des questions (mon fils Harrison et moi-même) : c’est leur guitar-hero Keith Streng qui y a répondu… ou pas répondu… je m’explique. Perso, je leur ai mis une liste sous le nez qui était l’énumération des groupes américains qu’ils citent comme des références dans leur tube “American Beat”. C’était en 1984, un mélange hétéroclite allant de Buddy Holly à James Brown, de Donna Summer aux Plimsouls, autant dire qu’ils propulsaient au pinacle les pères fondateurs du rock et de la soul sur le même plan que des potes du moment qui avaient quasiment le même âge. Et j’ai demandé à Keith de me mettre à jour cette liste qui avait du plomb dans l’aile. Première fin de non-recevoir sur fond de blague : en fait, le groupe lisait tellement à fond la liste de l’époque qu’ils n’arrivaient plus à se concentrer pour faire une réponse. Ils se sont juste exclamés : Wow !! on avait oublié les Ramones !

Autre question, c’est Harrison qui les titille sur tous les nouveaux groupes importants : c’est-à-dire largement diffusés dans les milieux rocks des nouvelles générations et qui relèvent de ce mouvement “garage” (les Hives, pour les plus vieux, se revendiquent clairement des Fleshtones) et des artistes comme Ty Segall n’ont pas pu ne pas les entendre. Et ben là, carrément, trou noir ! Fi des hommages, ils ne voient même pas de qui il s’agit (ah ! ah !).

Cependant, en plein milieu du concert, on se mit à entendre une liste d’artistes américains totalement renouvelée, visiblement scandée à notre attention, suivie directement par un morceau en hommage aux Ramones !! Et là, clairement, pour nous, c’était Noël !!! Faisant partie de ces artistes américains qui depuis longtemps ont un public fidèle en France, les Fleshtones sont relativement faciles à voir au moins une fois. La Secret Place semble avoir fait une OPA sur leur présence dans le coin et c’est très bien. De grands groupes dans des lieux intimes, ça déchire toujours…

Nous commençons certes cette nouvelle rubrique avec du rock très appuyé et pas tout jeune mais, une fois n’est pas coutume, Harrison assurera les rencontres avec la création en marche et moi je serai plus souvent sur les rétrospectives, question de génération.

Par Harrison et Frédéric Feu