Livres

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L’affaire Isobel Vine

De Tony Cavanaugh (Australie)

Quatre ans après avoir quitté la police de Melbourne, Darian Richards s’apprête à réintégrer les rangs de la Criminelle. Quel enquêteur ne rêverait-il pas de résoudre la célèbre affaire Isobel Vine ? Une affaire d’autant plus délicate que quatre jeunes flics participaient à la soirée fatale. Vingt-cinq ans après cette mort suspecte, Richards est bien décidé à faire triompher la vérité. 

Un flic direct, qui pense intelligemment et ne s’embarrasse pas de fioritures. Une jeune «  fliquette  » au franc parler aux allures de Vic (les fans de Walt Longmire de Craig Johnson, comprendront). Un duo décapant donc, qui va devoir démêler une sombre histoire de meurtre qui s’est déroulé 25 ans plus tôt. Beaucoup de suspects, beaucoup de pourris, une pauvre fille innocente et naïve… abus de pouvoir, corruption, argents sales, drogues… L’Australie n’est pas épargnée avec une Melbourne souillée par la lie de l’humanité. Une conclusion attendue mais néanmoins excellente et efficace. Bref, une belle découverte, un auteur à suivre assurément.

Par Isabelle Pahl

Enterrez vos morts

De Louise Penny (Canada)

L’inspecteur-chef Armand Gamache s’est mis au vert quelques jours à Vieux-Québec. C’est alors qu’on découvre, dans les caves de la Literary and Historical Society, le corps sans vie d’un archéologue amateur qui avait consacré son existence à une quête obsessive : retrouver la sépulture de Samuel de Champlain, le fondateur du Québec…
Coup de cœur pour cet opus ! On était resté sur notre fin dans l’histoire précédente, on est comblé avec celle-ci. Deux histoires en une, d’un côté Gamache au Québec (notre Hercule Poirot canadien) qui retrouve un vieil ami et dans l’autre l’inspecteur Beauvoir qui retourne à Three Pines pour réouvrir le dossier Olivier Brûlé. Dans la première, on voyage dans le passé avec les premiers colons et le célèbre Samuel Champlain. Les guerres intestines entre les francophones et les « anglos », les séparatistes, les rencontres de Gamache avec les employés d’une bibliothèque anglaise et bien sûr son enquête sur un meurtre…. Passionnant. Dans l’autre, on suit Beauvoir qui à la demande de son chef va tout faire pour innocenter Olivier qui purge sa peine de prison depuis des mois. Mais si ce n’est pas lui le coupable ? Qui cela peut-il bien être ? On replonge avec délice dans les interrogatoires et les jubilations oratoires. Tout aussi passionnant. Pour couronner le tout, on apprend peu à peu le drame que vient de vivre Gamache et Beauvoir, une prise d’otage qui a mal tourné et qui a failli avoir des répercussions catastrophiques. Louise Penny parvient à nous attraper avec brio. Intelligence, émotion, finesse, suspens sont les mots qui priment jusqu’aux dénouements remarquables. À lire absolument.

Par Isabelle Pahl

Celle qui a tous les dons

De M. R. Carey (Angleterre)

Chaque matin, Melanie attend dans sa cellule qu’on l’emmène en cours. Quand on vient la chercher, le sergent Parks garde son arme braquée sur elle pendant que deux gardes la sanglent sur le fauteuil roulant. Elle dit en plaisantant qu’elle ne les mordra pas. Mais ça ne les fait pas rire.

Si vous aimez les films ou les séries d’actions post-apocalyptiques, ce livre est fait pour vous ! (Le roman a d’ailleurs déjà été adapté au cinéma en 2016 sous le titre The Last Girl). On accroche dès le début et on ne s’arrête plus. Froid, implacable, réaliste et à la fois touchant. On n’est pas près d’oublier le personnage de Melanie, enfant naïve et sauvage qui au fil des pages devient extrêmement intelligente et clairvoyante. Difficile d’en dire plus sans révéler l’intrigue… Foncez !

Par Isabelle Pahl

Soies

De Pascale Dehoux, Vincent Hoarau et Christian Cosberg

5-7-5 n’est pas le score d’un étrange match à trois équipes de football mais bien la découpe traditionnelle du poème libre et court japonais, popularisé aux environs du XVIIe siècle et nommé haïku. Mais la codification de cet art est telle qu’on pourrait passer des pages à tenter d’en exposer les innombrables subtilités. Toujours est-il que, passionnés depuis des années par cette forme particulière de texte, les trois auteurs – mais on aurait pu aussi mentionner la talentueuse illustratrice Catherine Scotto sur la couverture – se sont réunis pour livrer, qui plus est sur un papier fort agréable au toucher, de courtes et douces fulgurances érotiques que certaines suggestives aquarelles rendent tout à coup plus explicites pour ceux qui veulent toujours qu’on leur fasse un dessin. Pour les amateurs de poésie coquine à la forme exotique et légère comme un « courant d’air juste pour appeler la poule sur [la] chair », Soies est un bel objet qui mérite une lecture, voire un achat si pendant ces vacances les économies n’ont pas fondu comme chocolat au soleil.
Pour aller encore plus loin, plusieurs sites spécialisés et entre autres animés par les auteurs sont à consulter : point-critique. com ou encore unhaikuparjour.com en tête.

Par Guillaume Dumazer 

La Peste soit des mangeurs de viande

De Frédéric Paulin

Le capitaine de police Luchaire est retrouvé proprement égorgé dans un abattoir breton. Le commandant Barzac, vieux renard de l’IGPN (ou police des polices), est sur le coup mais ne tarde pas à saisir la complexité du dossier malgré une vie personnelle pour le moins chamboulée. Si tous les soupçons se portent un temps sur un groupe violent de jeunes défenseurs de la cause animale, des évènements successifs impliquent petit à petit des sphères bien moins passionnées par la vie que par l’argent, éternel maître du monde le doigt bien placé sur le bouton rouge. Un roman avec un tel titre et qui plus est introduit par les SMITHS (remember : Meat is murder) ne peut pas prendre par surprise. Frédéric Paulin y rappelle la condition des animaux de viande au sein d’une société sans cesse en quête de plus de productivité déshumanisée, aborde son récit-prisme-coup-de-poing facette après facette afin de délivrer – non sans messages sous-jacents au passage – le dénouement tant attendu. Un récit fort sombre et haletant à la forme agréable et dont l’auteur nous conforte sans cesse dans l’idée qu’on tient là une sacrée bonne plume. [interview vidéo recueillie au FIRN 2018 à découvrir sur nawakulture.fr pour les curieux qui veulent en savoir plus].

Par Guillaume Dumazer 

Satanas de Mario Mendoza

A priori, vu la panade dans laquelle elle vivote depuis toujours, on ne sait pas trop pourquoi la belle María devrait refuser les propositions de Pablo quand il lui soumet un plan diabolique : entraîner des hommes à prendre de la scopolamine dans le but de leur soutirer du pognon une fois qu’ils seront dans les vapes ; elle s’exécutera malgré le danger. Andrés le peintre de son côté semble posséder un don de médium, avec son pinceau il “voit” les maux desquels mourront ses modèles. La confession d’un homme effraie grandement un prêtre (dont le célibat est décidément un problème à régler) : il devine une aura maléfique chez lui : bien vu, il finit par massacrer sa famille après en avoir avoué le projet ; bientôt c’est une possédée qui se tient sur sa route, puis un tueur en puissance… c’est vrai, beaucoup de souffrances lient ces trois personnages mais pas que ça… La Bête tapie dans l’ombre guette aussi… Mendoza livre ici un excellent récit, certes parfois glaçant, mais fourmillant de clins d’œil au cinéma, de beaucoup de références à la peinture et aussi à la musique, la playlist de l’auteur est d’ailleurs à découvrir à la fin du volume comme d’habitude chez Asphalte. Et dire que l’histoire de Satanas émane d’évènements réels… Kent Anderson filmé par Cimino et Friedkin dans des décors du Caravage. Paf.

Par Guillaume Dumazer

Mes fabuleuses histoires

« Chéri, est-ce que tu as chargé toutes les valises dans la voiture ? Es-tu sûr d’avoir embarqué chaussures de rechange, chapeaux, crème à bronzer, enfants ? ». Enfants ?! Mon Dieu mais cette espèce gesticulante équivaut à un petit animal à occuper en permanence, en particulier le soir où la fébrilité est de mise quand pendant les vacances on n’a pas à se lever le matin ! Et donc une petite histoire avant d’aller au lit, voire deux, est toujours une solution pour endormir la méfiance têtue de nos chères petites têtes de la couleur de cheveux que vous voulez. Mes fabuleuses histoires vous permettront de vivre cinquante soirs tranquilles puisque le même nombre d’histoires se trouve à l’intérieur ! On aura bien sûr droit aux classiques de l’ancien temps (par exemple Peter Pan, Peau d’âne, Jacques et le haricot magique, Le Vilain petit canard ou encore Le Corbeau et le Renard) mais aussi des choses moins connues – enfin en tout cas d’un adulte lisant plutôt des choses assez sérieuses – comme Le Crocodile a mal aux dents, Le Dragon est enrhumé, La Princesse au petit pois ou Le Chapeau de tante Glenda. Les éditeurs ont pensé à tout puisqu’ils ont chargé de nombreux illustrateurs de donner à voir des images pleines de couleurs si les enfants avaient du mal à se les faire tout seuls. Un compagnon de voyage fort utile qu’on vous dit !

Par Guillaume Dumazer

Le Loup qui apprivoisait ses émotions

De Orianne Lallemand et Éléonore Thuillier

On ne vous cachera pas qu’on a toujours craqué sur ce petit personnage de Loup qui, derrière ses atours rigolos, réserve toujours au petit lecteur des histoires avec en filigrane des petites morales à mémoriser contrairement à celles de bouquins un petit peu trop à l’ancienne qui sonnent totalement cucul par rapport à cette petite révolution à grand pif. Vous aurez compris dès lecture du titre que le sujet abordé est la maîtrise de ses émotions que Loup va tenter de mettre en pratique quand il s’apercevra que ses amis n’arrivent plus à le suivre quand il change d’humeur toutes les trois minutes. Maître Hibou et tous les membres de la bande de Loup vont le soumettre à l’entraînement Zen : le yoga, le sport, la cuisine, le bricolage le mettront sur la piste d’une nouvelle façon de voir et gérer les choses qu’il vit. Les dessins sont définitivement agréables, les textes pas neuneus comme d’innombrables machines à fabriquer les andouilles qui squattent les rayons jeunesse des librairies. On recommande, car on connaît personnellement l’effet des aventures de ces personnages sur la gent de petite taille pour en avoir fait l’expérience à la maison. Essayer c’est l’adopter, et, à prix abordable, il n’y a aucune raison de ne pas se laisser tenter d’autant qu’il va falloir occuper les “nenfants” quand la canicule déboulera d’ici quelques semaines. Lire délivre !
Par Guillaume Dumazer

La Liberté de ma mère – Mai 68 au Pays Basque –

De Jean-Michel Aphatie

On n’attendait pas Jean-Michel Aphatie comme ça, dans un petit volume presque rikiki, autoproduit qui plus est. Bien que beaucoup détestent la fausse bonhomie du journaliste et son omniprésence sur les plateaux TV / radio, y a pas, ici on aime bien son accent qui chante et ses regards parfois pas loin du sarcasme taquin. Alors que chacun déballe ses actions d’éclat d’un mai 68 parfois plus ou moins grossi par la loupe d’un simili-Alzheimer complice, Aphatie nous raconte le sien sans éditeur ni affiche (“dans la Simca milleeuh” si nous osions) avec Catherine et Jean-Pierre, ses parents, qui vivent et se marient en plein Pays Basque. À la fois histoire familiale ET autobiographie, ce bouquin détaille les petites révolutions du quotidien, salle de bain et télévision, puis la pilule ! venant s’installer durablement dans les baraques, livre une carte postale attachante d’une époque sans les messages habituels qui vont avec. Cette famille à l’histoire sans histoires ne révolutionnera pas la “révolution” encensée / conspuée selon les bords mais ajoutera une facette sympathique à l’ensemble d’un prisme qu’on ne finit plus de scruter avec des yeux de plus en plus brouillés par un présent toujours plus stroboscopique. L’histoire d’une femme forte et libre, et au volant en 66 malgré les proverbes idiots !

Par Guillaume Dumazer

Banzaï IX

Non, le crescendo ne semble pas vouloir cesser chez les montpelliérains de Banzaï, ce numéro va laisser tout le monde sur son mou séant. La Bête d’un kilo et demi a chaussé les gants pour en mettre plein les yeux, impossible de revenir sur un sommaire qui convoque une centaine d’artistes dont certains vivent à la canopée de l’art graphique (le bienheureux qui a partagé ses pages avec celles des immenses Cromwell et Riff Reb’s peut désormais mourir tranquille). Les écrits restent (nouvelles, théâtre, brèves and Co.), ainsi que les idées complètement démentes de Val et sa bande. Prenez une bouffée d’air et répétez : Phénakistiscope… Quoi t-es-ce ? Dans le “livret” joint au mastodonte principal, des formes prédécoupées. Dans le blister général un crayon – au slogan si juste – une punaise et une page d’autocollant. L’assemblage de ces trois éléments donnera lieu à la créature que vous êtes la possibilité de rêver debout devant tant d’ingéniosité, roulez jeunesse et animez-vous, êtres de papier ! Vous aurez compris, en tout cas on l’espère, que passer à côté de cette formidable chose serait une erreur terrible. Certes réservée à un public averti car ici foin de censure, ça change un peu du climat, Banzaï IX est soumis à un tirage limité, une version collector numérotée est même en circulation, grouillez !
https://www.banzai-la-revue.com/

Par Guillaume Dumazer