Livres

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La Légende

De Santiago de Boris Quercia

« Quelle horreur, la culpabilité. C’est comme si dans ta tête, il y avait un autre type, meilleur que toi, qui te jette à la figure toutes les saloperies que tu as faites. Et tu traînes des pieds pendant que l’autre type te bouffe la tête. De quoi devenir taré ». Pas de quoi être très heureux pour Santiago Quiñones, comme si ça ne suffisait pas de se coltiner une sale réputation dans les rangs de la police et de perdre petit à petit sa femme dont il a du mal à se passer ; il décide d’aider son beau-père à mourir contre son gré pour apprendre ensuite, contre toute attente, que sa vieille mère l’adorait… Du coup il s’abandonne volontiers à la drogue que le boulot met sur son chemin, quitte à friser l’état de junkie mais tout dégénère soudain quand un groupuscule présumé d’extrême droite commence à tuer des immigrés, Santiago part en croisade dans une sorte de quête pour la rédemption… Boris Quercia a écrit là un excellent roman écrit à la première personne, très sombre et au vocabulaire vif et juste, qui fait suite à un autre publié aussi chez Asphalte où figurait déjà le sieur Quiñones (Les Rues de Santiago). Pour finir sur une question : non mais c’est quoi cet exergue au-dessus du titre ? C’est fort moche en tout cas même si ça épargne l’impression d’un énième et inutile bandeau…

Par Guillaume Dumazer

Mario Bava – Un désir d’ambiguïté

De Alberto Pezzotta

Une préface spécifique à cette édition française remet les pendules à l’heure : pas si artisanal ni rémunérateur que ça comparé à d’autres, le cinéma de Bava n’aura jamais l’importance que d’aucuns lui confèrent aujourd’hui. Ceci dit, on aborde ici le cas d’un bonhomme qui, si on a bâti autour une mythologie  invraisemblable, est un type immensément attachant.
« J’ai grandi langé dans la pellicule » raconte l’homme qui suit son père vétéran du cinéma depuis le tout début du XXe siècle et gravit, sans frayer avec les grands du milieu, les échelons jusqu’au poste convoité de directeur de la photographie où il excelle déjà à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tout change cependant quand après plusieurs projets où il n’est pas crédité, Bava réalise, dans le sillage du Dracula de la Hammer, le référentiel Masque du démon. Celui-ci sera suivi par de nombreuses collaborations / co-réalisations sur lesquelles l’auteur met les points sur les I tant les spéculations vont toujours bon train, il détaille aussi bien sûr les films signés du seul Bava au sommet desquels trônent de purs joyaux tels que La Fille qui en savait trop, Six femmes pour l’assassin ou La Planète des vampires.
Une très bonne biographie critique et prolongée par une filmographie détaillée et des annexes enthousiasmantes.

Par Guillaume Dumazer

Distorsion Dictature

On vous a déjà parlé de la revue Distorsion, celle-ci s’attache à chaque numéro à choisir un thème général, dans ce “petit” dernier, c’est celui de la dictature qui est dans la place, ô combien d’actualité dans un monde toujours plus sanglé dans l’uniforme ! Toujours au même chouette format, avec une superbe mise en page, des couleurs flashy qui rayent les zœils comme il se doit, pas de risque de s’endormir à cette lecture au sommaire hyper chargé en tarés de tous bords : le cinéma sous le joug de Marcos aux Philippines, Le Petit Führer français Jacques Doriot (excellent documentaire à voir, vive Arte, pour toujours !), un article au sujet du black metal national-socialiste (voilà ce qu’on appelle un paradoxe absolu !), l’esthétisme nazi au Japon, les lézards fascistes de science-fiction, les détournements cinématographiques d’Hitler, vous voyez le genre ? Tout ça écrit avec la dose de vitriol obligatoire, des connaissances poussées en cinoche, bande dessinée e tutti quanti (ah oui, tiens, on a aussi Mussolini et Cinecitta !) et illustré de main de maîtres absolus dans l’art du foutraque. On a beau faire tous les efforts du monde pour détester les revues culturelles, non, y a pas, on accroche toujours autant avec “Distorcheun” ! L’essayer c’est l’adopter ?!

Par Guillaume Dumazer

La Révélation mystique du Pendragon – 40 ans de sauvagerie rock’n’roll !

Que pouvait-il résulter d’un sang breton exposé au violent soleil du midi ?! Un bouillonnement bien sûr, qui sera à l’origine d’une des voix les plus emblématiques de la scène punk rock, alternative, appelez-la donc comme vous voulez, il y a maintenant quatre décennies. Jean-Michel Poisson dit Spi, chanteur des légendaires OTH mais aussi des Naufragés, Spi & La Gaudriole ou encore Salut Les Anges, revient sur son parcours d’une enfance où il se découvre rapidement une aversion pour l’hypocrisie et le conditionnement : « Je vais au hasard et le hasard me va ». On ne peut pas dire mieux quand, après avoir pris la route pendant longtemps, on s’aperçoit que ce que l’on cherchait, pour rien de moins que changer le monde, était à l’endroit d’où on était parti… Et il y avait un public pour le projet bientôt nommé OTH, celui-ci peuplera les soirées au “local” jusqu’à ses concerts fracassants partout ailleurs. Au programme un langage sensitif et sans prise de tête, plus fluide que les autobiographies factices que nous recevons parfois signées d’un autre nom que celui écrit en couv’. En bonus quelques photos en noir et blanc, une préface, un avertissement inutile de l’éditeur (doit-on encore rappeler que les rockeurs se distinguent souvent du reste de la masse par l’ouverture d’esprit ?), interviews…
Par Guillaume Dumazer

L’affaire Isobel Vine

De Tony Cavanaugh (Australie)

Quatre ans après avoir quitté la police de Melbourne, Darian Richards s’apprête à réintégrer les rangs de la Criminelle. Quel enquêteur ne rêverait-il pas de résoudre la célèbre affaire Isobel Vine ? Une affaire d’autant plus délicate que quatre jeunes flics participaient à la soirée fatale. Vingt-cinq ans après cette mort suspecte, Richards est bien décidé à faire triompher la vérité. 

Un flic direct, qui pense intelligemment et ne s’embarrasse pas de fioritures. Une jeune «  fliquette  » au franc parler aux allures de Vic (les fans de Walt Longmire de Craig Johnson, comprendront). Un duo décapant donc, qui va devoir démêler une sombre histoire de meurtre qui s’est déroulé 25 ans plus tôt. Beaucoup de suspects, beaucoup de pourris, une pauvre fille innocente et naïve… abus de pouvoir, corruption, argents sales, drogues… L’Australie n’est pas épargnée avec une Melbourne souillée par la lie de l’humanité. Une conclusion attendue mais néanmoins excellente et efficace. Bref, une belle découverte, un auteur à suivre assurément.

Par Isabelle Pahl

Enterrez vos morts

De Louise Penny (Canada)

L’inspecteur-chef Armand Gamache s’est mis au vert quelques jours à Vieux-Québec. C’est alors qu’on découvre, dans les caves de la Literary and Historical Society, le corps sans vie d’un archéologue amateur qui avait consacré son existence à une quête obsessive : retrouver la sépulture de Samuel de Champlain, le fondateur du Québec…
Coup de cœur pour cet opus ! On était resté sur notre fin dans l’histoire précédente, on est comblé avec celle-ci. Deux histoires en une, d’un côté Gamache au Québec (notre Hercule Poirot canadien) qui retrouve un vieil ami et dans l’autre l’inspecteur Beauvoir qui retourne à Three Pines pour réouvrir le dossier Olivier Brûlé. Dans la première, on voyage dans le passé avec les premiers colons et le célèbre Samuel Champlain. Les guerres intestines entre les francophones et les « anglos », les séparatistes, les rencontres de Gamache avec les employés d’une bibliothèque anglaise et bien sûr son enquête sur un meurtre…. Passionnant. Dans l’autre, on suit Beauvoir qui à la demande de son chef va tout faire pour innocenter Olivier qui purge sa peine de prison depuis des mois. Mais si ce n’est pas lui le coupable ? Qui cela peut-il bien être ? On replonge avec délice dans les interrogatoires et les jubilations oratoires. Tout aussi passionnant. Pour couronner le tout, on apprend peu à peu le drame que vient de vivre Gamache et Beauvoir, une prise d’otage qui a mal tourné et qui a failli avoir des répercussions catastrophiques. Louise Penny parvient à nous attraper avec brio. Intelligence, émotion, finesse, suspens sont les mots qui priment jusqu’aux dénouements remarquables. À lire absolument.

Par Isabelle Pahl

Celle qui a tous les dons

De M. R. Carey (Angleterre)

Chaque matin, Melanie attend dans sa cellule qu’on l’emmène en cours. Quand on vient la chercher, le sergent Parks garde son arme braquée sur elle pendant que deux gardes la sanglent sur le fauteuil roulant. Elle dit en plaisantant qu’elle ne les mordra pas. Mais ça ne les fait pas rire.

Si vous aimez les films ou les séries d’actions post-apocalyptiques, ce livre est fait pour vous ! (Le roman a d’ailleurs déjà été adapté au cinéma en 2016 sous le titre The Last Girl). On accroche dès le début et on ne s’arrête plus. Froid, implacable, réaliste et à la fois touchant. On n’est pas près d’oublier le personnage de Melanie, enfant naïve et sauvage qui au fil des pages devient extrêmement intelligente et clairvoyante. Difficile d’en dire plus sans révéler l’intrigue… Foncez !

Par Isabelle Pahl

Soies

De Pascale Dehoux, Vincent Hoarau et Christian Cosberg

5-7-5 n’est pas le score d’un étrange match à trois équipes de football mais bien la découpe traditionnelle du poème libre et court japonais, popularisé aux environs du XVIIe siècle et nommé haïku. Mais la codification de cet art est telle qu’on pourrait passer des pages à tenter d’en exposer les innombrables subtilités. Toujours est-il que, passionnés depuis des années par cette forme particulière de texte, les trois auteurs – mais on aurait pu aussi mentionner la talentueuse illustratrice Catherine Scotto sur la couverture – se sont réunis pour livrer, qui plus est sur un papier fort agréable au toucher, de courtes et douces fulgurances érotiques que certaines suggestives aquarelles rendent tout à coup plus explicites pour ceux qui veulent toujours qu’on leur fasse un dessin. Pour les amateurs de poésie coquine à la forme exotique et légère comme un « courant d’air juste pour appeler la poule sur [la] chair », Soies est un bel objet qui mérite une lecture, voire un achat si pendant ces vacances les économies n’ont pas fondu comme chocolat au soleil.
Pour aller encore plus loin, plusieurs sites spécialisés et entre autres animés par les auteurs sont à consulter : point-critique. com ou encore unhaikuparjour.com en tête.

Par Guillaume Dumazer 

La Peste soit des mangeurs de viande

De Frédéric Paulin

Le capitaine de police Luchaire est retrouvé proprement égorgé dans un abattoir breton. Le commandant Barzac, vieux renard de l’IGPN (ou police des polices), est sur le coup mais ne tarde pas à saisir la complexité du dossier malgré une vie personnelle pour le moins chamboulée. Si tous les soupçons se portent un temps sur un groupe violent de jeunes défenseurs de la cause animale, des évènements successifs impliquent petit à petit des sphères bien moins passionnées par la vie que par l’argent, éternel maître du monde le doigt bien placé sur le bouton rouge. Un roman avec un tel titre et qui plus est introduit par les SMITHS (remember : Meat is murder) ne peut pas prendre par surprise. Frédéric Paulin y rappelle la condition des animaux de viande au sein d’une société sans cesse en quête de plus de productivité déshumanisée, aborde son récit-prisme-coup-de-poing facette après facette afin de délivrer – non sans messages sous-jacents au passage – le dénouement tant attendu. Un récit fort sombre et haletant à la forme agréable et dont l’auteur nous conforte sans cesse dans l’idée qu’on tient là une sacrée bonne plume. [interview vidéo recueillie au FIRN 2018 à découvrir sur nawakulture.fr pour les curieux qui veulent en savoir plus].

Par Guillaume Dumazer 

Satanas de Mario Mendoza

A priori, vu la panade dans laquelle elle vivote depuis toujours, on ne sait pas trop pourquoi la belle María devrait refuser les propositions de Pablo quand il lui soumet un plan diabolique : entraîner des hommes à prendre de la scopolamine dans le but de leur soutirer du pognon une fois qu’ils seront dans les vapes ; elle s’exécutera malgré le danger. Andrés le peintre de son côté semble posséder un don de médium, avec son pinceau il “voit” les maux desquels mourront ses modèles. La confession d’un homme effraie grandement un prêtre (dont le célibat est décidément un problème à régler) : il devine une aura maléfique chez lui : bien vu, il finit par massacrer sa famille après en avoir avoué le projet ; bientôt c’est une possédée qui se tient sur sa route, puis un tueur en puissance… c’est vrai, beaucoup de souffrances lient ces trois personnages mais pas que ça… La Bête tapie dans l’ombre guette aussi… Mendoza livre ici un excellent récit, certes parfois glaçant, mais fourmillant de clins d’œil au cinéma, de beaucoup de références à la peinture et aussi à la musique, la playlist de l’auteur est d’ailleurs à découvrir à la fin du volume comme d’habitude chez Asphalte. Et dire que l’histoire de Satanas émane d’évènements réels… Kent Anderson filmé par Cimino et Friedkin dans des décors du Caravage. Paf.

Par Guillaume Dumazer

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