Livres

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Satanas de Mario Mendoza

A priori, vu la panade dans laquelle elle vivote depuis toujours, on ne sait pas trop pourquoi la belle María devrait refuser les propositions de Pablo quand il lui soumet un plan diabolique : entraîner des hommes à prendre de la scopolamine dans le but de leur soutirer du pognon une fois qu’ils seront dans les vapes ; elle s’exécutera malgré le danger. Andrés le peintre de son côté semble posséder un don de médium, avec son pinceau il “voit” les maux desquels mourront ses modèles. La confession d’un homme effraie grandement un prêtre (dont le célibat est décidément un problème à régler) : il devine une aura maléfique chez lui : bien vu, il finit par massacrer sa famille après en avoir avoué le projet ; bientôt c’est une possédée qui se tient sur sa route, puis un tueur en puissance… c’est vrai, beaucoup de souffrances lient ces trois personnages mais pas que ça… La Bête tapie dans l’ombre guette aussi… Mendoza livre ici un excellent récit, certes parfois glaçant, mais fourmillant de clins d’œil au cinéma, de beaucoup de références à la peinture et aussi à la musique, la playlist de l’auteur est d’ailleurs à découvrir à la fin du volume comme d’habitude chez Asphalte. Et dire que l’histoire de Satanas émane d’évènements réels… Kent Anderson filmé par Cimino et Friedkin dans des décors du Caravage. Paf.

Par Guillaume Dumazer

Mes fabuleuses histoires

« Chéri, est-ce que tu as chargé toutes les valises dans la voiture ? Es-tu sûr d’avoir embarqué chaussures de rechange, chapeaux, crème à bronzer, enfants ? ». Enfants ?! Mon Dieu mais cette espèce gesticulante équivaut à un petit animal à occuper en permanence, en particulier le soir où la fébrilité est de mise quand pendant les vacances on n’a pas à se lever le matin ! Et donc une petite histoire avant d’aller au lit, voire deux, est toujours une solution pour endormir la méfiance têtue de nos chères petites têtes de la couleur de cheveux que vous voulez. Mes fabuleuses histoires vous permettront de vivre cinquante soirs tranquilles puisque le même nombre d’histoires se trouve à l’intérieur ! On aura bien sûr droit aux classiques de l’ancien temps (par exemple Peter Pan, Peau d’âne, Jacques et le haricot magique, Le Vilain petit canard ou encore Le Corbeau et le Renard) mais aussi des choses moins connues – enfin en tout cas d’un adulte lisant plutôt des choses assez sérieuses – comme Le Crocodile a mal aux dents, Le Dragon est enrhumé, La Princesse au petit pois ou Le Chapeau de tante Glenda. Les éditeurs ont pensé à tout puisqu’ils ont chargé de nombreux illustrateurs de donner à voir des images pleines de couleurs si les enfants avaient du mal à se les faire tout seuls. Un compagnon de voyage fort utile qu’on vous dit !

Par Guillaume Dumazer

Le Loup qui apprivoisait ses émotions

De Orianne Lallemand et Éléonore Thuillier

On ne vous cachera pas qu’on a toujours craqué sur ce petit personnage de Loup qui, derrière ses atours rigolos, réserve toujours au petit lecteur des histoires avec en filigrane des petites morales à mémoriser contrairement à celles de bouquins un petit peu trop à l’ancienne qui sonnent totalement cucul par rapport à cette petite révolution à grand pif. Vous aurez compris dès lecture du titre que le sujet abordé est la maîtrise de ses émotions que Loup va tenter de mettre en pratique quand il s’apercevra que ses amis n’arrivent plus à le suivre quand il change d’humeur toutes les trois minutes. Maître Hibou et tous les membres de la bande de Loup vont le soumettre à l’entraînement Zen : le yoga, le sport, la cuisine, le bricolage le mettront sur la piste d’une nouvelle façon de voir et gérer les choses qu’il vit. Les dessins sont définitivement agréables, les textes pas neuneus comme d’innombrables machines à fabriquer les andouilles qui squattent les rayons jeunesse des librairies. On recommande, car on connaît personnellement l’effet des aventures de ces personnages sur la gent de petite taille pour en avoir fait l’expérience à la maison. Essayer c’est l’adopter, et, à prix abordable, il n’y a aucune raison de ne pas se laisser tenter d’autant qu’il va falloir occuper les “nenfants” quand la canicule déboulera d’ici quelques semaines. Lire délivre !
Par Guillaume Dumazer

La Liberté de ma mère – Mai 68 au Pays Basque –

De Jean-Michel Aphatie

On n’attendait pas Jean-Michel Aphatie comme ça, dans un petit volume presque rikiki, autoproduit qui plus est. Bien que beaucoup détestent la fausse bonhomie du journaliste et son omniprésence sur les plateaux TV / radio, y a pas, ici on aime bien son accent qui chante et ses regards parfois pas loin du sarcasme taquin. Alors que chacun déballe ses actions d’éclat d’un mai 68 parfois plus ou moins grossi par la loupe d’un simili-Alzheimer complice, Aphatie nous raconte le sien sans éditeur ni affiche (“dans la Simca milleeuh” si nous osions) avec Catherine et Jean-Pierre, ses parents, qui vivent et se marient en plein Pays Basque. À la fois histoire familiale ET autobiographie, ce bouquin détaille les petites révolutions du quotidien, salle de bain et télévision, puis la pilule ! venant s’installer durablement dans les baraques, livre une carte postale attachante d’une époque sans les messages habituels qui vont avec. Cette famille à l’histoire sans histoires ne révolutionnera pas la “révolution” encensée / conspuée selon les bords mais ajoutera une facette sympathique à l’ensemble d’un prisme qu’on ne finit plus de scruter avec des yeux de plus en plus brouillés par un présent toujours plus stroboscopique. L’histoire d’une femme forte et libre, et au volant en 66 malgré les proverbes idiots !

Par Guillaume Dumazer

Banzaï IX

Non, le crescendo ne semble pas vouloir cesser chez les montpelliérains de Banzaï, ce numéro va laisser tout le monde sur son mou séant. La Bête d’un kilo et demi a chaussé les gants pour en mettre plein les yeux, impossible de revenir sur un sommaire qui convoque une centaine d’artistes dont certains vivent à la canopée de l’art graphique (le bienheureux qui a partagé ses pages avec celles des immenses Cromwell et Riff Reb’s peut désormais mourir tranquille). Les écrits restent (nouvelles, théâtre, brèves and Co.), ainsi que les idées complètement démentes de Val et sa bande. Prenez une bouffée d’air et répétez : Phénakistiscope… Quoi t-es-ce ? Dans le “livret” joint au mastodonte principal, des formes prédécoupées. Dans le blister général un crayon – au slogan si juste – une punaise et une page d’autocollant. L’assemblage de ces trois éléments donnera lieu à la créature que vous êtes la possibilité de rêver debout devant tant d’ingéniosité, roulez jeunesse et animez-vous, êtres de papier ! Vous aurez compris, en tout cas on l’espère, que passer à côté de cette formidable chose serait une erreur terrible. Certes réservée à un public averti car ici foin de censure, ça change un peu du climat, Banzaï IX est soumis à un tirage limité, une version collector numérotée est même en circulation, grouillez !
https://www.banzai-la-revue.com/

Par Guillaume Dumazer

L’Ordre du jour de Éric Vuillard

« Les manœuvres terrassent les faits ; et les déclarations de nos chefs d’État vont être bientôt emportées comme un toit de tôle par un orage de printemps »… L’écriture est excessivement soignée, « L’abîme est bordé de hautes demeures », et, habitant celles-ci, vingt-quatre pontes de l’industrie et de la finance allemandes (dont les noms ne sont inconnus de personne : Krupp, Siemens, IG Farben, Agfa, Varta, Allianz, Telefunken, Opel…) se réunissent au palais du président de l’assemblée, Hermann Göring. Le chancelier Adolf Hitler fait lui aussi partie des convives et sa réélection une nécessité pour faire cesser l’instabilité qui gangrène la vie politique du pays et surtout écraser dans l’œuf toute tentative de prise de pouvoir des communistes. Hjalmar Schacht, bientôt président de la Reichsbank et ministre de l’économie, est là pour faire la quête «  devant ces vingt-quatre machines à calculer aux portes de l’enfer ». La suite ne sera pas semblable génuflexion mais le chancelier de l’Autriche se verra contraint de signer une infâme reddition, l’auteur tente d’ailleurs d’ébranler les images qui habitent les crânes, celles où « l’on y voit, dans des plans savamment cadrés, avancer les blindés allemands au milieu d’une foule en liesse. Qui pourrait imaginer qu’ils viennent de subir une gigantesque panne ? ». Lumineux.

Par Guillaume Dumazer

Revue : Maudit Tintin N°6

Déjà la sixième sortie pour cet excellent fanzine avignonnais et encore et toujours un sommaire généreusement chargé : de la bande dessinée, de la nouvelle, de la poésie, des dessins pleine page mais aussi les jeux du désormais célèbre Professeur Impétigo, des interviews d’artistes (Narrow Terence et Jean-Marc Quintana sont dans la place !) et des chroniques musicales et articles divers (comme celui sur le film Diesel que l’on est particulièrement pressé de découvrir) ainsi qu’un horoscope totalement foutraque et même un coloriage antistress !!! Ne venez pas nous dire que vous ne trouverez pas dans cette auguste publication au ton volontiers destroy / trash (mais pas seulement !) de quoi passer un bon moment de lecture. On apprécie particulièrement la couverture magnifique qui semble à la fois rendre hommage au héros à houppette d’Hergé et à un esprit steampunk dont nous reconnaissons être fort friands. Pour la modique somme demandée, vous pouvez vous offrir toute la collec’ disponible dans les lieux culturels les plus méritants. Le mieux est sûrement de balancer un mail à maudit.tintin@gmail.com pour trouver un moyen de se procurer la chose. La distribuer dans votre coin serait même une excellente idée si vous en avez la possibilité. Fanzine rule !
Par Guillaume Dumazer

Livre : Entrez dans la danse

De Jean Teulé

A Strasbourg en 1518, « il n’y a plus de chiens en ville, tous ont été mangés »… La pauvreté extrême pousse donc certains à jeter le bébé dans l’eau du bain, d’autres à carrément le manger… C’est dire l’ambiance… Dieu semble devenu fou, les naissances anormales se multiplient, des pierres tombent du ciel, manquaient plus que des gens subitement prompts à danser frénétiquement dans la rue sans aucune raison à part peut-être celle de conjurer le sort et les malheurs qui leur tombent quotidiennement sur le coin du bocal ?! Cette mystérieuse danse indigne les autorités civiles et ecclésiastiques, les notables se creusent alors les méninges : les scientifiques s’opposent bien sûr violemment aux religieux quant aux raisons de ce mal étrange, les laïcs comptent les points, mais la troupe de gigoteurs continue de grossir à vue d’œil, c’est pas bientôt fini ce capharnaüm ?! Jean Teulé livre encore le portrait truculent d’une époque, excelle toujours dans l’art de la description, il parvient comme toujours à fourrer ici et là des tournures et des anachronismes linguistiques poilants dans un roman très documenté comme d’habitude ; veuillez noter pour finir que quelques gravures parsèment les pages de ce bouquin à lire d’une traite, mangez-le si vous voulez !
Par Guillaume Dumazer

Revue : Abus Dangereux Face 145

On commence à en avoir un peu marre d’entendre pleurer le quidam sur la mort programmée / supposée de la presse papier. Mais si vous tenez C Le Mag entre les paluches, c’est que l’on peut encore se permettre un peu d’espoir pas vrai ?! Et puis bon, certains n’ont jamais baissé les bras malgré les attaques incessantes du grand capital, des modes ou des crises diverses. Abus Dangereux, véritable institution du fanzine professionnel depuis des lustres (1987, ça vous la coupe hein ?!), est à la pointe de ce combat de tous les jours pour parler des musiciens, des laissés-pour-compte aux artistes confirmés. Cette cent-quarante-cinquième “face” contient un sommaire gentiment chargé en rock indépendant, dont à peu près toutes les chapelles sont représentées : chanson, pop, folk, blues, punk, metal se bousculent au portillon accompagnés de tous les “post -” de rigueur de nos jours où tout semble être dépassé pour ensuite mieux revenir en force. On ne parle pas forcément que de musique en ces pages, des chroniques bouquins, fanzines et DVD sont aussi à ajouter au menu, y a plus qu’à approcher les nombreux points de dépôt d’Abus consultables sur le site internet de la publication, cliquer sur www.abusdangereux.net et pourquoi pas, soyons fou, s’abonner pour un prix modique ? Presse papier ou mourir !
Par Guillaume Dumazer

Livre : Zykë L’aventure de Thierry Poncet

« Avant j’étais un grand bandit, mais maintenant je suis un écrivain »… Mais Zykë ne pratique pas la machine à écrire, pas son genre, trop d’aventures et de voyages. C’est pourquoi il engage Thierry Poncet pour taper son – excellent – roman autobiographique Oro. Ceux qui ont lu ce récit d’aventure écrit par le héros de ce livre vont pouvoir compléter les informations que l’on y retrouve (bien que celles-ci soient en partie cachées pour un besoin d’anonymat).
Poncet ne se trompe guère en se disant « Mon nouveau patron est un aventurier » qui lui « a soufflé dans la cervelle le grand vent de l’aventure », on se dit même qu’il se retrouve en compagnie d’un personnage comme on n’en fait plus et va parcourir bien des contrées avec lui. Le fil rouge, c’est l’écriture : la finition du fameux Oro, la rédaction des suivants Sahara et Parodie se font dans une atmosphère dingue où l’on suit l’équipée sauvage menée par un colosse qui passe sa vie à sillonner le globe en quête d’actions grandioses, d’emmerdes invraisemblables et d’émotions fortes. Poncet brosse un portrait haut en couleur d’un pirate des temps modernes, héros romantique rimbaldien qui friserait bien le Corto Maltese de nos rêves, la déglingue en prime. On ne saurait trop conseiller aux amateurs de littérature tout-terrain de se jeter sur ce bouquin !
Par Guillaume Dumazer